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mardi 27 septembre 2016

2388. Les Verticaux de Romaric Sangars par Matthieu Falcone pour CultureMag

« Nous sommes quelques-uns. Nombreux, peut-être… Qui l’estimera ? »

Qui, en effet, en sait le nombre, sinon Celui vers qui tendent ceux que Romaric Sangars dénomme les Verticaux ?

Dans ce premier roman, le jeune écrivain dresse le portrait d’une poignée de trentenaires, dont deux vont extraire le narrateur de sa morosité désabusée. Car ces deux personnages, Lia Silowsky et Emmanuel Starck, n’ont pas renoncé à se hisser vers les sommets, à s’extraire de l’horizontalité du monde, quitte à se consumer rapidement, comme deux étoiles filantes. Avec quelques autres, ils se décident à former un groupe menant des actions de sabotage symboliques, semblant plutôt désirer se distraire que réveiller le monde.
Comme si ce monde occidental assoupi, il n’était plus possible de l’éveiller, les attentats terroristes eux-mêmes se montrant incapables de l’atteindre. Que faire face à une telle force d’inertie, sinon renoncer ou se briser ? Alors les uns fuient dans les drogues, dans la folie ; d’autres dans les voyages ou le travail, tous dans les loisirs et l’ivresse chimique.

« On ne peut pas toujours – et surtout longtemps –, déserter l’Histoire… », affirme un des personnages. Le problème auquel il se confrontera, c’est que nul ne peut écrire l’Histoire seul, car elle est œuvre commune. Comment donc ne pas se briser quand une telle force d’inertie résiste à l’avancée de l’Histoire ?

Rien ne peut y faire, semble nous confier Romaric Sangars, et pourtant nous sommes encore quelques-uns, nombreux peut-être, à refuser de baisser les bras ; à refuser de ne pas lier le rêve à l’action ; à refuser que le monde avance sans but, faute de pouvoir demeurer statique. Quelques-uns qui n’ont pas perdu la foi, contre toute raison, parce que ne pouvant faire autrement, ou parce que continuant de croire à l’absurde.

mardi 13 septembre 2016

2387. PROVINCE de Richard MILLET par Matthieu FALCONE pour CultureMag

Avec Province, Richard Millet revient au roman, trois ans après la publication d’ "Une artiste du sexe" qui était paru dans la prestigieuse collection blanche de la maison Gallimard, maison dont il a été banni à la fin de l’hiver dernier dans les conditions que l’on sait.

Une artiste du sexe, en faisant du narrateur un jeune écrivain américain s’essayant à la langue de Racine, (ou peut-être davantage à celle de Le Clézio, ce qui est déjà mesurer la chute vertigineuse de la langue française), permettait à Richard Millet une critique amusante et salutaire du personnage de son invention, Pascal Bugeaud, sur lequel il a sans doute transposé en les caricaturant, un certain nombre de ses traits de caractère.

Salutaire, parce que, comme l’explique Millet, il faut éviter à tout prix de tomber dans le pastiche de soi-même et dans la satisfaction de son propre talent. Salutaire, parce que la littérature, contrairement au feuilleton, n’a pas pour tâche de créer des personnages types que l’on retrouve à chaque épisode et qui donnent si peu à saisir de la vérité humaine contradictoire, paradoxale, changeante, déconcertante.

Il fallait un jeune américain ou une femme pour moquer la prétention de l’écrivain français.

Province donne à Millet une nouvelle occasion d’évoquer la figure de Pascal Bugeaud, mais en second plan, comme un motif lointain, une ombre planant désormais sur la ville d’Uxeilles, comme l’adieu à un homme qui s’éloigne et se perd dans l’épaisseur et l’anonymat de son œuvre.

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samedi 10 septembre 2016

2386. Les Verticaux de Romaric Sangars par Gersende Bessède pour CONTREPOINTS

Un beau vin subtil, corsé et revigorant pour chasser le spleen de ce début d’automne.

La rentrée littéraire a ceci de commun avec les foires au vin de la grande distribution, qu’en dehors de faire survivre une presse subventionnée, à bout de souffle, incapable de servir autre chose que des cépages surexploités, elle permet d’écouler à bon compte et sournoisement des infâmes piquettes, des vins bouchonnés, quelques vieux domaines madérisés, des jeunesses déjà séchées de platitudes et de noyer le chaland en recherche de grands crus sous le tsunami des références (pas moins de 590 livres en librairie pour cette rentrée 2016.)

Difficile donc, de s’y retrouver sans y perdre son latin de chai, si l’on veut trouver un beau vin subtil, corsé et revigorant pour chasser le spleen de ce début d’automne.

Les Verticaux de Romaric Sangars est de ceux-là. Goûtons donc ce Château-Sangars.

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mardi 6 septembre 2016

2385. PROVINCE de Richard MILLET, le livre du jour par Philippe Vallet sur France Info

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vendredi 2 septembre 2016

2384. Les Verticaux de Romaric Sangars par Olivier Maulin dans VALEURS ACTUELLES.

La Chevalerie qui vient.

Romantique.

Dans un premier roman étincelant, le jeune critique Romaric Hangars enterre notre époque parodique et en appelle à une nouvelle chevalerie de l'esprit.

" Nous sommes quelques uns à ne pas nous résoudre à ce que tout tourne à vide. À traquer encore la verticale. De vraies vocations, de vraies cibles, et la vie comme élan pur entre les deux."

Vincent Revel est de ceux qui ne se résolvent pas. Journaliste parisien trentenaire, le narrateur de ce premier roman de Romaric Sangars est au bout du rouleau, laminé par "la platitude rationnelle" de l'époque, hanté par la purification : "un ascenseur en chute libre".

La rencontre de deux personnages d'exception au coeur du désastre, Lia Silowsky, une mystique flirtant avec la folie, et Emmanuel Stark, un aventurier expert en hacking et en arts martiaux, va rallumer la flamme qui est en lui et le désir de vivre enfin en homme.

Avec la première, le narrateur redécouvre la passion amoureuse; avec le second, il retrouve le sens du combat en organisant des actes de sabotage symbolique contre les imposture du temps. Ce trio, lui aussi symbolique, est l'occasion pour le jeune écrivain de ressusciter au coeur du projet moderne, l'air de rien, les figures archétypes de la sainte et du guerrier, mais aussi de poser d'emblée le rôle qu'il assigne à l'écrivain, ce clerc chargé de magnifier la geste.

À travers la vision aristocratique du monde qu'ont ces "verticaux", Romaric Hangars découpe au scalpel le type humain produit par la civilisation rongée de l'intérieur par la barbarie matérialiste : un individu relatif et fétichiste, sans gloire et sans panache, qui obéit docilement aux injonctions de l'époque et consume son existence dans l'idolâtrie technicienne et marchande.

Aux certitudes galvaudées de l'époque, Romaric Hangars oppose une morale de l'exigence, regrettant le temps où un homme pouvait consacrer toute sa vie à ne pas faire mentir quelques mots assemblés en devise par l'un de ses aïeux.

À l'avachissement généralisé et aux bons sentiments, il répond par le culte de l'attitude, du caractère personnel et de la révolution intérieure : "Forger des hommes libres m'apparaissait une ambition infiniment supérieure à celle d'imposer n'importe quel type de coercition générale bienveillante."

Contre la tyrannie du nombre, enfin, il préfère renouer avec la "science de l'âme" léguée par les anciens.

Mais s'il se réfère aux sociétés du passé, le romancier évite pourtant la facilité réactionnaire du "c'était mieux avant". C'est du monde actuel qu'il part et c'est en lui qu'il entend puiser les plus belles réalisations pour les lui retourner et changer sa direction.

"Si la force, aujourd'hui, s'exprimait essentiellement sous la forme abstraite de la finance, si le monde subissait le joug de seigneurs de guerre d'un nouveau genre, après qu'on en eut pris acte et plutôt que de s'y opposer vainement, ne fallait-il pas envisager, plutôt que de tenter de les contrer directement, un moyen de spiritualiser ces forces ?" se questionne-t-il dans ce que l'on pourrait qualifier de stratégie révolutionnaire conservatrice.

Plus contemporain qu'il y parait, le roman s'achève sur une vague d'attentats islamistes ensanglantant Paris. L'occasion pour l'auteur de renvoyer dos à dos l'Occident et son double maléfique dont les systèmes mentaux "tendaient à se confondre dans les mêmes réflexes video-ludiques organisant partout l'assouvissement automatique des pulsions, que celles-ci fussent d'ordre alimentaire, narcissique, sexuel ou mystique."

Cette vague d'attentats souligne le caractère parodique, lui aussi, des happenings esthétisants organisés par Starck et celui-ci finit du reste par passer à la violence réelle et justicière.

Jusqu'où nous conduira cet enchaînement de haine ? Romaric Sangars ne répond pas mais suggère que ce retour de l'histoire, en dehors du sang et des larmes qu'il fera nécessairement couler, pourrait aussi être une opportunité pour redonner sens à nos vies.

Olivier Maulin, le 1er septembre 2016.

jeudi 25 août 2016

2382. PROVINCE de Richard MILLET par Gilles MARTIN-CHAUFFIER dans MATCH

Le plus infréquentable des écrivains nous invite dans une "Province" française aussi plombée par les bobos que par les islamistes.

Richard Millet racle les fonds de terroir. À quelque chose malheur est bon. Richard Millet a la chance d'avoir des ennemis ridicules, et même odieux. On a envie de le défendre rien que pour contrarier les tartuffes qui se prennent pour des consciences et l'ont fait chasser de chez Gallimard en le traitant de "fasciste".

Comme si cette vénérable maison n'avait pas toujours abrité d'épouvantables staliniens, d'indécrottables vichystes et cent spécimens de plumes allongeant volontiers leur encre du sang des autres. La police y faisait la chasse aux fautes de français mais pas aux écarts de pensée.

Menée par Annie Ernaux, une cabale a pourtant écarté de la rue Sébastien-Bottin celui dont tout Paris murmurait qu'il avait transformé plusieurs manuscrits pour en faire des Goncourt.

Son crime : se laisser aller à une mélancolie hargneuse quand il songeait à sa vieille France, à sa chère langue, à ses chapelles et ses cathédrales. Bref, être paléo-réac sans état d'âme.

L'ennui, c'est que les amis de Richard Millet sont aussi exaspérants que ses ennemis. À les entendre, c'est l'ultime défenseur de la grande langue française et du roman digne de ce nom.

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jeudi 28 juillet 2016

2381. CORSE-MATIN du 28.07.2016. Un peuple, des peuples.

Quasi-retraité, quasi-résident-corse, tous les jours, avant d'entreprendre quoi que ce soit, je vais lire Corse-Matin, installé sur la terrasse du Bar du Passage, juste à côté de la Maison de la Presse sur la place centrale de Saint-Florent. Cette semaine, mon devoir de vacances est de relire la conférence prononcée par Ernest Renan en 1882 à la Sorbonne : Qu'est-ce qu'une nation ? Cette "figure imposée" adressée à tout étudiant en sciences politiques prend un sens nouveau au regard de l'actualité.

La "Une" du journal insulaire n'y va pas par quatre chemins pour répondre à cette lancinante question revenue en boucle sur les chaînes d'information en continu après chaque attentat. On pourrait y ajouter deux sous-questions : Qu'est-ce qu'un peuple ? Qu'est-ce que des peuples ?, ce qui, dans l'histoire, ne recouvre pas forcément la même réalité. N'y-a-t-il pas, d'un côté, une forme de peuple générée par des états et dont la généalogie est indissociable de l'évolution de ses institutions ? Le peuple français en est un exemple fort, lui qui s'est construit autour d'un état français centralisateur, monarchique puis républicain, et de l'autre "des peuples", dont il nous reste quelques traces : les bretons, les basques, les catalans, les corses etc..., qui ont toujours été dans une dialectique d'affrontement ou de soumission avec les "nations" conquérantes de colonies ou d'empires.

La "Réplique" de ce FLNC du 22-Octobre articule 3 "adresses" :

"1) Aux musulmans de Corse :"

"Vous êtes une cible privilégiée car vous êtes dans ce que les idéologues de EI appellent la "zone grise". C'est à dire là où l'Islam coexiste avec d'autres religions. Et la "zone grise" est l'objectif prioritaire de Daech car en tentant de la détruire, ils creusent le fossé entre l'Islam et les non-croyants, ce qui leurs permettrait de rétablir le califat, seule structure politique légitime selon eux."

"La présence des musulmans sur la terre de Corse est importante, ce qui rend plus élevé encore le risque de conflit."

" Si vous n'êtes pas responsables de cet état de fait, vous ne pouvez pas non plus vous extraire de la situation dans laquelle vous vous trouvez."

"Nous félicitons pour leur action les responsables du culte musulman de Balagne et de Bastia qui n'ont pas laissé prêcher les radicaux sur la plage de Bodri."

"La communauté de destin n'est pas un vain mot, aujourd'hui plus que jamais nous avons le devoir de recherche la capacité à faire que ce peuple, petit par le nombre,soit grand sur le projet de vie commune."

"2) Aux Islamistes radicaux"

"Lorsque ce sont produits les évènement du quartier de l'Empereur à Ajacciu nous avons cherché à comprendre si cela était un incident occasionnel ou bien une stratégie de déstabilisation. Le doute n'a plus sa place dans cette affaire. Il s'agissait bel et bien d'une stratégie mise en place plusieurs jours voire plusieurs semaines auparavant pour tester la réaction du peuple corse." '' "Nous pouvons aussi affirmer que notre organisation a permis, au cours du mois de juin, de déjouer un attentat dans un lieu fréquenté par le public."''

"Votre stratégie de la terreur pour créer les conditions de l'affrontement à grande échelle a déjà échoué, car si conflit il y a, il n'aura lieu qu'avec vous et vos disciples... Votre philosophie moyenâgeuse ne nous effraie pas. L'amalgame n'existe que dans l'esprit des faibles et le peuple corse est fort."

"Sachez que toute attaque contre notre peuple connaîtrait, de notre part, une réponse déterminée sans aucun état d'âme."

"3) À L'état français"

"Après 2003 et le scandale de l'administration Bush en Irak, après 2011 et le renversement de Khadafi en Lybie puis la gestion chaotique de la crise syrienne, il fallait bien s'attendre à des retombées en Europe et aux Etats Unis."

"Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et à vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entière si elle veut éviter que les conflits qu'elle sème à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol."

"Gouvernants français, le peuple corse n'a déjà que trop payé le prix de votre histoire impérialiste. Repectez vos engagements, restez à votre place et évitez de mépriser le monde qui vous entoure. Peut-être alors réussirez-vous à endiguer la violence qui vous agresse aujourd'hui."

vendredi 8 juillet 2016

2380. Enquête : quel avenir pour les blogs ? par Clémentine Baron et Arthur Chevallier

Il y a quelques années, l’émergence des plateformes de blog permettait à tous même aux réfractaires de l’informatique de s’exprimer librement sur la toile. D’abord largement boudés par un monde littéraire prompt à moquer les amateurs, les blogs font désormais l’objet d’une surveillance attentive, et nombreux sont les auteurs qui se sont laissé prendre au jeu. À l’heure des réseaux sociaux et de la littérature en 140 caractères, les blogs littéraires seraient-ils devenus l’alternative ultime au microcosme germanopratin ?

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2379. Envoyé par un lecteur de Nantes à Richard MILLET

lundi 6 juin 2016

2378. TRISTAN GARCIA prix du LIVRE INTER 2016 pour 7

À lire, dans le N 59 de La Revue Littéraire ( Aot-Septembre 2015) L'entretien avec Tristan Garcia à propos de 7 réalisé par Angie David.

Voici les 24 lecteurs membre du jury : Adeline AGUSTI 34 ans - Professeur des écoles - Rombas (Moselle) Thomas ALLAIN-LAUNAY 57 ans – Responsable des Etudes (dans une Ecole d'Ingénieurs) - Quinçay (Vienne) Jean-François BESNARD 59 ans - Régisseur de spectacle - Montreuil (Seine Saint Denis) Renaud BLANQUART 63 ans – Magistrat à la retraite - Le Kremlin-Bicêtre (Val de Marne) Hélène BOUROULLEC Photographe - Jurançon (Pyrénées Atlantiques) Laurie CHAMBON 36 ans – Employée de mairie - Grenoble (Isère) Robert COTTARD Facteur à la retraite - Turretot (Seine-Maritime) Caroline CREMADES 36 ans – Chargée de mission biodiversité - Guadeloupe Patrick DUSÉ 51 ans – Conseiller principal d'Education - Muespach-Le-Haut (Haut-Rhin) Vincent ENJALBERT 26 ans – Collaborateur d'élus locaux - Lyon (Rhône) Evelyne ENOUF 57 ans – Directrice adjointe d'établissements pour handicapés - Vertaizon (Puy-de-Dôme) Didier FOURNIER 60 ans – Artisan en construction bois, à la retraite - Cintegabelle (Haute Garonne) Déborah GAUDEAU 44 ans – Médecin hospitalier en soins palliatifs - Apt (Vaucluse) Julie GUIOL 38 ans – Psychologue - Nice (Alpes-Maritimes) Amandine HAMET 36 ans – Professeur de Lettres modernes - Pantin (Seine-Saint Denis) Laura JOUSSET 31 ans – Libraire - Vannes (Morbihan) Eric LAMBOLEY 54 ans – Chargé d'affaire dans une entreprise de menuiserie - Bart (Doubs) Matthieu LE MELEDO 25 ans – Interne en pneumologie - Paris Frédéric LESIGNE 57 ans – Magistrat - Nantes (Loire-Atlantique) Sabine PIVETEAU 22 ans – Etudiante en médecine - Antony (Hauts-de-Seine) Charlotte PORDES 34 ans – Pédiatre - Calais (Pas-de-Calais) Carlo ROCCELLA 60 ans – Maître verrier - Béziers (Hérault) Léa SEINCE 27 ans – Ingénieur dans le Btiment - Dijon (Côte d'Or) Matthieu VANUXEM 37 ans – Professeur de musique - Lucé (Eure-et-Loire)

mardi 31 mai 2016

2377. Affaire MILLET (Suite) par Marin de VIRY dans LA REVUE DES DEUX MONDES

AFFAIRE MILLET, SUITE…

Une seconde affaire Millet, beaucoup plus discrète que la première, a abouti à son licenciement par son employeur, les Éditions Gallimard. Elle fut déclenchée par un article qui situait dans le contexte culturel et littéraire actuel l'Å“uvre de Maylis de Kerangal, qui publie chez Verticales, filiale de Gallimard (1). En prenant la décision de se séparer de Richard Millet pour « faute » à la lecture de cet article, son employeur savait très bien que la qualification de cette faute – la déloyauté à l'égard de son employeur – ne serait pas retenue comme la véritable cause de l'éviction définitive d'un de ses meilleurs éditeurs, de surcroît écrivain d'un talent rare. Elle savait aussi que Richard Millet ne pouvait, et ne peut toujours pas, être traité en simple employé ayant fait une grosse bourde. Elle savait enfin que sa décision allait provoquer chez ceux qui aiment vraiment la littérature un dégot moral et le début d'une défiance durable à l'égard de sa politique éditoriale. Elle a fait son choix.

L'article en question est ce qu'on appelle dans ce jargon (parfois potache) des critiques littéraires une « descente », qui n'est exempte ni de prise à partie personnelle, ni de drôlerie, ni d'une misogynie sans aloi particulier.

Écrit dans une style impeccable que la recherche permanente de « rehaut » rend à mon sens un peu trop appuyé – mais qu'importe, les grands styles ont toujours quelque chose d'agaçant –, cet article utilise trois expressions qui seraient restées inaperçues sous la plume d'un Bernanos, mais qui sont apparemment devenues délictueuses dans notre temps. Rien qui, toutefois, ne sorte du registre polémique, dans lequel la personne est attaquée en conséquence de ses Å“uvres et non en elle-même.

Pour le dire net, Richard Millet pense que l'Å“uvre dont il parle participe d'une sous-post-littérature qui se fait prendre pour de la littérature, au mieux en se réclamant de certains principes, au pire en assénant des arguments d'autorité, qu'il trouve risibles dans les deux cas, car il s'agit d'un simulacre. Il juge – et je crains qu'il ne soit en mesure d'en témoigner – que beaucoup d'auteurs croient avoir atteint les sommets quand ils ont touchés le fond, prennent leurs effusions narcissique pour une rencontre avec l'esprit de la littérature, croient être touchés par la grce quand ils ne voient que l'hologramme de leur nombril, et trouvent dans leur Å“uvre un geste créateur souverain alors qu'elle n'est que la répétition servile d'une posture d'original (de masse) et de révolté (budgété) ; qu'enfin il n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la littérature, tout simplement parce qu'il ne sont pas des artistes, mais quelque chose comme des intervenants culturels, avec une carrière, des chefs, un employeur, des collègues de bureau ; et naturellement, en bons employés, ils font grand cas des opinions qu'ils doivent professer pour faire bouillir la marmite et gratter des promotions. Il voit de petits managers du marketing littéraire capter les prestiges de la littérature tout en liquidant sa qualité. Il pense également que dans une sorte d'unanimité infernale, la sous-post-littérature veut l'avènement d'un monde qui ne serait plus habité que par des hermaphrodites sociaux-démocrates, et dont l'horizon eschatologique ressemblerait plus à une éternelle réunion d'équipe cool dans une ONG norvégienne qu'à la Jérusalem céleste.

Ceci est contestable, naturellement, mais argumenté, et nullement infme.   C'est probablement parce que Millet cherche des artistes et n'en trouve pas qui soient dignes de cette dénomination à ses yeux qu'il est sacrilège. Il dénonce l'absence de vocation artistique chez les artistes postiches, avec certes moins d'humour qu'un Philippe Murray, car il y a chez lui un sens douloureux de la défaite qui lui gche le bonheur de la charge, mais avec autant d'arguments. Il croit qu'un artiste véritable a un don, un charisme et du courage, alors que la sous-post-littérature a besoin de voir en chacun un artiste, ainsi qu'il le fut énoncé par Jack Lang au début des temps. Depuis l'ère « Djack » – le moment lumière pour tous –, il est devenu sacré, canonique, légal, opposable et si absolu que même dépourvu de don, doté d'un charisme de moule, et absolument couard, chacun tutoie Rimbaud. Et il est de bonne espérance progressiste de voir venir le grand jour, couleur d'orange, où la nullité sera la condition de possibilité d'un devenir d'artiste.

Pour faire en sorte que la littérature nulle, pour les nuls et par les nuls, se substitue à la littérature tout court, il faut tout un dispositif de lutte spirituelle et culturelle que Millet, de livre en livre, analyse, scrute, sonde, critique. Il faut d'abord dénigrer le don. Facile : déjà, Dieu n'existe pas, donc il n'a rien à donner. Ensuite, si quelqu'un avait naturellement des dispositions exceptionnelles, ce serait injuste, et donc son Å“uvre serait irrecevable. Quant au charisme, c'est-à-dire la capacité d'attraction et d'entraînement d'une singularité, il suffit pour le débouter de noter qu'il est au fond l'antichambre du fascisme, ou à tout le moins du pouvoir personnel. Et enfin, pour dénigrer le courage, c'est-à-dire le travail dans le doute jusqu'à la perfection, il suffit de proclamer la primauté du geste créateur, bref et spontané, sur le labeur poussif du réactionnaire, et en avant ! Au bilan : banal, sans aimantation, et franchement branleur, tel est l'idéal de l'artiste postiche contemporain. Quant à l'artiste tout court, il n'a guère d'autre choix, s'il veut témoigner, que celui du martyre. Puisque son don, son charisme et son courage ne lui valent que des humiliations, il n'y a que le Ciel qui puisse en recevoir l'hommage.

Tel est le système Millet, dans lequel la métaphysique est le refuge de l'art à l'agonie. Il est à la fois brillant et ouvert à la réfutation, et sa dimension polémique ne doit pas être un obstacle à sa diffusion.

Comme luit, on peut penser que la vraie littérature est aujourd'hui affaire d'offensive, de désir de débouter le projet de l'époque, de reportage dans les abattoirs de l'esprit : a-t-elle, d'ailleurs, jamais été autre chose, et n'a-t-elle pas toujours été escortée par des imbéciles qui la prenaient pour une effusion sympathique ? J'aurais tendance à penser que ce n'est pas grave : en me penchant sur le catalogue Gallimard d'il y a cinquante ans, je vois que se juxtaposent les génies et les littérateurs médiocres, assez heureux pour écrire convenablement, mais stériles à la lecture. Aujourd'hui encore, Gallimard publie Régis Debray, admirable, et David Foenkinos, globalement risible. Et il est vrai qu'il existe de nos jours beaucoup d'écrivains douteux, je veux dire dont on doute qu'ils soient vraiment écrivains, car ils sont sur la ligne de crête entre la posture et l'imposture. Un storyteller qui tire à la ligne en utilisant les procédés du page turner, tout en lardant son texte que marqueurs culturels qui le rendent bankable chez Gallimard, est-ce vraiment un écrivain ou du Canada Dry ? Comme Millet, je penche pour le Canada Dry.

La politique éditoriale d'un éditeur serait de laisser la postérité trancher en publiant aujourd'hui à la fois des auteurs à grosses ventes et à petit avenir pour financer leur contraire ; mais tout se gte, tout se passe comme si l'éditeur était désormais forcé de choisir, que tout ce petit monde ne pouvait plus vivre sous le même ciel. Les camps se sont formés autour d'une double querelle en imposture. La couronne de la vraie littérature ne doit pas revenir à la sous-littérature, pour un Millet, tandis qu'elle ne doit pas aller à la littérature « fasciste », pour ses détracteurs.

On se souvient en effet que l'essai de Millet sur Anders Breivik (2) « déshonorait la littérature », d'après ses détracteurs regroupés en collectif d' « auteurs Gallimard » (j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur cette expression que je juge, justement, déshonorante, car un écrivain ne se définit jamais par son appartenance à une marque commerciale), comme s'ils possédaient à eux seuls l'esprit de leur éditeur, et qu'ils demandèrent, déjà en 2012, son licenciement. « Déshonorait », c'est-a-dire trahissait les principes qui la fondent. Naturellement, personne chez les pétitionnaires n'a pris la peine de définir « l'honneur » de la littérature, de peur de n'avoir aucun titre à présenter pour se dire écrivain, ou alors écrivain peu honorable. Il leur suffisait de clamer que l'essai de Millet était « fasciste » – ce qu'il n'était pas, ou alors les mots n'ont pas de sens –, « raciste » – ce qu'il n'était pas plus – et constituait une « apologie du crime » – accusation encore plus à côté de la plaque.

Millet a tout simplement des positions intéressantes, construites, argumentés, contestables, qu'il exprime avec beaucoup de talent. Que des ligues de vertu littéraire se constituent contre ce talent sous des prétextes de morale verbeuse ne me paraît pas un progrès recevable. Que leur désir de censure, formé en lobby, rencontre le succès au sein même d'une maison d'édition est simplement lamentable. On ne donne pas les clefs d'une politique éditoriale à une ligue de vertu.

Marin de Viry, le 29 mai 2016

1) Richard Millet, « Pourquoi la littérature de la langue française est nulle », Revue Littéraire, janvier février 2016 2) Richard Millet, Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, Pierre-Guillaume de Roux, 2012.

mercredi 25 mai 2016

2376. VOTEZ NONZA

Le matin, lorsque dans la baie de Saint Florent, aussi lisse qu'un lac, je nage en regardant Nonza, perché sur les hauteurs du Cap Corse, juste en face, surplombant la mer devenue bleu nuit depuis qu'une poussière d'étoiles s'est déposée sur les fonds marins. Rien n'est plus mystérieux que le village de Nonza et il faut voter pour lui comme je viens de le faire ici afin qu'il devienne "le village préféré des français" sur France 2.

http://www.corsematin.com/article/article/nonza-veut-devenir.2007314.html

VOTEZ LÀ POUR NONZA :

mardi 24 mai 2016

2375. Place Colette de Nathalie Rheims, "le prix" par Thomas DURAND dans GALA

Natha­lie Rheims: retour au pays des fantômes

UN FUTUR BEST-SELLER POUR LA ROMAN­CIÈRE

Récem­ment primée à Saint-Tropez, l'écri­vaine peau­fine la paru­tion d'un bel ouvrage convoquant l'histoire, loin­taine et beau­coup plus proche, roman­tique et tris­te­ment plus brlante, de Paris…

La vie de chteau, même promise en baie de Pampe­lonne, et la becquée donnée à la petite cuillère en argent, pitance des égos affa­més, ce n'est pas trop son truc, d'or­di­naire.

Durant son enfance, l'écri­vaine Natha­lie Rheims – fille de l'aca­dé­mi­cien Maurice Rheims et de Lili Krah­mer, membre de la famille Roth­schild – n'en a que trop soupé de ces monda­ni­tés au cours desquelles vieux barons, petits marquis et intri­gantes baisent, tuent et refont le monde. Dans son dernier livre, Place Colette (Ed Léo Scheer), sorti en aot dernier, elle dessape même, avec l'ef­fron­te­rie et le talent des petites filles timides qu'on n'a pas vues gran­dir, les vani­teux du genre.

Ironie du sort, l'opus – récit non pas d'une initia­tion mais d'une perver­sion (celle d'un membre de la Comé­die-Française croqué tout cru par une sauva­geonne de treize ans) – vient d'être distin­gué par la sixième édition du Prix Messar­dière. Conci­lia­bules, cris et chucho­te­ments sous les tourelles du Chteau de la Messar­dière, ce weekend. La compé­ti­tion - entre jurés, surtout – fut pre. Mais Place Colette, histoire d'un « détour­ne­ment de majeur » déjà plébis­ci­tée par 30.000 lecteurs, en ressort « Roman de l'été »… Près d'un an après sa paru­tion. Twist du temps à Saint-Tropez. Lais­sons passer quelques anges…

Pour Natha­lie Rheims, de l'encre a coulé sur les pages. Alors qu'elle s'ap­prête à prendre le maquis en Corse, comme chaque été, la roman­cière et grande amie de Mylène Farmer peau­fine la sortie de son prochain ouvrage.

Spécia­liste de la résur­rec­tion des êtres et des lieux qui ont fait son histoire, mais aussi l'His­toire tout court, comme elle l'a prouvé avec son beau-livre Le Père-Lachaise, jardin des ombres, en 2014, la blonde enté­né­brée publiera La Mémoire des Squares, sur la trace des fantômes de Paris, chez Michel Lafon, le 13 octobre prochain.

Accom­pa­gnée de photo­gra­phies de Nico­las Reit­zaum, cette incur­sion litté­raire à travers les grilles des plus célèbres jardins publics pari­siens promet un voyage au cÅ“ur du temps et de l'émo­tion.

C'est la démons­tra­tion, à la fois docu­men­tée et roman­cée, de Natha­lie Rheims : les squares de la capi­tale avaient pour voca­tion de préser­ver les familles, les amou­reux et les prome­neurs soli­taires de la fureur de Paris. Jusqu'à un funeste soir, désor­mais histo­rique, pour l'hu­ma­ni­té…

Âmes sensibles, rendez-vous en octobre !

Thomas Durand, le mardi 24 mai 2016

2374. Coup de Grâce de Chiara MERLO de Emmanuelle FAVIER pour MEDIAPART

Chiara Merlo, grâce à la lumière.

Chiara Merlo publie « Coup de grâce », le premier recueil de la toute nouvelle collection poésie de chez Léo Scheer, « 666 ». Une incursion dans la lumière. (Signature le samedi 28 mai à la librairie du Cinéma du Panthéon, Paris Ve.)

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2372. Richard MILLET invité de TVLIBERTÉS

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