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jeudi 8 décembre 2016

2396. Lecture du Cartel, pour La Revue Littéraire n°65, à la librairie Matière à Lire

mercredi 26 octobre 2016

2395. Les Verticaux de Romaric Sangars par Christian AUTHIER dans L'OPINION

Des hommes qui s’éloignent

Les Verticaux de Romaric Sangars met en scène trois trentenaires à l’étroit dans une époque sans transcendance.

Tout premier roman a une part de règlements de comptes. Celui de Romaric Sangars prend pour cible notre époque dénuée de transcendance et de grandeur, sinon sous des formes dévoyées.

Autour de Vincent Revel, journaliste parisien trentenaire chargé de faire le portrait de pseudo-artistes pour un magazine branché, Les Verticaux dessine une société techno-marchande où la vie paraît avoir disparu dans des simulacres. « J’avais voulu être écrivain et ivre de Paris. C’était tellement français... Mais la France semblait finie, épuisée, et la littérature avait perdu sa fonction opérative », confesse Vincent rongé par l’amertume de ne pas réussir à s’extirper de la gangue de « ces temps de nuit opaque pour l’esprit ».

Lia, jeune femme mystique, et Emmanuel, hacker affirmant vouloir renouer avec la tradition de la chevalerie, vont lui offrir les compagnons d’armes d’une guerre métaphysique à la recherche des «magies mortes».

Si Romaric Sangars saisit parfaitement « l’atmosphère schizophrène de notre époque : hygiéniste et sanglante, puritaine et obscène, absurdement rationnelle et méthodiquement fanatique, post-historique sur un certain plan et, sur un autre, rouvrant les lignes de fracture de l’an 700, ultra-relativiste et absurdement dogmatique, infantile et dégénérée, ma- ternante et exterminatrice », ses révoltés – entre romantisme des causes perdues et grandiloquence post-adolescente de lecteurs de Dominique de Roux – ne sont pas loin, à travers certaines de leurs tentatives de sabotage façon casseurs de pub, de verser dans de « prétentieux happenings ».

Cependant, le tragique et le négatif le plus radical vont s’inviter pour lester ces destinées et les éclairer d’une lumière défiant les ténèbres.

À l’inverse de tant de romans formatés et aseptisés, Les Verticaux fait entendre une voix singulière.

Christian AUTHIER, Octobre 2016

mardi 25 octobre 2016

2393. Les Verticaux de Romaric Sangars par Christophe Bourseiller dans sa chronique littéraire

2392. PROVINCE de Richard MILLET Par Louis GALABERT pour BREIZH-INFO

Dans Breizh-Info

Richard Millet : « Province » ou le délitement de la France

Richard Millet, cet amoureux fou de la langue française, est devenu un écrivain maudit après la publication en 2012 de Langue fantôme, suivi d’Éloge littéraire d’Anders Breivik. Figure des éditions Gallimard, il fût contraint de démissionner du comité de lecture, tout en restant salarié. Son récent licenciement vient de le priver de salaire et de parachever la volonté de le tuer socialement.

Cela n’a pas réussi à tarir sa production littéraire, ni à le priver de son talent. D’autres éditeurs à l’esprit libre, Pierre-Guillaume de Roux, Fata Morgana, Léo Scheer, L’Orient des livres, Les Provinciales, publient ses dernières oeuvres. Province, roman sur le délitement de la société française, est la dernière en date.

Ce roman s’inscrit, comme le dit son titre, dans la veine provinciale de Richard Millet, mais aussi dans son obsession des femmes et de leur mystère. Son personnage principal, l’écrivain parisien Saint-Roch de son vrai nom Mambre, revient dans sa ville natale d’Uxeilles. De l’aveu même de Richard Millet, il s’est inspiré d’Ussel pour créer cette ville imaginaire, métaphore de la société française contemporaine.

Uxeilles se divise en trois parties, la ville haute plus riche et bourgeoise, la ville moyenne intermédiaire et la ville basse plus populaire. C’est par cette dernière qu’arrivent les turcs, image de l’immigration de remplacement, avant de progresser dans les autres quartiers. Sa population se partage entre les " Océaniques " , ouverts aux influences atlantiques, et, parce qu’ils font profession de s’opposer aux musulmans, les "Lépantistes" . Uxeilles représenterait un conservatoire moribond des traditions françaises.

C’est dans ce cadre que va se dérouler la nouvelle vie de Saint-Roch – Mambre. Elle nous sera contée à travers les yeux et témoignages d’un petit milieu local, intrigué par son retour, qui l’a plus ou moins connu avant son exil parisien. Est-il là pour « baiser le plus de femmes possible » selon un mot qui fait le tour de la ville? A t-il l’ambition d’écrire le roman local toujours attendu à la manière de Jouhandeau et de damer le pion aux gloires littéraires locales?

Les discussions de ces divers protagonistes permettent à Richard Millet de décrire la vie d’aujourd’hui, tel que les ravages de la société de consommation et de l’individualisme : «  trois générations sacrifiées sur l’autel du bien-être européen et de la liberté personnelle, de l’égoïsme, du reniement de soi, de la consommation déculpabilisée des plaisirs." . Par un groupe de jeunes, qui se baptisent les chevaliers, qui « voulaient perfectionner un nihilisme non comme un accomplissement du narcissisme mais comme une critique, par l’absurde, de la société contemporaine" , il montre l’impasse qu’affrontent les générations montantes.

En contrepoint, nous assistons aux multiples conquêtes féminines du revenant, qui finissent par phagocyter le récit.

Au final, Richard Millet nous offre un roman au style éblouissant, comme à son habitude. Mais cette Province, qu’on peut croire le refuge de la France profonde, n’incite pas à l’optimisme, pour l’avenir.

Louis Galibert

jeudi 20 octobre 2016

2391. PROVINCE de Richard MILLET dans les PETITS PAPIERS

Sur le site des Petits Papiers

"Province" Richard Millet, Editions Léo Scheer

Richard Millet est un écrivain méconnu et désormais proscrit. Il a été longtemps un homme de lettres puissant, éditeur chez Gallimard, jusqu’à son suicide en direct lorsqu’il a publié il y a quelques années son « Eloge littéraire à Anders Breivik ''», le tueur de masse norvégien, où d’aucuns ont découvert en lui un fasciste, le contraignant à la démission. C’est qu’ils ne l’avaient point lu auparavant…

Sa « Confession négative », récit de sa guerre de jeunesse auprès des milices libanaises chrétiennes au plus fort de la guerre à Beyrouth contre tout ce que le Liban comptait de Palestiniens et autres musulmans disait l’essentiel. Ce livre est un chef d’œuvre intense, noir, cruel, magnifiquement écrit, dérangeant et puissant. Le pendant d’un «  Captif amoureux » de Jean Genet ou de son « Sabra et Chatila » (même engagement, même goût de la langue, même sincérité crue, même exaltation jouissive à choquer), mais à l’envers, de l’autre côté.

Et quand on aime la littérature, on peut aimer à la fois le très réactionnaire Richard Millet et le pro-palestinien et gauchiste Genet.

D’autant qu’il y a chez l’un et l’autre un narcissique (plus que masochiste) désir de déplaire très rafraîchissant.

« Province » le dernier Richard Millet, dont nul ne parle, est un roman qui peut déplaire. On y retrouve ses idées fixes (la théorie du grand remplacement, l’héritage chrétien de la France gravement menacé, quelques règlements de comptes littéraires subalternes), des phrases comme celles-ci « nous assistions à ce progressif remplacement en tâchant de le minimiser, quelques opportunistes se montrant même prêts à pactiser avec les Turcs », ou celle-là « un romanichel amputé d’une jambe et qui demandait l’aumône avec une sorte de colère qu’on avait peine à trouver juste », ou celle-là encore « les Maghrébins, que nous aimions encore moins que les Turcs, pour des raisons historiques et surtout parce qu’ils nous sont pour la plupart hostiles ». J’accorde que cela peut rebuter, mais Richard Millet a une circonstance atténuante à mes yeux, il disait et écrivait ce genre de choses quand ce n’était pas encore à la mode. Et au fond, à la différence de tous, en dépit des événements, il n’en rajoute pas.

Car le thème de son livre est autre.

L’intrigue ? Le retour d’un Don Juan, la soixantaine, qui a fait carrière à Paris dans une ville imaginaire de Corrèze (Uxeilles), petite-bourgeoise et léthargique, terriblement provinciale. Parisien, il se faisait appeler Saint-Roch, ici on le connaît sous le patronyme Mambre. Chacun s’interroge. Que vient-il faire ici ? , cet ici qu’il a déserté au point qu’on l’y considère presque comme un étranger. Retrouver son père malade ? Reprendre le journal local ? Pire : écrire un roman qui compromettrait la tranquillité des habitants ? Non, c’est plus simple « Je suis revenu à Uxeilles pour baiser le plus de femmes possible » annonce le personnage.

Mais l’intrigue au fond importe peu. Ce à quoi Richard Millet ambitionne, c’est d’écrire le roman de la province au XXIème siècle. « La province n’est pas forcément la région, plus récente, plus politique, donc insignifiante. La région est moindre ; la province est une essence ». « Nous sommes des provinciaux qui avons fini par aimer la province pour elle-même, et non seulement la nôtre, en particulier, mais le fait provincial, un peu comme on s’habitue à l’idée de mourir, par désirer l’idée de la mort parce qu’elle est universelle et apaisante, comme la province, l’amour, la littérature, la maladie ».

Mais le roman et spécialement le roman de la province, façon Balzac, Mauriac, Bernanos, n’est-il pas mort ? C’est le défi que tente de relever Millet, dans une langue sinueuse et enveloppante, que ses exigences de style rendent quelquefois hélas un peu raide, une prose aux phrases longues, interminables comme un pari littéraire sans fin, qui, boursoufflées d’orgueil, reprennent rarement leur souffle, qui se nouent, se retournent et tardent trop souvent à trouver leur conclusion, comme s’il fallait sans cesse en différer l’issue, tel qui repousse la mort. Des raideurs mais des pépites.

Le thème de ce livre est évidemment le déclin, déclin de la province, de la langue et de la littérature. Et cette nuit qui vient ( « celle qui vient en fin de journée comme celle qui monte en chacun de nous ») étreindre un monde qui s’achève est le propos essentiel de ce livre mélancolique, résigné, non pas défaitiste, mais las. Un livre de vaincu (« La province est l’ultime argument des vaincus » écrit Richard Millet) . En forme d’hommage au temps au ralenti, aux noms qui sonnent « bien français » aux « syllabes dans lesquelles nous avons vu le jour et qui est le plus précieux de ce qui roule dans une langue, la province restant le grand réservoir des noms français, le chant de l’originel, un cantique de l’étymologie, de ce qui est propre et éternel dans un nom ».

Ce « vieux cerf blessé », cet « écrivain ténébreux et rare » ressemble à son personnage, le fameux Mambre qui, lui, n’écrira pas le livre que son entourage redoute, mais offre à l’auteur quelques merveilleuses pages de ses aventures avec de jeunes filles (la relation avec Amandine un des plus beaux personnages du livre) ou sur la fin de son père, lesquelles font de la petite ville imaginaire du roman un continent fragile, crépusculaire et tragique comme le «  Monsieur Ouine » de Bernanos, mais avec, hélas – on ne se refait pas- moins de mystère et certes moins de charité.

PetitsPapiers, septembre 2016

samedi 15 octobre 2016

2390. PROVINCE de Richard MILLET par Richard Blin pour LE MATRICULE DES ANGES

À LA LISIÈRE DE L'OMBRE

Renouant avec le genre romanesque, Richard MILLET trouve un nouveau souffle pour témoigner des moeurs et des tourments de la province. Un roman aussi balzacien que désenchanté.

crire sur la province - écrire Province - c'est se mesurer au temps, donner à voir et à sentir sa pâte.

"La province, c'est le temps sensible et triomphant."

Grâce à la magnificence d'un style envoûtant qui retrouve la magie originelle de la vive voix lorsqu'elle se conjugue au plaisir du récit, c'est l'entier de la langue que Richard MILLET nous donne à entendre, et l'expérience même du temps humain qu'il nous fait partager.

Dans ce quatorzime roman, il nous transporte à Uxeilles, une petite ville du Limousin où "les valeurs constitutives de l'ancien monde sont encore trs sensibles."

Entourée de grands bois, elle s'étage sur trois niveaux et compte deux camps : les "Océaniques" ouverts aux influences atlantiques, et les "Lépantistes" ainsi nommés parce qu'ils révrent "la victoire de la chrétienté sur les Ottomans".

Une ville de cette province profonde, "si différente de tout autre lieu par son goût du secret, ou plus exactement le goût de se taire".

Et voici qu'une nuit de janvier, arrive un homme qui est de retour à Uxeilles aprs avoir fait carrire à Paris. Mais qui est cet homme qui semble avoir plusieurs noms? Et pourquoi revient-il? Pour une femme? Pour s'occuper de son pre? Pour écrire le grand roman d'Uxeilles? Pour "baiser le plus de femmes possible"?

Un retour dont on attend qu'il libre de l'ennui "qui nous habite, nous fait tendre l'oreille à tout, depuis le bruit de nos ventres, jusqu'au lent déchirement des nuages dans le ciel", dit la voix féminine d'un témoin privilégié qui, par souci de ne pas se nommer, délgue le récit à la voix collective d'un "nous", d'une sorte de choeur d'où se détachent, quand il le faut, une figure et une voix qui s'individualise.

Ce concert de voix savamment distribuées nous fait entendre le bruire de ce qui se dit, se sait, se devine ou s'ignore.

Chaque fait et geste du "revenant" est inlassablement commenté, soumis à l'exégse publique, ce qui, dit la voix collective, "nous contraignait à sortir de nous-mêmes comme des renards enfumés. Il nous forçait à parler, à prendre parti, à regarder au-delà du cercle de nos jours et de nos prétentions".

Ce retour, qui est pour Pierre Mambre - car tel est son vrai nom - l'occasion d'une descente au fond de soi, dévoile aussi ce que devrait être la vraie littérature : "aller au delà du rideau et témoigner de ce qu'on voit". Dire la vérité du monde, de ce qui est, car pour être à l'écart de tout, la province n'en connait pas moins les problmes de la France contemporaine.

Elle a ses réfugiés, ses jeunes qui veulent partir pour la Syrie ou ceux qui rêvent "de s'ouvrir au grand vent du néant", qui plutôt que vouloir être "Rimbaud, Guevara ou Aung Sans SUU KYI, punks ou djihadiste", désirent n'être rien et ne vouloir savoir que "ce que c'est que faire le mal pour le plaisir".

Mais derrire ces faits et leurs conséquences, ce qui s'entend, c'est l'immémoriale récitation des vies humaines - veuvages, amours, expiations, folies - sur fond de fatalisme, de monde en train de finir et de mélancolie.

Face à cet état de fait, l'enracinement dans la langue et le littéraire - qui n'est pas le littéral, faut-il le rappeler - devient un refuge et une réponse.

Mambre est cet homme qui ne s'en laisse pas compter par l'esprit du temps, ne croit plus qu'en la langue, "la grammaire étant l'ultime divinité de ceux qui sont résolus au crépuscule, de la même façon que vouloir baiser le plus de femmes possible était un acte littéraire". D'où le constat de la vox populi : "Il nous avait déçus. Il n'était pas des nôtres".

Richard Blin, octobre 2016

jeudi 6 octobre 2016

2389. Richard Millet l'invité culture de Patrick Poivre d'Arvor sur Radio Classique

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mardi 27 septembre 2016

2388. Les Verticaux de Romaric Sangars par Matthieu Falcone pour CultureMag

« Nous sommes quelques-uns. Nombreux, peut-être… Qui l’estimera ? »

Qui, en effet, en sait le nombre, sinon Celui vers qui tendent ceux que Romaric Sangars dénomme les Verticaux ?

Dans ce premier roman, le jeune écrivain dresse le portrait d’une poignée de trentenaires, dont deux vont extraire le narrateur de sa morosité désabusée. Car ces deux personnages, Lia Silowsky et Emmanuel Starck, n’ont pas renoncé à se hisser vers les sommets, à s’extraire de l’horizontalité du monde, quitte à se consumer rapidement, comme deux étoiles filantes. Avec quelques autres, ils se décident à former un groupe menant des actions de sabotage symboliques, semblant plutôt désirer se distraire que réveiller le monde.
Comme si ce monde occidental assoupi, il n’était plus possible de l’éveiller, les attentats terroristes eux-mêmes se montrant incapables de l’atteindre. Que faire face à une telle force d’inertie, sinon renoncer ou se briser ? Alors les uns fuient dans les drogues, dans la folie ; d’autres dans les voyages ou le travail, tous dans les loisirs et l’ivresse chimique.

« On ne peut pas toujours – et surtout longtemps –, déserter l’Histoire… », affirme un des personnages. Le problme auquel il se confrontera, c’est que nul ne peut écrire l’Histoire seul, car elle est œuvre commune. Comment donc ne pas se briser quand une telle force d’inertie résiste à l’avancée de l’Histoire ?

Rien ne peut y faire, semble nous confier Romaric Sangars, et pourtant nous sommes encore quelques-uns, nombreux peut-être, à refuser de baisser les bras ; à refuser de ne pas lier le rêve à l’action ; à refuser que le monde avance sans but, faute de pouvoir demeurer statique. Quelques-uns qui n’ont pas perdu la foi, contre toute raison, parce que ne pouvant faire autrement, ou parce que continuant de croire à l’absurde.

mardi 13 septembre 2016

2387. PROVINCE de Richard MILLET par Matthieu FALCONE pour CultureMag

Avec Province, Richard Millet revient au roman, trois ans après la publication d’ "Une artiste du sexe" qui était paru dans la prestigieuse collection blanche de la maison Gallimard, maison dont il a été banni à la fin de l’hiver dernier dans les conditions que l’on sait.

Une artiste du sexe, en faisant du narrateur un jeune écrivain américain s’essayant à la langue de Racine, (ou peut-être davantage à celle de Le Clézio, ce qui est déjà mesurer la chute vertigineuse de la langue française), permettait à Richard Millet une critique amusante et salutaire du personnage de son invention, Pascal Bugeaud, sur lequel il a sans doute transposé en les caricaturant, un certain nombre de ses traits de caractère.

Salutaire, parce que, comme l’explique Millet, il faut éviter à tout prix de tomber dans le pastiche de soi-même et dans la satisfaction de son propre talent. Salutaire, parce que la littérature, contrairement au feuilleton, n’a pas pour tâche de créer des personnages types que l’on retrouve à chaque épisode et qui donnent si peu à saisir de la vérité humaine contradictoire, paradoxale, changeante, déconcertante.

Il fallait un jeune américain ou une femme pour moquer la prétention de l’écrivain français.

Province donne à Millet une nouvelle occasion d’évoquer la figure de Pascal Bugeaud, mais en second plan, comme un motif lointain, une ombre planant désormais sur la ville d’Uxeilles, comme l’adieu à un homme qui s’éloigne et se perd dans l’épaisseur et l’anonymat de son œuvre.

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samedi 10 septembre 2016

2386. Les Verticaux de Romaric Sangars par Gersende Bessède pour CONTREPOINTS

Un beau vin subtil, corsé et revigorant pour chasser le spleen de ce début d’automne.

La rentrée littéraire a ceci de commun avec les foires au vin de la grande distribution, qu’en dehors de faire survivre une presse subventionnée, à bout de souffle, incapable de servir autre chose que des cépages surexploités, elle permet d’écouler à bon compte et sournoisement des infâmes piquettes, des vins bouchonnés, quelques vieux domaines madérisés, des jeunesses déjà séchées de platitudes et de noyer le chaland en recherche de grands crus sous le tsunami des références (pas moins de 590 livres en librairie pour cette rentrée 2016.)

Difficile donc, de s’y retrouver sans y perdre son latin de chai, si l’on veut trouver un beau vin subtil, corsé et revigorant pour chasser le spleen de ce début d’automne.

Les Verticaux de Romaric Sangars est de ceux-là. Goûtons donc ce Château-Sangars.

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mardi 6 septembre 2016

2385. PROVINCE de Richard MILLET, le livre du jour par Philippe Vallet sur France Info

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vendredi 2 septembre 2016

2384. Les Verticaux de Romaric Sangars par Olivier Maulin dans VALEURS ACTUELLES.

La Chevalerie qui vient.

Romantique.

Dans un premier roman étincelant, le jeune critique Romaric Hangars enterre notre époque parodique et en appelle à une nouvelle chevalerie de l'esprit.

" Nous sommes quelques uns à ne pas nous résoudre à ce que tout tourne à vide. À traquer encore la verticale. De vraies vocations, de vraies cibles, et la vie comme élan pur entre les deux."

Vincent Revel est de ceux qui ne se résolvent pas. Journaliste parisien trentenaire, le narrateur de ce premier roman de Romaric Sangars est au bout du rouleau, laminé par "la platitude rationnelle" de l'époque, hanté par la purification : "un ascenseur en chute libre".

La rencontre de deux personnages d'exception au coeur du désastre, Lia Silowsky, une mystique flirtant avec la folie, et Emmanuel Stark, un aventurier expert en hacking et en arts martiaux, va rallumer la flamme qui est en lui et le désir de vivre enfin en homme.

Avec la premire, le narrateur redécouvre la passion amoureuse; avec le second, il retrouve le sens du combat en organisant des actes de sabotage symbolique contre les imposture du temps. Ce trio, lui aussi symbolique, est l'occasion pour le jeune écrivain de ressusciter au coeur du projet moderne, l'air de rien, les figures archétypes de la sainte et du guerrier, mais aussi de poser d'emblée le rôle qu'il assigne à l'écrivain, ce clerc chargé de magnifier la geste.

À travers la vision aristocratique du monde qu'ont ces "verticaux", Romaric Hangars découpe au scalpel le type humain produit par la civilisation rongée de l'intérieur par la barbarie matérialiste : un individu relatif et fétichiste, sans gloire et sans panache, qui obéit docilement aux injonctions de l'époque et consume son existence dans l'idolâtrie technicienne et marchande.

Aux certitudes galvaudées de l'époque, Romaric Hangars oppose une morale de l'exigence, regrettant le temps où un homme pouvait consacrer toute sa vie à ne pas faire mentir quelques mots assemblés en devise par l'un de ses aïeux.

À l'avachissement généralisé et aux bons sentiments, il répond par le culte de l'attitude, du caractre personnel et de la révolution intérieure : "Forger des hommes libres m'apparaissait une ambition infiniment supérieure à celle d'imposer n'importe quel type de coercition générale bienveillante."

Contre la tyrannie du nombre, enfin, il préfre renouer avec la "science de l'âme" léguée par les anciens.

Mais s'il se réfre aux sociétés du passé, le romancier évite pourtant la facilité réactionnaire du "c'était mieux avant". C'est du monde actuel qu'il part et c'est en lui qu'il entend puiser les plus belles réalisations pour les lui retourner et changer sa direction.

"Si la force, aujourd'hui, s'exprimait essentiellement sous la forme abstraite de la finance, si le monde subissait le joug de seigneurs de guerre d'un nouveau genre, aprs qu'on en eut pris acte et plutôt que de s'y opposer vainement, ne fallait-il pas envisager, plutôt que de tenter de les contrer directement, un moyen de spiritualiser ces forces ?" se questionne-t-il dans ce que l'on pourrait qualifier de stratégie révolutionnaire conservatrice.

Plus contemporain qu'il y parait, le roman s'achve sur une vague d'attentats islamistes ensanglantant Paris. L'occasion pour l'auteur de renvoyer dos à dos l'Occident et son double maléfique dont les systmes mentaux "tendaient à se confondre dans les mêmes réflexes video-ludiques organisant partout l'assouvissement automatique des pulsions, que celles-ci fussent d'ordre alimentaire, narcissique, sexuel ou mystique."

Cette vague d'attentats souligne le caractre parodique, lui aussi, des happenings esthétisants organisés par Starck et celui-ci finit du reste par passer à la violence réelle et justicire.

Jusqu'où nous conduira cet enchaînement de haine ? Romaric Sangars ne répond pas mais suggre que ce retour de l'histoire, en dehors du sang et des larmes qu'il fera nécessairement couler, pourrait aussi être une opportunité pour redonner sens à nos vies.

Olivier Maulin, le 1er septembre 2016.

jeudi 25 août 2016

2382. PROVINCE de Richard MILLET par Gilles MARTIN-CHAUFFIER dans MATCH

Le plus infréquentable des écrivains nous invite dans une "Province" française aussi plombée par les bobos que par les islamistes.

Richard Millet racle les fonds de terroir. À quelque chose malheur est bon. Richard Millet a la chance d'avoir des ennemis ridicules, et même odieux. On a envie de le défendre rien que pour contrarier les tartuffes qui se prennent pour des consciences et l'ont fait chasser de chez Gallimard en le traitant de "fasciste".

Comme si cette vénérable maison n'avait pas toujours abrité d'épouvantables staliniens, d'indécrottables vichystes et cent spécimens de plumes allongeant volontiers leur encre du sang des autres. La police y faisait la chasse aux fautes de français mais pas aux écarts de pensée.

Menée par Annie Ernaux, une cabale a pourtant écarté de la rue Sébastien-Bottin celui dont tout Paris murmurait qu'il avait transformé plusieurs manuscrits pour en faire des Goncourt.

Son crime : se laisser aller à une mélancolie hargneuse quand il songeait à sa vieille France, à sa chère langue, à ses chapelles et ses cathédrales. Bref, être paléo-réac sans état d'âme.

L'ennui, c'est que les amis de Richard Millet sont aussi exaspérants que ses ennemis. À les entendre, c'est l'ultime défenseur de la grande langue française et du roman digne de ce nom.

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jeudi 28 juillet 2016

2381. CORSE-MATIN du 28.07.2016. Un peuple, des peuples.

Quasi-retraité, quasi-résident-corse, tous les jours, avant d'entreprendre quoi que ce soit, je vais lire Corse-Matin, installé sur la terrasse du Bar du Passage, juste à côté de la Maison de la Presse sur la place centrale de Saint-Florent. Cette semaine, mon devoir de vacances est de relire la conférence prononcée par Ernest Renan en 1882 à la Sorbonne : Qu'est-ce qu'une nation ? Cette "figure imposée" adressée à tout étudiant en sciences politiques prend un sens nouveau au regard de l'actualité.

La "Une" du journal insulaire n'y va pas par quatre chemins pour répondre à cette lancinante question revenue en boucle sur les chaînes d'information en continu aprs chaque attentat. On pourrait y ajouter deux sous-questions : Qu'est-ce qu'un peuple ? Qu'est-ce que des peuples ?, ce qui, dans l'histoire, ne recouvre pas forcément la même réalité. N'y-a-t-il pas, d'un côté, une forme de peuple générée par des états et dont la généalogie est indissociable de l'évolution de ses institutions ? Le peuple français en est un exemple fort, lui qui s'est construit autour d'un état français centralisateur, monarchique puis républicain, et de l'autre "des peuples", dont il nous reste quelques traces : les bretons, les basques, les catalans, les corses etc..., qui ont toujours été dans une dialectique d'affrontement ou de soumission avec les "nations" conquérantes de colonies ou d'empires.

La "Réplique" de ce FLNC du 22-Octobre articule 3 "adresses" :

"1) Aux musulmans de Corse :"

"Vous êtes une cible privilégiée car vous êtes dans ce que les idéologues de EI appellent la "zone grise". C'est à dire là où l'Islam coexiste avec d'autres religions. Et la "zone grise" est l'objectif prioritaire de Daech car en tentant de la détruire, ils creusent le fossé entre l'Islam et les non-croyants, ce qui leurs permettrait de rétablir le califat, seule structure politique légitime selon eux."

"La présence des musulmans sur la terre de Corse est importante, ce qui rend plus élevé encore le risque de conflit."

" Si vous n'êtes pas responsables de cet état de fait, vous ne pouvez pas non plus vous extraire de la situation dans laquelle vous vous trouvez."

"Nous félicitons pour leur action les responsables du culte musulman de Balagne et de Bastia qui n'ont pas laissé prêcher les radicaux sur la plage de Bodri."

"La communauté de destin n'est pas un vain mot, aujourd'hui plus que jamais nous avons le devoir de recherche la capacité à faire que ce peuple, petit par le nombre,soit grand sur le projet de vie commune."

"2) Aux Islamistes radicaux"

"Lorsque ce sont produits les évnement du quartier de l'Empereur à Ajacciu nous avons cherché à comprendre si cela était un incident occasionnel ou bien une stratégie de déstabilisation. Le doute n'a plus sa place dans cette affaire. Il s'agissait bel et bien d'une stratégie mise en place plusieurs jours voire plusieurs semaines auparavant pour tester la réaction du peuple corse." '' "Nous pouvons aussi affirmer que notre organisation a permis, au cours du mois de juin, de déjouer un attentat dans un lieu fréquenté par le public."''

"Votre stratégie de la terreur pour créer les conditions de l'affrontement à grande échelle a déjà échoué, car si conflit il y a, il n'aura lieu qu'avec vous et vos disciples... Votre philosophie moyenâgeuse ne nous effraie pas. L'amalgame n'existe que dans l'esprit des faibles et le peuple corse est fort."

"Sachez que toute attaque contre notre peuple connaîtrait, de notre part, une réponse déterminée sans aucun état d'âme."

"3) À L'état français"

"Aprs 2003 et le scandale de l'administration Bush en Irak, aprs 2011 et le renversement de Khadafi en Lybie puis la gestion chaotique de la crise syrienne, il fallait bien s'attendre à des retombées en Europe et aux Etats Unis."

"Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et à vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entire si elle veut éviter que les conflits qu'elle sme à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol."

"Gouvernants français, le peuple corse n'a déjà que trop payé le prix de votre histoire impérialiste. Repectez vos engagements, restez à votre place et évitez de mépriser le monde qui vous entoure. Peut-être alors réussirez-vous à endiguer la violence qui vous agresse aujourd'hui."

vendredi 8 juillet 2016

2380. Enquête : quel avenir pour les blogs ? par Clémentine Baron et Arthur Chevallier

Il y a quelques années, l’émergence des plateformes de blog permettait à tous même aux réfractaires de l’informatique de s’exprimer librement sur la toile. D’abord largement boudés par un monde littéraire prompt à moquer les amateurs, les blogs font désormais l’objet d’une surveillance attentive, et nombreux sont les auteurs qui se sont laissé prendre au jeu. À l’heure des réseaux sociaux et de la littérature en 140 caractères, les blogs littéraires seraient-ils devenus l’alternative ultime au microcosme germanopratin ?

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