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samedi 16 juin 2018

2476. Cahiers de Damas de Richard Millet par Jean-Laurent Glémin pour Parutions.com

Dans Parutions. com du 15.06.2018 :

Deux voyages en Syrie

Richard Millet (né en 1953) file trois thématiques qui composent son œuvre depuis une dizaine d’années : la solitude de l’écrivain, la mort de la civilisation occidentale et la guerre (notamment celle du Liban). Dans ce nouveau récit, celles-ci sont à nouveau intimement liées.

Invité par le régime syrien en novembre 2015, il part rencontrer Bachar el-Assad en compagnie de chercheurs et de politiques (dont Frédéric Pichon, Jean Lasalle et Thierry Mariani). Le voyage avait été quelque peu médiatisé (et critiqué) mais rien n’en était véritablement ressorti. Qu’on ne se méprenne pas, il n’en sortira en fait rien ou presque dans les cahiers de Millet. Ce n’est qu’un prétexte pour écrire sur la Syrie et le Liban où Millet a séjourné de nombreuses fois et dont il a tiré des œuvres importantes. Sa conférence à Damas deux ans plus tard, servira à nouveau d'occasion pour quitter Paris la décadente et rejoindre la ville funèbre.

On suit donc Millet, misanthrope, désabusé, peu enclin au dialogue excepté avec Pichon, s’émerveillant de la culture et des paysages syriens. Il se promène tout en nous expliquant l’actuel déchirement des civilisations, des religions et des systèmes politiques. Pas un cours de géopolitique mais la position ferme d'une pensée politiquement incorrecte et sans compromis. Millet se dit seul, exclu du monde littéraire (éditorial et médiatique) et ne peut s’exprimer que par son talent (suivi par une maison ou deux). Il déroule ses positions sur l’actualité récente, les attentats qui surviennent durant son séjour, et plus globalement sur la mort de la civilisation occidentale qui se prostitue au libéralisme le plus destructeur : «La radicalité islamiste est surtout une affaire de haine, laquelle est perdante par nature – la haine d’autrui étant une haine de soi plus que de l’Occident proprement dit, puisque l’Occident inclut l’islamiste dans la planétarisation de la Technique, donc du nihilisme. Slavoj Žižek rappelait que, malgré le discours des islamistes et celui des néoconservateurs, la guerre n’a pas lieu entre le jihad et les «valeurs» de l’Occident, mais entre McDjihad et l’Occident en tant que celui-ci n’existe plus que comme effet technocratique du capitalisme mondialisé : pétris dans un islam momifié, les jihadistes portent des Nike et des Adidas, se servent de Macintosh et d’internet, roulent en Toyota, mangent dans des fast-foods halal, prennent du Captagon… Ainsi le terroriste islamique et le petit bourgeois occidental, hostile à toute tradition, prouvent-ils, chacun à sa façon, que la globalisation est achevée». Comme souvent chez Millet, la digression (assez obsessionnelle concernant l’ère post-historique) est de mise, même lorsque, confronté au réel, il visite une école délabrée de Damas.

Ne soutenant pas Assad mais prouvant l’incapacité de nos pays à comprendre ce qu’est une guerre sans se vautrer dans l’ingérence impérialiste, il explique la désinformation à laquelle nous sommes assujettis depuis la première guerre du Golfe : «Il est non moins frappant de constater que, sauf certaines chaînes russes, les reportages sur l’Irak, la Syrie, la défaite de l’Etat islamique ne montrent rien, ne nous apprennent rien sur cette guerre dans laquelle l’archaïque et la technique dite de pointe rivalisent». Puis revient le refrain tragique de la disparition de toute dialectique : «On ne peut pas tout bouleverser ni détruire au nom de la tolérance, et le tout culturel n’est qu’un effet de l’idéologie – laquelle a évacué toute référence à la transcendance ?»

Ce nouveau récit, riche et profond, offre une plongée nostalgique dans un monde soumis à deux diktats à la fois similaires et antinomiques à la fois. Une guerre de religion et de civilisation qui a conduit la Syrie à compter ses 400 000 morts. Millet marche dans les décombres avec sa dégaine d'écrivain banni, présent là pour rendre compte de son époque. C’est à notre sens ici qu’il est réellement vertigineux, redéfinissant à chaque parution ce qu’est la littérature malgré la dégénérescence de celle-ci dans les petits salons parisiens qu’il a quittés depuis 20 ans (même si – déformation professionnelle – il semblerait qu’il ait peine à s’en détacher en continuant de fréquenter quelques confrères mondains). L'œuvre de Millet, toute en résistance politique et littéraire, continue de briller à raison de trois à quatre livres par an.

Ce voyage à Damas est un acte de résistance supplémentaire contre le mensonge médiatique qui tourne en boucle à la télévision, et contre les intérêts bassement économiques d'un Occident cynique et dénué de spiritualité. Tel est le rôle de l’écrivain. Partir (au front) pour dire des vérités sanglantes.

Jean-Laurent Glémin, le 15/06/2018 )

mercredi 30 mai 2018

2472. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables" dans Eléments

Dans le numéro de juin, Eléments consacre une note à Réprouvés, Bannis, Infréquentables.

« force nous est de reconnaître que l'ensemble de ces petites monographies compose un tableau très complet de ce que l'on pourrait définir comme une alternative à de "parti intellectuel" que combattait déjà Péguy, relayé dans les années 1960-70 par Dominique de Roux »

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vendredi 25 mai 2018

2471. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables" par Bruno Deniel-Laurent, dans La Revue des Deux Mondes

Dans le numéro de juin, La Revue des Deux Mondes consacre une note à Réprouvés, Bannis, Infréquentables.

« Le portrait qu'Olivier François fait du sinologue Simon Leys mérite probablement à lui seul l'achat de l'ouvrage; les lignes de force du parcours intellectuel de l'auteur des Habits neufs du président Mao y sont analysées avec minutie, nous rappelant que la lecture de certaines oeuvres n'est pas seulement une cure d'altitude mentale : elle réveille certaines vertus endormies par nos «dissociétés» contemporaines. »

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lundi 14 mai 2018

2470. "Cahiers de Damas" de Richard Millet, sur Le Salon littéraire de l'Intern@ute

Dans Le Salon Littéraire, François Xavier présente Cahiers de Damas qui paraît le 16 mai. À travers le récit de ses deux derniers voyages en Syrie, en novembre 2015 et 2017, Richard Millet nous donne à voir la situation syrienne pour ce qu'elle est vraiment.

« Richard Millet qui a grandi dans cette région, entre Syrie et Liban ; Richard Millet qui a réfléchi assez vite au sujet, publiant dès 2012 chez Fata Morgana, un Printemps syrien qui avait le mérite d’appeler un chat un chat. Lui que l’on peut aimer – ou pas – mais jamais à qui reprocher une itération déplacée dans l’analyse contemporaine… Ainsi le voilà parti à Damas, accompagnant une délégation qui veut comprendre et voir, sur place, ce qui se joue réellement en Syrie, et non admettre comme parole d’Evangile les résumés formatés diffusés par les médias, se référant un peu trop à des organes si peu crédibles, comme cet Office des droits de l’homme syrien qui est basé à… Londres et ne comprend qu’une seule personne. »

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2469. Le Cartel et La Revue Littéraire à la Nuit de la littérature

Le 26 mai prochain, à l'occasion de la Nuit de la littérature, est organisée à l'Institut culturel italien une lecture des textes du Cartel, parus dans La Revue Littéraire n° 65. Giuseppe Schillaci, Francesco Forlani, Andrea Inglese et Giacomo Sartori présentent, en quatre textes, « un projet commun qui affronte les thèmes de l’édition et de la production littéraire d’aujourd’hui, entre l’Italie et la France. »

vendredi 11 mai 2018

2468. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables" par Jérôme Béglé, dans Le Point

Dans sa sélection de « livres originaux qui vous feront mieux comprendre notre monde » du Point, Jérôme Béglé propose la lecture de Réprouvés, Bannis, Infréquentables,.

« Ils sont pour la plupart condamnés au silence ou à la caricature médiatiques. Un livre leur rend leur couronne : celle de penseurs qui font bouger les lignes et qui ont permis à une société de penser contre elle-même, de tester ses résistances, de mesurer la profondeur de son politiquement correct. Réprouvés, Bannis, Infréquentables, (éditions Léo Scheer) réunit sous la direction de l'écrivain et biographe Angie David l'analyse de l'œuvre et des points de vue de 15 grands brûlés par le conformisme. On rouvre leur dossier, on plaide leur cause, mais en ne laissant la parole qu'à leur défense. Un bain de fraîcheur ! »

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lundi 23 avril 2018

2467. "Menus débordements au pays du matin calme" de Natashka Moreau, dans Le Jour et la Nuit

Dans Le Jour et la Nuit, Catherine Merveilleux présente avec fougue le dernier roman de Natashka Moreau, Menus débordements au pays du matin calme :

« Un roman apparemment léger, mais plus profond qu’il n’y paraît, plein d’humour, d’auto-dérision et d’exotisme qui nous fait voyager, mais qui est aussi une réflexion sur les relations dans le couple et avec autrui. Un voyage initiatique au pays de l’intime et de l’intersubjectivité, passionnant. »

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jeudi 19 avril 2018

2466. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables" par Richard Blin, dans Le Matricule des anges

Dans le numéro d'Avril, le Matricule des anges consacre une page à Réprouvés, Bannis, Infréquentables. Richard Blin s'attarde sur les quinze figures d'intellectuels qu'il décrit comme des « insulaires de l'esprit », reprenant une formule de l'une d'entre eux Christina Campo.

« Quinze insulaires de l'esprit (...) qui savent qu'on ne peut rien contre le temps et que les civilisations meurent. Quinze dont le vrai malheur est d'être né pour se voir profiler le désastre. Quinze voix discordantes en lutte contre une forme de réel irréconciliable avec la littérature. »

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vendredi 6 avril 2018

2465. Richard Millet à propos de Pierre Assouline et du Pape François

L’Enfer n’existe pas

Deux récentes déclarations rendent sensible non pas la vérité sur notre monde mais le consensus par lequel l’inversion générale est devenue le principe de toute chose.

La première, qui émane du chef de l’Église catholique, suggère que l’Enfer n’existe pas.

Le Vatican, bien sûr, dément que le pape ait soutenu cela ; car si l’Enfer n’existait pas, Jésus ne serait, par exemple, pas descendu aux Enfers pour ressusciter le troisième jour, et le Credo ne serait plus qu’un mantra post-religieux. Le Mal n’existerait pas davantage et serait le fruit de la contingence ou d’un dérèglement psychologique – donc passible de la seule justice humaine, laquelle, en Europe, sans la peine de mort, se résume à la privation d’une liberté dont les ilotes consuméristes ne savent d’ailleurs que faire, la perpétuité, elle, n’étant qu’une hyperbole pénale.

Le Diable n’existerait pas, lui non plus, ni le Paradis, celui-ci étant possible hic et nunc, selon le prurit soixante-huitard qui se résume aujourd’hui au slogan sea, sex et cannabis, l’ensemble étant régi par les droits de la « personne humaine ». Peut-être Dieu Lui-même n’existe-t-il pas, ou bien n’est-il que l’ « horizon » fantasmatique où s’est réfugié le Père que le parti féministe et le parti homo (le même parti, en fin de compte) ont abattu pour le tolérer au plus bas de l’échelle sociale. Tel est le fond de la déclaration, réelle ou supposée, du pape dont la pensée va d’ailleurs plus au « migrants » qu’aux âmes tourmentées ou à la déchristianisation de l’Europe.

« Si Dieu n’existe pas, tout est permis ! » s’exclamait Ivan Karamazov. Formule dont l’actualisation se retrouve dans l’inculture contemporaine : si tout est permis, comme c’est le cas dans nos sociétés progressistes, éthiques et connectées, c’est en effet que Dieu n’existe pas. Reste à savoir comment on peut lire Les Frères Karamazov et la majeure partie de la littérature occidentale, aujourd’hui, les catholiques eux-mêmes, presque tous de gauche, ne rêvant que d’être débarrassés du surnaturel pour être connectés avec Dieu - à la demande.

L’autre déclaration provient d’un des chefs du Parti littéraire français, Pierre Assouline, qui, dans son blog, dit sa perplexité devant le livre publié par Angie David aux Éditions Léo Scheer : Réprouvés, bannis, infréquentable.

Assouline soutient que l’écrivain maudit n’existe pas – ou plus ; déclaration concomitante à celle du pape, et qu’on peut entendre de deux façons :

1/ S’il n’y a plus d’écrivain maudit, c’est que le Système médiatico-littéraire a dévalué la condition de maudit au profit de la seule inquisition politique, lorsque la rebellitude officielle ne récupère pas les bannis pour renforcer la dimension paradoxale ou oxymorique du simulacre et de l’imposture. L’ « enfer », lui, a disparu des bibliothèques pour devenir le nouveau paradis des librairies. Et si la Divine Comédie est surtout lue pour sa première partie, L’Enfer, c’est que le lecteur y trouve un exotisme qui l’amuse au lieu de la frapper. En fin de compte, l’Enfer serait presque un truc cool, un sport de l’extrême, et on est passé de la formule sartrienne « l’enfer, c’est les autres », au « goût des autres » – autre mantra de la sollicitude contemporaine qui nie l’existence même du Mal au profit de « déviances » dont l’arc-en-ciel est régi par un arsenal juridico-médiatique dont l’auteur de ces lignes et quelques autres savent la puissance…

Le Vatican met-il encore des livres à l’index ? Pas plus qu’il n’excommunie, sauf Mgr Lefèvre, il y a trente ans. Dans l’infinie tolérance contemporaine, si l’enfer n’existe plus, c’est qu’il a tout envahi sous la forme du nihilisme, de l’athéisme général, des superstitions psychanalytiques et politiques : ainsi l’athéiste forcené Stephen Hawking, pour qui Dieu, s’il existait, eût sans doute été une espèce de trou noir, vient-il d’être enterré dans Westminster Abbey. La boucle est bouclée.

2/ S’il n’y a plus d’écrivains maudits, c’est que ceux qui font professions d’écrire ignorent que l’Enfer, le Diable et le Mal existent. On est loin du canular de Nimier envoyant un télégramme à Mauriac, lors de la mort de Gide, en 1951 : « L’enfer n’existe pas. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel ». La vérité est plus simple : s’il n’y a plus d’écrivains maudits, c’est qu’il n’existe plus d’écrivains, mais seulement des auteurs, c’est-à-dire des collabos de la grande falsification extrêmement surveillée et autocensurée qui persiste sous le nom de littérature.

Richard Millet, le 5 avril 2018, sur son site officiel, dans sa dernière chronique.

2464. "Menus débordements au pays du matin calme" de Natashka Moreau, dans Bruxelles Culture

Dans le nouveau numéro de Bruxelles Culture, à paraître le 15 avril, Menus débordements au pays du matin calme de Natashka Moreau :

« L'auteure publie ici son cinquième roman tout en finesse et en psychologie. Une réflexion idoine sur le temps qui fuit et notre capacité à nous adapter aux contingences autant qu'aux félicités du quotidien. Un bijou qu'on lit et relit sans déplaisir ! »

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mardi 3 avril 2018

2463. "Réprouvés, Bannis, Infréquentables" par Pierre Assouline, dans La République des Lettres

Sur son blog, La République des Livres, Pierre Assouline consacre une note à Réprouvés, Bannis, Infréquentables,.

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vendredi 30 mars 2018

2462. Réprouvés, bannis, infréquentables, dirigé par Angie DAVID, dans la République des livres de Pierre ASSOULINE

Il n’y a pas d’écrivains maudits.

(La République des Livres du 25/03/18)

Quelle étrange entreprise collective que ce Réprouvés, bannis, infréquentables (350 pages, 20 euros, Léo Scheer) dans lequel Angie David a recueilli une quinzaine de portraits desdits proscrits. A priori, on se dit qu’il doit s’agir d’écrivains français de la fin du XIXème siècle. Quelque chose de ce goût-là. Mais dès qu’on y pénètre, la fausse route s’impose à la lecture du sommaire : Maurice Dantec, Pierre Boutang, Cristina Campo, Pier Paolo Pasolini, Dominique de Roux, Simon Leys, Guy Debord, Michel Houellebecq, Renaud Camus, Jean-Claude Michéa, Baudoin de Bodinat, Marc-Edouard Nabe, Philipe Muray, Peter Handke. Ce n’est plus un rassemblement : c’est une rafle. Céline y a échappé par miracle et on ne peut que s’en féliciter. Car on doute que tous aient goûté l’honneur d’un tel coude à coude (avec les disparus, c’est plus facile). Sans oublier le principal, Richard Millet, puis qu’il est le rédacteur en chef de la Revue littéraire. Le projet tel qu’il se dessine laisse à penser qu’on a imaginé constituer ainsi une famille d’esprit autour de lui, de sa revue et de son éditeur. Pas un clan, ni une secte, encore moins un parti, pas même un mouvement mais une sorte de tendance.

Il y a de cela aux éditions de Minuit grâce à l’obstination de Jérôme Lindon, poursuivie par sa fille Irène Lindon, à creuser une seul et même sillon pendant des décennies avec une exigence inentamée par les modes et les demandes du marché ; nombre de jeunes écrivains qui y présentent leur premier manuscrit le font pour y être publié par « l’éditeur de Jean Echenoz », lequel s’y était présenté autrefois pour y être publié par « l’éditeur de Samuel Beckett »… Il y a de cela aussi chez Verdier, où le phénomène de « famille d’esprit » est conforté par la réussite du Banquet du livre, manifestation estivale qui permet aussi aux auteurs de se retrouver. On retrouve aussi ce phénomène de bande d’écrivains du côté de chez Verticales. Sur un autre plan, notre récente histoire littéraire n’a pas été avare d’« écoles ». Mais elles ont ceci de particulier qu’elles n’ont jamais été lancées par les intéressés, et qu’elles n’ont jamais été des écoles. depardon

Ce fut le cas tant du « Nouveau roman », expression de Bernard Dort popularisée en 1957 par Emile Henriot dans son feuilleton du Monde avant d’être reprise par Alain Robbe-Grillet qui sut la faire prospérer aux Etats-Unis, que des « Hussards » lancés par un article de Bernard Frank dans le Nouvel Observateur, des « Nouveaux philosophes » regroupés par Paul Guilbert dans un article des Nouvelles littéraires, avec la même désinvolture que tel ou tel de leurs devanciers en regroupements hasardeux avaient lancés qui les impressionnistes, qui les cubistes ou encore les fauves. C’est bien là une manie typique des chroniqueurs de regrouper des artistes et de les étiqueter en fonction de quelques points communs nonobstant tout ce qui les sépare, les distingue et parfois les oppose entre eux. Ce qui était censé cimenter (écriture blanche, objectivation du réel, disparition du personnage etc) les écrivains (Sarraute, Pinget, Simon, Beckett etc) prétendus membres du « Nouveau Roman » ne faisaient illusion que sur la photo historique prise devant le siège des éditions de Minuit ; les intellectuels (BHL, Glucksmann, Lardreau, Jambet, Dollé…) dits « Nouveaux philosophes » n’avaient de commun que la critique du totalitarisme ; les « Hussards » (Blondin, Nimier, Déon, Laurent), s’ils étaient liés d’amitié autour d’une vision littéraire de la politique vue de droite, ne se sont jamais réunis tous les quatre, même pas sur une photo dans un bistro ! ; quant aux « non-conformistes des années 30 » (Mounier, Marc, Dandieu, Maulnier, Rougemont, Robert Aron …), ils ont été ainsi baptisés tardivement par le politologue Jean-Louis Loubet del Bayle, dans un essai de référence paru au Seuil en 1969, comme un agrégat de groupes et de revues soucieux de situer leur engagement en marge de l’establishment politique.

Au moins tout cela a-t-il eu le mérite d’avoir été improvisé sans la moindre prétention de conceptualiser quoi que ce soit ni de modifier le cours de l’histoire des lettres et des idées. Ces chroniqueurs auraient été bien surpris si on leur avait dit que leur « invention » d’un jour, une formule tout au plus, parfois brillante (la « Nouvelle vague » des cinéastes lancée par Françoise Giroud) figurerait un jour dans les manuels scolaires et qu’elle susciterait des thèses universitaires. Une commune sensibilité littéraire ne suffit pas. Surtout, si elle doit constituer une famille d’esprit, cela ne se fait jamais volontairement. Cela ne s’organise pas. Faut-il être naïf pour imaginer que ces choses-là se préméditent ! Tous ceux qui s’y sont essayés ont échoué, et pour cause. Ce qui sera le cas des écrivains rassemblés dans Réprouvés, bannis, infréquentables. Pour chacun des écrivains consignés dans ce livre, on trouvera bien, à un moment de leur vie et de leur œuvre, de quoi justifier l’un ou l’autre de ces qualificatifs. Mais enfin un Guy Debord est vite devenu un totem et sa Société du spectacle un bréviaire transgénérationnel ; la dénonciation de la maolâtrie française par Simon Leys, édité et soutenu par Jean-François Revel qui ne manquait pas de réseaux, a éclaté au grand jour avec succès très rapidement dès que le sinologue s’encoléra contre la Machiocchi sur le plateau d’Apostrophes ; Pasolini, le poète comme le cinéaste, sont des classiques ; les philippiques de Philippe Muray contre l’homo festivus et les années Jack Lang appartenaient déjà à la doxa grâce à lui de son vivant etc Quant à Michel Houellebecq, l’auteur français le plus lu dans le monde, invité au JT de 20.00 à chacun de ses livres avant de saturer tous les médias sans exception par sa présence, il doit bien rire de découvrir que sa posture de suicidé de la société est toujours efficace et qu’il n’a pas eu tort de se faire masque d’Artaud pour mieux gruger les gogos. Lui, un réprouvé, un banni, un infréquentable parce que les mosquées l’ont une fois poursuivi en justice ?

Pour chacun, on trouvera bien un petit quelque chose : la serbophilie qui valut à Peter Handke de recevoir des seaux de boue sur la tête, mais ce fut provisoire, éphémère, déjà oublié et n’empêchera pas son œuvre d’être un jour rassemblée en un gros volume de Quarto sinon dans la Pléiade ; la marginalisation de Simon Leys par le parti intellectuel, et la conspiration du silence et du mépris, ont passé d’autant plus vite que ledit parti a été confondu dans son soutien criminel à la révolution culturelle chinoise. Peu d’entre eux ont subi le sort d’un Richard Millet, objet d’un immonde lynchage médiatique de la part d’autres écrivains assemblés pour réclamer et obtenir sa tête.

Il n’y a pas d’écrivains maudits, les pires étant les autoproclamés que leur paranoïa aveugle tant ils sont prompts à interpréter comme une exclusion personnelle le refus d’un manuscrit par un éditeur ou l’absence de critique dans un journal. Tous ceux-là ont été ou sont publiés chez les plus grands éditeurs, ou de plus modestes tout aussi prestigieux. Et ceux qui ne le sont plus, ce n’est pas en raison d’un ostracisme, d’un boycott ou d’un complot éditorial souterainement ourdi mais parce qu’ils ont jugé préférables pour maintes raisons de s’autoéditer après avoir épuisé nombre de bonnes maisons (M.E. Nabe). Eu égard au nombre d’éditeurs, à la quantité de revues et à la prolifération des blogs et des sites indépendants, il faut vraiment y mettre du sien pour ne pas se faire lire et entendre lorsqu’on a une parole un tant soit peu subversive à lancer dans l’agora. Cela dit, il faut mettre au crédit de ce recueil la qualité d’écriture et l’acuité de l’analyse de plusieurs de ses portraits, ainsi que des révélations. Pour ma part, j’ignorais tout de cette poétesse italienne nommée Cristina Campo, « indépendante jusqu’à l’impardonnable » que Pietro Citati compara à une statue toscane du XVème siècle discrète et sévère ; ce qui est raconté de sa recherche faite de grâce, de beauté, de souffrance, de sa lutte pour le maintien du latin dans la liturgie catholique, de sa dénonciation d’« une Eglise morte par apostasie », me donne envie de la lire pour ses excès et sa violence même.

Pierre ASSOULINE le 25 mars 2018

jeudi 29 mars 2018

2461. ''Conversion'' de Romaric Sangars, dans Eléments

Ce mois-ci la revue Eléments présente Conversion de Romaric Sangars, « dans les pas de Péguy ».

« On ne lit pas sans émotion le dernier chapitre de Conversion, apothéose claudicante où le pèlerin atteint le long de l'A11, dans un vrombissement de moteurs, le monument (ndlr la cathédrale de Chartres). Tout le reste est doublure dit Péguy. Et Sangars avec lui. »

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2460. ''Déchristianisation de la littérature'' de Richard Millet, par Olivier Maulin, dans Valeurs Actuelles

Cette semaine dans Valeurs Actuelles, Olivier Maulin, à l'occasion de la publication de Réprouvés, Bannis, Infréquentables, revient sur Richard Millet, l'écrivain banni qui persévère dans sa réflexion sur la langue et la littérature.

« Richard Millet croupit donc au bagne littéraire où il casse des cailloux. Mais ce que n'avaient pas prévu ses persécuteurs, c'est que l'écrivain brisé, fantôme social subissant l'opprobre resterait précisément un écrivain, celui qu'il a toujours été, et qu'il transformerait chaque caillou brisé en éclats semblables à des pépites. Le livre qu'il publie aujourd'hui en même temps que son Journal, Déchristianisation de la littérature, est l'une de ses pépites. »

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mardi 27 mars 2018

2459. "Ecrivains d'aujourd'hui - Emmanuel Carrère", entretien d'Angie David sur France Culture

A l'occasion de la semaine consacrée à Emmanuel Carrère par « La Compagnie des Auteurs » sur France Culture, Angie David revient, ce lundi 26 mars, sur l'entretien avec Carrère publié en 2007 dans Ecrivains d'aujourd'hui.







Écouter l'émission du 26 mars 2018

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