126. La Revue littéraire bis: Franck Resplandy par Stéphanie des Horts
Par Revue Littéraire, mercredi 29 août 2007 :: #126 :: rss
La technologie nous venge de la technologie: un mail s'étant perdu, la note de lecture sur Ether n'a pu paraître dans le dernier numéro de La Revue littéraire. La voici.
Franck Resplandy, Ether, Plon, 238 pages, 18,50 euros
C’est une jeune infirmière, discrète, pudique et ordonnée. Elle vit dans le Nord de la France, au pays des corons, des mines de charbon et des secrets abjects. Elle soigne des cancéreux en phase terminale. Il y a déjà si longtemps qu’elle ne voit plus la souffrance.
Lui est photographe de mode, il a quitté Paris, ses artifices, la séduction, l’aisance dorée. Il recherche l’authenticité, la vérité sans contrefaçons, la photo ultime, celle qui ne sait plus mentir. Il s’intéresse à la mine, il s’enfonce dans les galeries, il veut retrouver l’instant, la mémoire. Ici des hommes ont pleuré, des hommes sont morts, quelle couleur avait leur existence, rêvaient-ils encore, que criaient leurs yeux ?
Un jour le photographe se blesse, l’infirmière le soigne. Il est plus beau que les cancéreux. Elle est séduite, elle aimerait une belle histoire avec de la douceur dedans. Mais il la bouscule, il l’outrage, la prend sans façons, un coin de table, un corps déchiré, contourné, retourné, une libido à fleur de peau et la marionnette déconcertée se laisse faire, elle prend vie et s’abandonne, animale repue. Des plaisirs insoupçonnés, la violence comme exutoire, la jouissance pour renaissance, la néophyte désire toujours plus.
Ressurgissent alors les anciennes hontes, les souillures, l’innommable. La mère transparente, le père régurgité par la mine reprend possession de son jouet. La douleur muette, le dégoût pour compagnon, les malades en phase terminale que l’on délivre si facilement, la vie, la mort, qui décide ? L’infirmière ne se pose plus de questions, elle agit, froide et décidée.
Et quand la mine avide se referme sur le photographe, l’infirmière entrevoit enfin sa mission. Le sauver. Le retenir, envers et contre tout. Le garder pour elle, rien que pour elle. Surtout ne rien dire à personne. Aimer à sens unique. L’ivresse est grisante, le cachot lumineux, elle et lui, à jamais réunis… et l’univers mental de l’infirmière bascule…
Un roman cruel à l’efficacité redoutable, récit d’une douce folie qui glisse vers l’inexorable, dérive des sentiments, le salut n’existe pas pour les âmes blessées.
Stéphanie des Horts

Commentaires
1. Le jeudi 1 novembre 2007 par isapondi
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