Il y a cinq ans nous avions publié ce livre, repris (et complété) aujourd'hui par Gallimard, avec mon accord. Je pense que l'évolution du point de vue politique de Blanchot est un aspect important et nécessaire à la compréhension de son oeuvre littéraire et philosophique. Peut-être qu'avec le temps, il deviendra possible, (bien que ce ne fut pas son souhait), de publier ses écrits politiques d'avant guerre, et d'essayer enfin d'entrer dans la biographie "absente" de ce XXe siècle.

Depuis la publication en 1982 dans Tel Quel d'un article de Jeffrey Mehlman tentant d'établir un lien entre ces origines politiques et les thèmes majeurs de son oeuvre : rien. Ou plutôt un accompagnement pudique, gêné, (souvent par le silence) de "ces textes que, avec raison, on me reproche" (Lettre à Laporte).

Éditorialiste au Journal des débats, journal d'extrême droite dont il deviendra rédacteur en chef, il collabore également à la Revue française, au Rempart, à l'Insurgé, ainsi qu'à la revue Combat de Thierry Maulnier, Blanchot écrit dans la même période (31-41) son premier livre : Thomas l'obscur dont la première version est publiée en 1941.

Peut-être qu'avec le temps...Question d'attente, mais aussi question d'oubli.

« L'écriture, en rapport d'irrégularité avec elle-même, donc avec le tout autre, ne sait pas ce qu'il en adviendra politiquement d'elle : c'est là son intransitivité, cette nécessité de n'être qu'en relation indirecte avec le politique. »

Maurice Blanchot, L’Ecriture du désastre