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lundi 21 août 2017

2413. La Distance d'Alexandre STEIGER dans la page livre de Voici

Le premier roman d'Alexandre Steiger est dans la première sélection de trois livres de l'hebdo Voici.

Comme une fuite d'eau, celle d'un amour fait toujours des dégâts.

Alexandre, comédien au chômage, quitté par Jeanne, erre dans Paris, à la recherche de diversions, et pourquoi pas, d'un nouveau sens à sa vie.

Un premier roman plein d'humour et de dérision.

Voici, le 21 août 2017.

2412. Avant-papier : La Distance d'Alexandre Steiger par Gilles Pudlowski

Sur son blog : Les pieds dans le plat Gilles Pudlowski évoque ainsi le premier roman d'Alexandre Steiger : ''La Distance'' en librairie le 23 août.

Cela démarre joliment à Positano, sur la côte amalfitaine, près de Naples, mais cela va vite entraîner le lecteur en banlieue parisienne dans un lieu où tout se délite.

Bilan, confession, souvenir? Pour Alexandre, qui est comédien au chômage, tout va mal: sa compagne, Jeanne, l’a quitté pour un autre; il chute financièrement; ses deux enfants, élevés par deux mères différentes, réclament de l’attention… qu’il n’accorde qu’à lui-même.

Il se perd entre ses rêves romantiques et son petit appartement de Villejuif, ne peut se raccrocher qu’à Francis, son meilleur ami, qui vit dans l’aisance, mais se perd, lui, dans ses passions homosexuelles.

Il rate son dernier essai pour un rôle qui pourrait lui aller comme un gant, s’égare au palais de Justice, tente de renouer avec Jeanne, vainement.

Le sort ne l’épargne pas. Mais n’est-il pas le reflet d’une époque qu’il décrit en noir et en creux? Peut-être une lueur va-t-elle s’allumer dans sa nuit..?

Cet autoportrait d’un raté est le premier roman d’un comédien-réalisateur qui livre ses clés pour décrire le monde comme il va. Paris, ville des fausses lumières, livre aussi des rencontres iconoclastes. Comme avec cette professionnelle – anglaise – de l’amour rencontrée sur un site de rencontres, croisée près des Invalides, quittée avec un repas raté dans une belle table italienne. Ou encore ce cadre cherchant « coloc' », venu du Sud-Ouest, avec son accent rocailleux, sa jovialité, son cassoulet, partageant son appartement jusqu’à, très vite, l’envahir.

Le registre de l’auto-fiction amoureux et d’apprentissage prend alors des reliefs drôlatiques. Voilà, en tout cas, un premier roman dense, déroutant, prenant, intrigant, entre pathétique, critique sociale et détours romantiques. Comme une bonne occase à saisir.

Gilles Pudlowski, le 21 août 2017

mardi 15 août 2017

2411. Avant-papier : La Nouvelle Dolores de Richard Millet par Rachel Ltaif

L'Orient littéraire

Lolita versus Dolores

Pascal Bugeaud revient. Après avoir relaté son enfance limousine dans Ma Vie parmi les ombres (2003), il s?est engagé, à 22 ans, dans la guerre libanaise pour devenir adulte et donc écrivain (La Confession négative, 2009)?; ce qu?il est devenu dans La Fiancée libanaise (2011). Il passe furtivement dans les vies de Sébastian et Rebecca dans Une Artiste du sexe (2013) et on voit son ombre dans Province (2015), pour être, finalement, un écrivain aux portes de la soixantaine qui a vécu, tout comme Richard Millet, la maladie et l?exil littéraire, la solitude, l?amour impossible et la mort, comme on le voit dans La Nouvelle Dolorès (2017), beau et troublant roman de la rentrée littéraire, qui paraîtra bientôt aux éditions Leo Scheer.

Double romanesque de Millet, Bugeaud, jamais séducteur mais souvent séduit par les femmes, est tombé amoureux de la célèbre cantatrice russe Nadejda Kononenko, qui a vingt ans de moins que lui. Ils se sont rencontrés lors d?n récital au château d?Orliac, dans le haut limousin, où le narrateur n?a pas le privilège d?accompagner la chanteuse au piano mais juste de lui «?tourn(er) les pages?» des partitions. La rencontre a lieu dans l?intimité orageuse de l?été limousin, et évolue lors d?ne nuit d?amour dans la chambre de la chanteuse, qui finira «?peu avant l?aube?».

Après cette première nuit, Bugeaud souffre de l?éloignement de Nadejda qui n?accepte de le revoir que très rarement. Il guettera, par la suite, le moindre signe de son amante, incarnation du fantasme ultime de la «?Sainte Russie?»?: sa voix, c?est le monde des opéras de Tchaïkovski et des symphonies de Rachmaninov, ses yeux reflètent le gris bleu du lac Baïkal, son rire est celui des héroïnes de Tchékhov et de Tourgueniev. Il aime la voix et désire la femme aussi bien en français qu?en russe?: il voudrait l?écouter dans les compositions de Poulenc et de Ravel, l?aimer plus profondément que le lac de Siom au bord duquel il est né, et la voir en héroïne de Nerval ou de Flaubert autant qu?en Tatiana ou en Anna Karénine.

Vladimir Nabokov, qui n?a jamais été pour Bugeaud ? pour Millet non plus ? un auteur de prédilection à l?instar de Gogol, Dostoïevski et Soljenitsyne, est significativement dénié dans La Nouvelle Dolorès. La Lolita milletienne, Dolorès, est la fille américaine de Nadejda et d?n ténor récemment décédé aux États-Unis. À 16 ans, elle est au comble de sa crise d?adolescence typique du XXIe (piercings, nonchalance, irresponsabilité, déception, pessimisme, refus, drogue et inculture)?; et elle est venue s?installer à Paris pour vivre avec sa mère.

Le triangle Nadejda-Pascal-Dolorès ressemble, malgré tout, à celui de Charlotte-Humbert-Lolita (dont le nom véritable est Dolorès) de Nabokov. Nadejda demande à Pascal de donner à sa fille des cours de conversation en français tout en contrôlant, de loin, mais jalousement, leurs séances. Mais Pascal n?est pas Humbert, ni Nadejda Charlotte. Le narrateur est toujours amoureux de la mère mais celle-ci s?éloigne de plus en plus.

Dolorès, semblable à Lolita, s?approche de Pascal et voit en lui un père possible bien qu?elle exhibe devant lui, volontairement ou non, son corps troublant d?adolescente. Pascal, qui vit un amour difficile, assiste tardivement à la complicité de la mère et de la fille unies contre un homme qui n?arrive pas à trouver sa place amoureuse.

L?apparition de l?éditrice, au neuvième chapitre, demandant à Bugeaud de continuer cette histoire «?inachevée?» nous ramène à la réalité d?ne nouvelle commandée à Richard Millet pour un recueil intitulé Lolita, variations sur un thème (paru aux éditions Louison) où il est question de «?convertir la devise littéraire russe?», en ré-«?interprétant un classique?» littéraire.

Richard Millet qui a largement dépassé le cap de la nouvelle finit par se confondre avec Pascal Bugeaud. Les séparer, en tout cas, c?est comme séparer deux pigments qui s?étalent sur une même palette?: dès qu?on veut les distinguer l?n de l?autre, ils se dissolvent irrévocablement pour devenir le mystérieux personnage Bugeaud qui crée les œuvres milletiennes et qui se crée en elles.

Bugeaud finit donc par rompre avec ces femmes. Deux ans plus tard, il retrouve Nadejda remariée, avec un petit garçon dans les bras, et, un peu plus tard, on le voit dans la chambre de Dolorès qu?il laisse endormie?: rien ne s?est passé entre eux?; il lui laisse un mot près de son lit pour lui dire qu?il l?aime, mais paternellement. Dolorès serait ainsi une anti-Lolita comme Nadejda une anti-Charlotte, et donc de parfaits et purs personnages de Richard Millet.

Rachel ltaif

2410. Avant-papier : La Nouvelle Dolores de Richard Millet par Jean-Paul Gavard-Perret

lelittéraire.com

Le livre des désillusions

Repre­nant son double roma­nesque (Pas­cal Bugeaud), Richard Millet pro­pose une auto­bio­gra­phie rêvée. Là où une ren­contre amou­reuse dœne femme « qui donne la vie et détient la clé des morts » pou­vait lais­ser espé­rer une vieillesse paci­fiée, tout menace encore de s?effondrer. Non seule­ment dans sa vie sociale ( c?est fait) mais ausis dans l?existence amou­reuse du héros.

Dans une sorte de tri­angle amou­reux dont l?arrangement sem­ble­rait pou­voir s?agencer tout va res­ter ban­cal. Face au héros, il n?y aura pas seule­ment la femme aimée mais sa fille qui devient à la fois une Lolita et son contraire.

Dans les bagages dœn monde devenu ana­chro­nique, le retour de cette jeune fille Vio­laine ? comme aurait dit Paul Clau­del ? invite à cir­cu­ler de case en case sinon dans l?émerveillement dœne marelle du moins en un man­dala. Il n?incline pas for­cé­ment à l?innocence. Les pro­ta­go­nistes ne le sont pas. Mais ils ne sont en rien des monstres. Dans les inad­ver­tances de la pro­mis­cuité, l?histoire s?essaime en pluriel et tumulte en ne tom­bant jamais dans le mari­vau­dage. Ce n?est en effet pas dans le genre de l?auteur.

Entre amal­game et chi­mère, il y a moins de place pour la fan­tai­sie que pour la gra­vité. Cha­cun (même le héros) devra res­ter lui-même dans cette col­lec­ti­vité sin­gu­lière. Ce qui est com­plexe est néan­moins écrit avec lim­pi­dité jusqu?au dénoue­ment final. Le roman recèle peu d?espoir. Il est de ce fait dans la « cou­leur » de son auteur depuis quelques années. Tuer, Pro­vince et même le beau et ori­gi­nal Pour Ber­nard Menez l?illustraient récem­ment comme son jour­nal dans « La Revue Lit­té­raire ».

La misan­thro­pie de l?auteur trouve ici moins une sor­tie de secours quœne voie sans issue. Mais là où nul ne pavoise s?inscrit une his­toire forte de l?existence. En un cer­tain lissé, ce qui s?essaime, les pro­ta­go­nistes le com­prennent : cer­taines choses s?effondreraient dès qu?elles seraient tou­chées. Et la clé du livre le prouve dans la cou­leur noire et au sein même dœne impos­si­bi­lité que les deux adultes n?avaient pas imaginée.

Jean-Paul Gavard-Perret

jeudi 3 août 2017

2409. Pour Bernard Menez de Richard MILLET à la plage.

Bernard Menez clôt en beauté Les Auteurs à la plage !

Fils spirituel de Bourvil et Gaston Lagaffe, tour à tour comédien réalisateur, chanteur fantaisiste, mais aussi homme politique et pilote d’avion, Bernard MENEZ, acteur fétiche de Jacques ROZIER et Pascal THOMAS intrigue autant qu’il amuse : objet littéraire du dernier roman de l’écrivain Richard MILLET, Pour Bernard Menez, il lui reste encore quelques secrets à livrer. Il présente à Port Leucate son dernier ouvrage : Et encore… je ne vous dis pas tout ! Rendez-vous le 25 août à 19h à Leucate.

Cet été à Leucate, Les Auteurs à la Plage, manifestation littéraire unique sur le littoral, organisée en partenariat avec le Centre Méditerranéen de Littérature, permet au public curieux ou de retour de la plage de rencontrer directement les auteurs en vogue dans un cadre de rêve. Il s’agit d’échanger avec les écrivains du moment, sur les quais de Port Leucate. Vendredi 25 août à 19h, pour clore la manifestation, le public avisé ou déambulant rencontrera ainsi l’inclassable Bernard Menez pour son livre Et encore…je ne vous dis pas tout ! publié aux éditions l’Archipel, et pour l’essai de Richard Millet, Pour Bernard Menez, publié aux éditions Léo Scheer.

« Me voilà à vous raconter – et encore, je ne vous dirai pas tout ! – ce qu’il est advenu du prof de maths plutôt à côté de ses pompes qui rêvait de 3 choses : 1 – vous faire rire ; 2 – vous faire pleurer ; 3 – vous faire pleurer de rire ». (B.M). Depuis une dizaine d’années, des réalisateurs tels que Mathieu Amalric (La chose publique) ou Guillaume Brac (Tonnerre) s’arrachent Bernard Menez, faisant découvrir ce comédien éclectique (cinéma d’auteur et de divertissement, théâtre de boulevard et de répertoire) à une nouvelle génération de spectateurs. Là est le mystère Bernard Menez : prononcez son nom, et vous aurez immédiatement une réaction, en général un sourire.

Celui qui disparaît entièrement derrière les personnages qu’il incarne, tant il ne semble pas les jouer, mais être eux, présentera aussi l’essai passionnant de Richard Millet : Pour Bernard Menez, sorti entre les deux tours de l’élection présidentielle. A travers ce court essai en forme d’éloge, l’auteur aide ainsi à comprendre, à travers ce personnage tantôt provincial ou parisien, éternellement jeune, à la fois séducteur et looser, drôle et attendrissant, ce qu’est la France d’aujourd’hui. Car il y a, chez Bernard Menez, quelque chose de « notre prochain, notre semblable ». « Ainsi Menez est-il l’acteur même, parce que seul à être soi sans en jouer : celui qui vient après les grands comiques qui incarnaient le bonheur français, de Fernandel à Bourvil et de Funès, et aussi Francis Blanche, Michel Serrault, Claude Piéplu, souvent très grands à contre-emploi. (…) Son art est un art modeste, comme il y a un art du peu. »

Rencontre avec Bernard Menez – vendredi 25 août – 19h – parvis de l’espace Henry de Monfreid – Port Leucate

mercredi 26 juillet 2017

2408. Avant-Papier : La Distance d'Alexandre STEIGER dans "Un premier roman par jour" de LIVRES HEBDO par Léopoldine LEBLANC

« Nous avions décidé, avec Jeanne, d?aller jusqu?à Positano. » La première phrase du roman d?Alexandre Steiger revient sur le souvenir dœn voyage sur le Côte amalfitaine, celui dœn grand amour.

Dans La distance, à paraître le 23 août chez Léo Scheer, le primo-romancier dépeint les réflexions et déboires dœn amoureux délaissé, comédien au chômage et père de deux enfants, en quête insatiable d?élévation ? amoureuse, divine ou esthétique.

Un premier roman sur la soif d?absolu, qui ne manque pas de dérision sur la perte de l?amour et sur ses conséquences, au-delà de l'aspect sentimental.

Comédien, Alexandre Steiger, 40 ans, s?est récemment tourné vers la réalisation avec un premier film, Pourquoi j?ai écrit la bible, qui sortira en septembre 2017.

Au théâtre, il a notamment joué sous la direction de Denis Podalydès, Alain Françon, Jacques Osinski, Jean-Baptiste Sastre et Vincent Macaigne, avant de rejoindre la compagnie des Chiens de Navarre qui présentera cette année, Jusque dans vos bras, spectacle interrogeant l'identité française.

Au cinéma, il apparaît dans L?Ordre et la Morale de Mathieu Kassovitz, Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, Queen of Montreuil de Solveig Anspach, Espions(s) de Nicolas Saada et encore Les Amitiés maléfiques d?Emmanuel Bourdieu.

vendredi 26 mai 2017

2406. ''Pour Bernard Menez'' de Richard MILLET par Pierre VAVASSEUR dans LE PARISIEN

C'est depuis "SON CANNES À LUI" que Pierre VAVASSEUR évoque le dernier livre de Richard MILLET consacré à Bernard MENEZ :

COUCHÉ

La veille de l'Ascension, l'Uberchauffeur qui m'emmène sur les hauteurs à la villa Domergue, pour l'enregistrement et la fête de l'émission "On n'est pas couché" (un pléonasme, à Cannes) est extra. Il fait des extras. Quand il ne conduit pas, il ne reste pas immobile, il est dans l'immobilier. Sa boite est à deux vitesses.

Le long de la route, on s'élève de quelques étages. En bas, il faisait chaud et lourd, sous les étoiles, il fait frais et léger. Les invités sont collé-serrés. Certains seront tout à l'heure à touche-couche.

Au bar, ça bouchonne. Bernard Menez parait. J'ai justement dans mes valises, un livre qui vient de paraître et lui est consacré (Pour Bernard Menez de Richard Millet) À la page 87, l'auteur écrit :

"Menez ne suscite pas un humanisme à la bonne franquette, mais une humanité qu'il incarne dans l'innocence de l'immédiat, loin de l'idéologie, des redéfinitions sexuelles, des abominations post-civilisationnelles en cours."

Ça va intéresser Godard. Un débat là-dessus et on n'est pas couchés.

Redescendu sur terre, une notion, elle aussi, assez abstraite sur la Croisette, je tombe dans les pattes de mon pote Jappeloup. Dans cette ville où tout le monde se lèche la pomme, il vient lécher la mienne. Jappeloup c'est un chien. Pas question de lui dire "Couché!" ni de chambrer ses maîtres. Ce sont les patrons de l'hôtel Pruly. Des gens normaux et souriants. Ils ne font pas de cinéma. Le jardin est joli. Le silence est leur ami. Chez eux, on est très vite couchés.

Pierre VAVASSEUR, Cannes le 26 mai 2017

mardi 23 mai 2017

2405. "Pour Bernard Menez" de Richard MILLET parJean-Laurent GLÉMIN (Parutions.com)

LE DERNIER AUTHENTIQUE

Corps si français au cœur de notre mémoire menacée par l?hyperconnexion et par le renoncement (R. Millet)

Depuis quelques années, écarté par Gallimard, Richard Millet (né en 1953) publie chez des éditeurs moins prestigieux, bien que tout autant parisianistes pour certains (Léo Scheer, Pierre-Guillaume de Roux), des textes aussi surprenants qu?inattendus. Des portraits qui font contraste avec notre époque, des manifestes radicaux qui dressent une pensée exigeante critiquant la doxa culturelle et médiatique. Avec Pour Bernard Menez, nous sommes dans la continuité d',Eloge littéraire d?Anders Breivik (2012) et du Corps politique de Gérard Depardieu (2014). Millet met en lumière un symbole fort et singulier de notre époque pour mieux analyser et critiquer cette dernière.

Depuis l'essai sur Depardieu, Millet s?intéresse au cinéma français et déploie sa vision esthétique, mêlant son intérêt pour le septième art à l'auscultation de la société culturelle et son évolution. A l?époque où Depardieu est critiqué pour ses positions politiques et fuites fiscales, Millet prend sa défense en montrant que le gros Gégé, c?est avant tout la France, alors que le pays se délite sous la lourdeur moralisante et dépressive d'une bien-pensance post-historique. Pour Bernard Menez prolonge en quelque sorte cette réflexion. Moins polémique, plus pédagogique, Millet s?amusa sans doute d?avance de ce que les lecteurs penseraient de cet exemple cinématographique peu commun (et catalogué «ringard» par les profanes).

Millet, dans la posture du cinéphile, prend l?exemple canonique de l?acteur «franchouillard» Bernard Menez (né en 1944) pour parler de la culture d?aujourd?hui. Evoquer Bernard Menez, fera sans doute craindre à un post-moderne la critique et la moquerie du système mondialisé. Menez, c?est comme le dernier des Mohicans, un acteur authentique dont les films tournés par Rozier (Maine Océan) ou Thomas (Le Chaud Lapin, Celles que l?on n?a pas eues) seraient les derniers vestiges d?n monde ancien, il y a à peine 40 ans, quand le cinéma d?auteur populaire apportait ce je-ne-sais-quoi de puissant, fort, bouleversant, ironique, quelque chose de sensible et de vrai, contrairement aux mièvreries idéologiques césarisées durant les quinze dernières années. L'essai déroule une réflexion sur l?importance de l?incarnation par l?acteur, sur l?écran vidéo mais aussi sur l?époque.

En quelques paragraphes bien tournés sur cette époque révolue et celle que nous occupons, Millet, en radical pamphlétaire, brille par sa simplicité littéraire et son audace politique : Menez est notre frère, celui lointain (que l?auteur ne souhaitera pas rencontrer) d?ne France perdue, mais qui parle de nous («moisie» et «rance» nous disent les militants mondialistes et multiculturels lorsqu?il s?agit de rendre hommage aux traditions perdues !). De cette authenticité fragile, humaine, existentielle, loin du cauchemar aseptisé par la post-histoire, Menez dévoile son talent d?acteur historique régional ! «Ainsi préfère-t-on l?abyssale amnésie à la profondeur, les certitudes restreintes à l?expérience intérieure, et le zombie à l?homme de qualité», écrit Millet, témoin du désastre culturel actuel, autoritaire et médiocre.

Bernard Menez, acteur-symbole, second rôle fort des années 70-80, est dépeint à travers un cinéma d?auteur ironique et sensible, un cinéma français, celui des Rozier, Thomas, Chabrol, mais aussi Seria (curieusement absent du texte). L'essai est un manifeste pour cette histoire récente du cinéma qui tend à disparaître totalement, rongé par l?industrie financière régulée par le pouvoir des 35 dernières années. La verve de Millet fait une fois de plus mouche et le lecteur, durant cette balade dans le cinéma français de Menez, apprend et comprend ce qui manque cruellement au cinéma actuel : de la profondeur, de la simplicité et du naturel. Mais tout n?est pas noir ; Tonnerre, l?n des derniers films récents de Menez, trouve grâce à ses yeux.

Un texte essentiel pour redécouvrir Menez et comprendre deux époques qui se sont succédé en moins d?n demi-siècle. Un portrait généreux et tout en louange d?n grand acteur qui porte à lui seul l?image populaire du personnage français des années 70-80 : insignifiant et tragique : «Certains acteurs ont tout joué ; d?autres ont joué leur vie ; quelques-uns n?ont été qu?eux-mêmes : à ceux-là revient, très rare, une sorte de gloire ontologique. Tel est Bernard Menez».

Jean-Laurent Glémin ( Mis en ligne le 22/05/2017 Parutions.com )

mardi 2 mai 2017

2404. "POUR BERNARD MENEZ" de Richard Millet, par Eric Zemmour, dans LE FIGARO

Eric Zemmour consacre un véritable éloge, dans Le Figaro du 27 avril 2017, au nouveau livre de Richard Millet, Pour Bernard Menez.

«Et c'est ainsi que Bernard Menez est grand»

Richard Millet publie un éloge littéraire et brillant de l'acteur Bernard Menez. Le symbole d'une France provinciale qui se meurt.

Il n'est pas Depardieu. Il n'est pas Delon, ni Belmondo, ni Gabin. Il n'est pas de Funès ou Coluche non plus. Il n'est pas un monstre sacré et ne représente pas la France à l'étranger. Il est moins ou mieux: il est la France. «Une incarnation légère, et traditionnelle, de la France»: une France provinciale, désuète, charmante. En voie de disparition. Il fallait être Richard Millet pour exhumer Bernard Menez. Pour parler ainsi de l'acteur non pas disparu - il est bien vivant ! - mais oublié ; non pas oublié - il joue encore au théâtre et au cinéma - mais dédaigné ; non pas dédaigné - son talent d'acteur est reconnu - mais occulté, effacé. Comme la France qu'il incarne. Entre Millet et Menez, la rencontre était inévitable. Inéluctable. On s'étonne de..."

Pour lire l'intégralité de l'article, cliquez sur la revue de presse de Pour Bernard Menez.

lundi 1 mai 2017

2403. "POUR BERNARD MENEZ", de Richard Millet, par Jérôme Béglé dans LE POINT.FR

Dans la première sélection de ses "Lectures de Printemps", Jérôme Béglé a choisi le nouveau livre de Richard Millet, "Pour Bernard Menez", qui parait ce mercredi 3 mai.

"Richard Millet fait l'éloge de Bernard Menez

Tous les acteurs se ressemblent. Mêmes propos, mêmes rôles, mêmes mimiques, mêmes postures, mêmes obsessions, mêmes histoires d'amour, et trop souvent mêmes films. Dans cette galerie des portraits et des fausses grâces, un seul comédien se détache : Bernard Menez. Comme il se doit, il est régulièrement esquinté et traité de has been ringard par une presse moutonnière qui se glorifie chaque semaine de découvrir un nouveau jeune premier ou l'Isabelle Adjani de demain. Richard Millet, qui lui aussi eut à souffrir d'emballements et de détestations sommaires, consacre une ode au héros du Chaud lapin.

Il rencontre Bernard Menez dans la salle à manger d'un restaurant du huitième arrondissement. La scène est à elle seule un acte de pièce de théâtre. Le professeur Millet incise au scalpel son sujet chez qui tout fleure bon cette France qui, depuis 30 ans, se fond dans l'Europe et la mondialisation. Son patronyme, son prénom, les personnages qu'il a incarnés, les contrées d'où il vient et dans lesquelles il a tourné, son phrasé, son vocabulaire, le choix de ses films comme de ses pièces de théâtre, Menez est pour l'écrivain un précipité de l'esprit français. Car derrière cette formidable élégie se cache un éloge de la différence, de l'audace ; une défense de la couleur dans une société terne ; une nostalgie de tout ce que la standardisation nous retire. Une banalisation et une acculturation qui triomphent dans les arts. Et contre laquelle volontairement ou involontairement lutte Menez."

Jérôme Béglé, Lectures de Printemps #1, Le Point.fr, le 1er mai 2017.

mardi 14 février 2017

2402. "LE METRO" de Luka Novak, par Thierry Voisin, dans TELERAMA.

Dans la rubrique "Lu et approuvé", de Télérama Sortir, le 8 février 2017, Thierry Voisin parle du Métro de Luka Novak:

"Le métro parisien est structuré comme un roman de Flaubert, où le hasard est aboli. Son odeur est un véritable paradis artificiel, à la manière de Baudelaire. Et ses lignes tissent, comme un inconscient, les rêves urbains des Parisiens. Dans son ouvrage, aussi surprenant qu'original, Luka Novak, enfant de la station Passy, brosse un drôle de portrait de notre métro. Il le compare à ceux de New York, Londres ou Tokyo, révélant finalement que, tout en assurant les fondements de la vie sociale de la capitale française, il lui a permis d'entrer dans la modernité. Sans métro, moins illusoire que le bus, Paris serait resté un simple village et les voyageurs condamnés au hasard."

lundi 6 février 2017

2401. "LE METRO", de Luka Novak, par Jacques Munier, sur FRANCE CULTURE.

Intitulé « Si vous êtes pauvres, vous êtes morts », le rapport montre que « la police prend systématiquement pour cibles des personnes en général pauvres et sans défense » et « fabrique des preuves, dévalise les victimes et rédige des rapports d?incidents mensongers ». Depuis que le président Rodrigo Duterte est arrivé au pouvoir, « plus de 7 000 personnes ont été tuées dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue ». Il est plus rentable de tirer que d?interpeller, puisqu?ne prime est alors accordée aux policiers et pas en cas d?arrestation. Ce mode de règlement par la violence extrême du problème de la délinquance est au cœur de la dernière livraison de la revue L?Homme. Du Brésil au Pakistan, en passant par les États Unis ou la gestion des sans-papiers sur notre sol, le dossier étudie les diverses formes de ce qu?on désigne sous le terme ambigu de « pacification », héritage d?n mode colonial de résolution des conflits. Dans le ghetto portoricain de Philadelphie, Philippe Bourgois et Laurie Hart ont enquêté sur la paradoxale « Pax narcotica » du marché de la drogue. Un « terrain miné » s?il en est, puisque l?anthropologue a eu les côtes fracturées en se faisant plaquer au sol, menotter et frapper lors d?n raid de routine de la brigade des stups, qui l?avait pris pour un toxicomane blanc alors qu?il menait un entretien ethnographique avec trois revendeurs au coin d?ne rue. Dans ces quartiers paupérisés, le démantèlement de l?État social sous l?effet du néolibéralisme a eu pour corollaire un investissement massif dans la répression : « la police opère comme si elle était une force d?invasion coloniale et ne cherche pas à établir de contact social avec les habitants ». Mais son incompétence et le taux particulièrement élevé d?arrestations injustifiées fait de Philadelphie la ville américaine dont le taux de condamnations pour crime après arrestation est le plus bas. Cela dit, la politique de « tolérance zéro » a considérablement aggravé l?importance des peines pour la détention ou la revente de petites quantités de drogue, considérées comme un crime comparable à un meurtre, passible de 15 ans d?emprisonnement, voire de la perpétuité, ce qui a fait exploser la population carcérale aux États Unis. Les anthropologues mettent en évidence le système économique qui s?est constitué sur les ruines de l?État social, le transfert des ressources vers les personnels de police et de sécurité, ou les secteurs des urgences médicales et des services psychiatriques chargés de traiter l?addiction, sur laquelle peut prospérer l?industrie pharmaceutique en générant son propre marché de l?addiction : « dans les années 2010, les overdoses dues aux médicaments opioïdes ont dépassé celles dues à la consommation illégale d?héroïne ». Sans compter le juteux marché des prestataires privés des établissements pénitentiaires, dont les associations des droits de l?homme ont constamment dénoncé, par exemple, les marges exorbitantes dégagées par la surfacturation des télécoms ou des transferts d?argent.

Peut-on alors vraiment parler de pacification urbaine ?

Comme le montrent Michel Agier et Martin Lamotte en rappelant l?origine coloniale du terme, « la pacification est un processus de conquête sans fin ». Mais tout le paradoxe et l?intérêt de l?enquête de Philippe Bourgois et Laurie Hart c?est de mettre en valeur sur le terrain des trafiquants, à l?opposé de cette guerre asymétrique, une économie morale de relations clientélistes : « tout en recourant à la violence armée pour défendre leur territoire, les patrons locaux de la drogue doivent simultanément renvoyer l?image de figures généreuses et pacificatrices pour éviter que les habitants ne les dénoncent à la police ». Cela va de la discipline imposée à leurs troupes à la redistribution des ressources, pour aider à payer un loyer, offrir des barbecues géants au moment des fêtes, ou installer une piscine gonflable pour les gamins du quartier.

Les phénomènes de ségrégation et de ghettoïsation peuvent être accentués par les infrastructures

C?est le cas de cette autoroute urbaine construite dans les années 60 au beau milieu du Bronx et qui contribua à faire d?n quartier relativement calme un territoire relégué. « Au lieu d?être relié à Manhattan et aux autres quartiers par la construction d?n réseau de métro supplémentaire, le Bronx fut isolé par cette autoroute », souligne Luka Novak dans une ode au métro parisien, qui selon lui réalise tout le contraire : le brassage des populations. Le Métro, inconscient urbain, publié aux Éditions Léo Scheer, est un réjouissant petit livre à la gloire du métropolitain, et dont le lyrisme peut confiner à la sensualité. « La station Passy a quelque chose d?érotique à l?état latent. La sortie de la rame de la bouche moite et la vue sur la tour dressée recèlent une charge puissante qui a séduit bien des cinéastes ». C?est qu?à Paris, « le libertinage est à portée de métro », comme l?affirme le mensuel Soixante-quinze, preuve à l?appui. J?ai ainsi découvert qu?il y a différentes nuances d?échangisme, comme le mélangisme ou le côte-à-côtisme?

Jacques Munier, Le Journal des idées, France Culture, 1er février 2017.

samedi 4 février 2017

2400. "LE METRO", de Luka Novak, par Thibaut Sardier, dans LE MONDE DES LIVRES.

Deux libres déambulations dans la capitale, l'une effectuée par l'urbaniste Claude Eveno, l'autre par le slovène Luka Novak.

Dans les années 1950, Guy Debord (1931-1994) réalisa dans Paris des expériences de "psychogéographie". Il s'agissait de parcourir la capitale dans une logique de "parfaite insoumission aux sollicitations habituelles" voulues par les urbanistes. Il en tira des cartes reconstituant la ville sous la forme d'un archipel de quartiers appréciés pour leur ambiance. Celle-ci était ainsi restructurée non pas selon des axes haussmaniens, mais d'après une perception individuelle.

La démarche a inspiré de nombreux ouvrages. Dans L'Invention de Paris (Seuil, 2002), Eric Hazan proposait une psychogéographie des limites séparant les quartiers de la capitale. Avec Revoir Paris, c'est au tour de l'urbaniste Claude Eveno de s'approprier le concept de façon rigoureuse, c'est-à-dire personnelle et libre. "Je n'aime pas la place Vendôme, je crois même que je la déteste", écrit-il en ouverture de ce carnet de quinze voyages, donnant ainsi à comprendre son titre. Revoir la capitale française, c'est d'abord un exercice de lucidité face aux discours qui célèbrent sa grandeur avec un respect trop prononcé du patrimoine et une admiration béate des grands chantiers. C'est aussi retrouver l'espace parcouru et vécu depuis l'enfance, dans les années 1950, entre la plaine Monceau et Asnières.

On ne s'étonnera donc pas de voir le parcours souvent déterminé par la fuite. Le marcheur se refuse à traverser l'île Saint-Louis ou la rue Saint-André-des-Arts, non conformes aux souvenirs, abandonnées aux riches et aux touristes en short. Il s'agace dans les lieux qui continuent à célébrer des républicains colonisateurs comme Gallieni et Lyautey, chacun avec sa statue aux abords des Invalides. Enfin, ses traits les plus rudes visent "l'architecture hors sol" des zones d'aménagement concerté - celle de Clichy-Batignollles en prend pour son grade - bâties pour être admirées plus que véritablement habitées.

Au fil des détours, le récit conduit à des instants de grâce. On est convié par exemple à un voyage de quatre jours dans le seul jardin du Luxembourg. La ville actuelle est alors magnifiée par les références au passé, dans un ensemble très documenté qui met en bonne place Eugène Atget et Jacques Prévert.

Une perspective freudienne.

Grand connaisseur de Paris, Eveno oublie toutefois son célèbre métro. On remédiera à cet oubli avec le petit livre de l'écrivain slovène Luka Novak. Le Métro, inconscient urbain. S'il fait un peu la psychogéographie des tunnels, racontant les trajets d'un enfant des années 1970 sensible aux odeurs du caoutchouc, il adopte surtout une perceptive freudienne. A travers une comparaison avec Londres ou New York, il montre que l'inconscient parisien se niche dans les profondeurs de ce réseau - le plus ramifié du monde et qui dessert tous les quartiers. Le métro serait ainsi à la fois démocratique et bourgeois, ce que suggère la concomitance entre le développement du Paris souterrain et les aménagements d'Haussman. Une façon peut-être d'expliquer que Claude Eveno, chantre d'un Paris populaire, ne s'y engouffre pas.

Au travers de ces deux livres, et à l'heure du Grand Paris qui dilue la ville dans l'urbain, on se rappelle le vers de Baudelaire: "La forme d'une ville/ Change plus vite, hélas! que le coeur d'un mortel". Pourtant, impossible de dire si ces textes expriment simplement le spleen d'une génération qui devra se résoudre à perdre la ville telle qu'elle l'a connue, ou s'il s'agit de l'observation impuissante d'une cité qui se meurt: Paris a pour elle mille qualités, mais pas l'éternité.

Thibaut Sardier, Le Monde des Livres, 3 février 2017.

vendredi 27 janvier 2017

2399. La Revue Littéraire N° 66 par Pierre Perrin

La Revue littéraire

De format 14,5 par 22,5 cm, avec une couverture blanche et rouge qui rappelle la sobriété nourrie de l?antique NRf avec son exigence de qualité, ce riche numéro offre un grand plaisir de lecture. On y retrouve d?ailleurs des auteurs que publiaient Réda, puis Braudeau, au premier rang desquels Paul Gellings et Richard Millet.

Ce dernier est ici rédacteur en chef. Il livre entre autres des ?notes sur la vérité littéraire? qui commencent par cette interrogation : « N?y a-t-il pas pour un écrivain, une manière de déchéance à regarder une série télévisée américaine, genre devenu le vecteur privilégié de la sous-culture mondialisée, avec le rock, le roman policier et le cinéma pornographique ? » On ne peut mieux cerner à la fois un sujet de circonstance et franchir le Rubicon.

La réflexion sur l?état de notre littérature est poursuivie par Paul Gellings qui cite en exergue : « Jadis on écrivait un livre et on devenait célèbre. À l?heure actuelle on est célèbre et on écrit un livre. » À partir de ce trait d?n éditeur néerlandais, il montre bien la décadence occidentale à l?œuvre : « un programme de civisme, de frotti-frotta et de sociologie ! »

Rejoindrait-il Jean-Michel Delacomptée ? Sa Lettre de consolation à un ami écrivain, Fayard, 2016, fait l?objet d?ne chronique intelligente en ce qu?elle rappelle La Boétie et que « le marché est une formidable d?école d?obéissance ». Toujours sur cette ligne d?analyse de la décomposition de la littérature, une autre chronique, signée Julien Teyssandier, agrandit le champ de l?analyse. À partir d?n prétendu roman, loué par la critique borgne, lauré d?n prix Médicis, il nous est donné de voir comment la toute-puissance d?n fait divers, sans quoi on ne publie plus, ruine la fiction, sans parler de la « poétique à peu près aussi ambitieuse que celle d?n procès-verbal ».

Une critique, digne de ce nom, n?a de sens qu?avec des réserves. L?ne de ces chroniques commence mal : « Lorsque l?on prend la décision d?écrire, la première question qui se pose est celle de la musique que l?on va écouter pendant ce temps. » C?est de l?écriture de charretier : ?lorsque l?on, musique que l?on? ; mais surtout faire deux choses à la fois, écouter de la musique et écrire, est un double massacre. Cette première phrase n?en donne-t-elle pas déjà la preuve ?

Une autre, une peccadille, mais à cette altitude, elle fait tache, bien qu?elle émane d?n musicien, mais enfin celui-ci parle de ?pieds? en poésie. La française ne connaît que des ?syllabes?. Dernière cible de ma lecture à bâton raccourci : le nombre de coquilles excédant la dizaine mériterait une relecture soignée. Ceci bien entendu n?est rien à côté de la valeur générale de la revue. Les notes de lecture sont plus d?ne vingtaine, toutes d?analyse et de qualité, ce qui devient rare.

L?ne ose épingler, à l?encontre du dernier roman de Gaudé, « une certaine insuffisance de style qui peine à s?extraire du verbiage journalistique ». Une autre relève ailleurs une contradiction de poids : des savants, tout à leur louable exigence de s?en tenir aux faits, affirment que « la formation de l?nivers s?est faite sans plan préconçu ». Malicieux et sans pitié, le critique interroge : « est-ce là un fait ou un dogme initial ? »

Un article, encore, assassine avec brio ces pages de journal indigent qu?on publie désormais, dont celles de Bergounioux, et la louange énamourée que leur misère même suscite. « On peine à s?intéresser aux chaudes-pisses, aux crises de foie, de diarrhée, de prostate ou d?eczéma de Gombrowicz. On ne gagne pas plus à épier une femme dans sa salle de bains qu?n écrivain dans ses toilettes ou dans les ?coulisses? de son œuvre. »

Les trente dernières pages livrent une suite du Journal, année 1992, de Richard Millet qu?André Blanchard tient pour « le plus grand écrivain français vivant » in Le Reste sans changement, Le Dilettante, 2015. Ces pages débordent de beauté. « Aimer, c?est être amoureux de l?espérance à travers l?illusion charnelle. » Les aphorismes, nombreux, côtoient des confidences noires et blanches. « Nous sommes des êtres en attente, rongés par un désir que nulle femme ne peut apaiser, et nous voulons être consolés par elles, que nous ne savons pas aimer. » Le style Millet laisse loin derrière lui ses détracteurs. L?auteur notait déjà : « les livres n?apportent aucune joie, aucune consolation ». Pourtant, à le lire, on respire. « Chaque pas est une leçon de lumière et d?odeurs. » Cette revue rend à la littérature la grandeur qu?elle mérite.

Pierre Perrin, note inédite du 26 janvier 2017

samedi 14 janvier 2017

2398. L'AFFAIRE RICHARD MILLET DE Muriel de Rengervé par Luc Vercauteren pour MONARQUE 3.0

LIBERTÉ POUR LE CAMARADE GALLIMARD

Au cœur de l?Orwell-Monde, la pensée autre (que de gauche) est un ennemi par nature. Les affaires démontrant cette affirmation ne manquent pas, elles pullulent chaque année, toutes plus croustillantes les unes que les autres. Parmi ces nombreuses affaires, celles qui touchent le monde littéraire sont les plus intéressantes, en ceci qu?elle se produisent dans le sein même de la pensée dite libre, tolérante, républicaine, universaliste et j?en passe (le fameux « monde des Lettres », qui se prétend au-delà de l?ignorance crasse et populaire de la France dite moisie).

La chasse à l?homme (mal) pensant autrement dont a été victime l?écrivain Richard Millet, et dont il est du reste toujours victime, est un exemple particulièrement révélateur de la façon totalitaire dont le monde intellectuel prétendument antitotalitaire et tolérant se comporte dès que l?on veut penser librement, c?est-à-dire simplement penser. Car il n?est de pensée, vraiment intéressante pour le moi que je suis, qu?autre et libre. Le reste n?est que mimétisme pavlovien et contentement de soi égotique. Une définition de la majeure partie de ce qui s?écrit dans le Paris éditorial mainstream en somme ? à l?exception de lieux de résistance se comptant sur les doigts d?ne main. Sur cette « affaire Millet », on lira avec profit l?essai de Muriel de Rengervé réédité il y a peu (L?Affaire Richard Millet''. Critique de la bien-pensance, Editions Léo Scheer) ainsi que l?essai de l?écrivain, texte entraînant le mécanisme de l?éradication totalitaire (Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d?Anders Breivik,'' Pierre- Guillaume de Roux).

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