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lundi 30 novembre 2009
Par general,
lundi 30 novembre 2009
Sur le Journal des penchants du roseau l'échange (volé au Roseau) entre Chris-Éric Ergans et Christian sur le blog sous le titre Le Textile au clair de lune fournit un éclairage sur "Le Parti d'en livre" : Lire la suite
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Par general,
lundi 30 novembre 2009
Un moment
L'occasion faisant le larron, j'y vais à mon tour d'une bafouille sur Conquistadors, avec l'avantage que des critiques méticuleuses (Ristat, Stalker, Marco) et des commentaires divers me libèrent de la hantise d'en oublier et de la vanité d'être définitif. Les premières m'ont donné envie de lire ce livre, les seconds de le défendre.
Peut-on s'ennuyer à la lecture de Conquistadors ? Certainement. Prétendre l'ennui inévitable est en revanche signe de la pire des stupidités : la bêtise arrogante qui rapporte toute chose à ses insuffisances.
Le jury d'un prix internautique a estimé que Conquistadors est un roman « hors norme » et l'a récompensé comme tel. Passons sur la maladresse du propos – il n'y a d'ambition littéraire qui ne veuille sortir du lot – pour en relever l'intention : souligner que Conquistadors échappe aux tentatives de le circonscrire à un genre. Épopée, roman, poème ? Oui, à la fois et sûrement davantage encore. Un roman historique ? Non, sûrement pas ; et doublement pas, car pas d'Histoire ni d'histoire, rien qui ne file en ligne droite.
Conquistadors est un livre impressionnant, dans son ambition et par la trace qu'il imprime, un livre à l'écriture habitée, presque hallucinée, un livre exténué, aussi, comme ses personnages, épuisant parfois, mais à la litanie prise de vie par des ivresses soudaines, des élans dans sa lenteur, des échappées dans sa circularité.
Éric Vuillard époussette les cuirasses et au bout d'une phrase inaugurale longue comme un inventaire accouche d'un « avançait » qui ébranle depuis l'été 1532 le cortège de Pizarre, des Pizarre et des autres qu'il m'est souvent arrivé de confondre – mais d'une meute, qu'importe de savoir à qui sont tous les crocs ? Le cortège s'ébranle, difficilement. Conquistadors n'est pas un livre difficile mais son souffle (intérieur) n'emporte pas le lecteur ; il n'est pas difficile, il est immobile. Si c'est une épopée, elle ne va nulle part.
Nous sommes à ce point, nous tournons autour, embourbés avant la fulgurante mondialisation de l'or et de la syphilis. Dans un temps circulaire – contre un temps historique – un temps qui nous est coalescent. Dans un tableau du Titien où « tout (serait) soudain pris dans tout, comme si la double comptabilité, l'eau bénite et la porcelaine formaient une seule lave vivante, dont les éléments disparates seraient tenus ensemble par le sang ».
Nous en sommes là, un lieu, un temps : le moment ; l'événement, après lequel « il n'y aurait plus de terre promise », « de royaume rêvé », « d'Éden sauvage », mais l'unité du monde, notre monde, d'où le roman s'écrit, quand les idoles ont été fondues dans les coffres en minuscules lingots, qu'une cabine se loue 1,50 dollar aux thermes de Pulcamarca. Là-maintenant où, depuis, l'avenir serait écrit, et le passé aussi « car nous ne saurons jamais ce que les événements ont enfouis sous eux. Ils se labourent seuls, sans cesse. » Et encore : « Les événements brûlent leurs racines. C'est de ça qu'ils se chauffent. »
Devant ce labour, à ce foyer, nous sommes tenus pendant qu'il est trop tard : nous avons le temps. Le temps, matière du livre. Dans le sang, la boue, la neige. Et l'or « qui allait les décevoir. » L'or en sa quintessence et non sa quête – au sens d'une progression. Pas de sens : « Les événements appartenaient à la même fourrure dont le monde se couvrait le corps (...) Mais le sens ne voulait pas être approfondi. Rien ne voulait être compris. La vie circule et danse. » Plus que des hommes de leur temps, les conquistadors sont des hommes du moment, ce moment dont ils ont la chair et l'étoffe. Ils ne sont pas des colonisateurs qui inscrivent leur projet dans le temps, mais des conquérants engagés par une geste abominable à laquelle seul le mirage de l'or donne un mirage de sens.
Nous sommes à un point aveugle, littéralement sidérant, qu'un des Pizarre ressent aussi confusément, constatant que plus une règle ne vaut, à tel point qu'un nègre peut trôner en litière sur un royaume vaincu. « Les mots restaient là, comme des pierres. Il y avait quelque chose d'inexistant dans les mots. Une fente secrète où il ne pouvait glisser son haleine et sa rage. »
Nous sommes à ce moment qui travaille en nous, dans sa succession et dans sa permanence, à « l'envahissement du Nouveau Monde » que Levi-Strauss oppose à sa « découverte ». « La destruction de ses peuples et de ses valeurs » qui, dit celui-ci, appelle encore « un acte de contrition et de pitié », quand, écrit Éric Vuillard « les Indiens, les péons, les nègres durent pour la suite des temps demander pardon du péché commis au détriment de leurs races. » (En épigraphe, en épitaphe, il place : « GLORIA VICTIS ! »)
La sidération est pour le lecteur un moment d'envoûtement. J'ai lu Conquistadors comme dans un rêve ; j'ai rêvé avec Vuillard. Éric Vuillard a rêvé la conquête et les conquistadors se lèvent de son rêve. « Au matin, tels des cadavres les hommes surgissaient lentement de la terre. » Et comme dans un rêve, il ne soutient pas la réalité en entier, se passe de grandes descriptions, de contexte, de chronologie, se concentre sur des impressions, des sensations, esquissant les nuages d'un ciel changeant.
Les conquistadors ont leurs raisons pour avoir quitté l'Espagne. Petites raisons : une mule, un cochon, un couteau. Mais de fait ils sont appelés : un destin doit se réaliser. Pas question bien sûr de nécessité historique, ils sont appelés a posteriori, par le rêve de Vuillard dont ils sont en quelque sorte possédés. D'où leurs exploits insensés : « Pendant que Pantagruel construisait le pont du Gard et les arènes de Nîmes en moins de trois heures, Pizarre faisait crouler un empire en moins de deux. » Une bande de coupe-jarrets défait une armée ; ils le peuvent parce qu'ils le doivent, c'est leur destin. « Après vingt-cinq ans passés à le pourchasser (Pizarre) faisait enfin face à l'adversaire qu'il s'était créé. »
Dans le moment, s'infiltre le souvenir d'un baiser, la saveur d'un fromage. D'un ailleurs plutôt que d'un passé. N'ont-ils pas toujours été où les Indiens les attendaient ? A peine subie, Atahualpa se souvient de sa défaite. Vague souvenir, comme un songe : « Elle semblait réaliser un désir, obéir à une révélation très ancienne qu'on lui avait dite, mais dont il ne se souvenait plus ». Les Espagnols conquièrent sans découvrir, dans un « déjà vu ». Leurs futurs exploits ont déjà été chantés « dans une cour d'auberge à Caceres ou à Burgos ». Ils sont déjà venus, ils ont déjà vécu. Éric Vuillard les rappelle, les ranime.
Le moment convoqué les réveille ; ils sont à jamais de ce moment, c'est le leur, ce moment sur lequel ils règnent comme des dieux. « Pizarre nommait les rivières, les collines, il donnait aux lieux les noms de l'avenir. » Dieux gibbeux : Roi-chèvre, dieu de corne, scorpion des collines, petits génies des foins dans ce « désordre des temps ». Petits dieux jaloux dont les états d'âmes flétrissent dans l'ombre tutélaire du « Dieu sévère de Moïse », celui « des retables et de la lumière qui recueillerait des pluies d'or ». Petits dieux et leur terrain de jeux, comme des enfants dans la toute-puissance. « Ils bramaient leurs déclarations au nez de peuples qui ne les entendaient pas ; ils s'adressaient aux mouches, aux tarentules, aux perroquets. »
Pour quel dessein ? « Étaient-ils venus de si loin pour réaliser en tous points les prophéties d'un peuple ? » Ils ne sont là que pour eux. Rien d'entièrement humain ne les meut. Qu'ils soient de notre espace-temps ne nous les rend pas plus proches. Bien « qu'un immense plateau dénudé nous sépare de ce qu'ils pensaient, craignaient, complotaient », les Indiens nous sont moins étrangers qui, comme nous, sont spectateurs de ces Espagnols caracolant, cavaliers de leur apocalypse. Les Indiens : « Mais qu'ont-ils vu au juste ? Ils ont vu ce que l'on rêve de voir. La fin. » Car : « Je ne verrai jamais un monde qui s'écroule, pense chacun de nous. Mais au fond, c'est notre grand désir : pieuse et brutale fin des temps. Et voilà qu'un peuple l'a vue. Il faisait beau. Le ciel était clair et l'air frais, lorsque défilèrent les armes rutilantes. »
Les conquistadors sont à la fin. Pour vivre ces nuits quand « la crainte et le désir du lendemain ramènent à nous les pensées enfouies. (...) Peut-être ne devient-on conquistador que pour ça. » Et à la fin du monde, ces types font froid dans le dos. Dans l'entropie de l'événement, ils se déchirent. Pour les Indiens « assis sur les gradins naturels de cette arène de collines », le match est disputé « et la tête d'Orgoñez passe de mains en mains comme un ballon de cuir. »
Le plus humain des cavaliers d'Apocalypse, c'est Almagro, l'homme à contretemps qui, arrivé plus tard, arrivé trop tard, n'est lui pas tout à fait du moment, mais de sa répétition (perte de l'innocence, nous dit Freud), rêvant qu'il aurait pu le partager dans une fraternité enfantine. « Peut-être ne reste-t-il des choses accomplies que les rêves tristes », se demande-t-il. Dans le regret du monde, de prolonger sa fin, proroger l'événement de la fin, il implore « un moment, juste un petit moment ».
nic le 30 novembre 2009
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dimanche 29 novembre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 29 novembre 2009
Nous avons évoqué ici les articles élogieux consacrés à Conquistadors, dont celui de Stalker, qui n'a pas pour habitude de nous ménager. Il n'y a donc pas de raisons de passer sous silence les critiques de ceux, qui, à l'opposé, semblaient jusqu'à présent nous avoir à la bonne, comme Discordance (l' "article" de Trots) et les commentaires qui l'accompagnent, tel celui ci : Lire la suite
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mercredi 25 novembre 2009
Par Léo Scheer,
mercredi 25 novembre 2009
Reprise de Confidences à Allah, la pièce de Saphia Azzeddine du 1er décembre 2009 au 17 janvier 2010 au Théâtre de la Gaîté Montparnasse.
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Par Léo Scheer,
mercredi 25 novembre 2009
Cette photographie que nous avons utilisée pour la couverture du Journal de Robert Servan-Schreiber représente les trois frères Schreiber à la fin de la première guerre mondiale : Robert, Emile et Georges, fondateurs d'une dynastie qui a marqué un siècle d'histoire de la presse et de la politique française. Vous retrouverez cette même photographie dans le téléfilm de Fabienne Servan Schreiber : Clara, une passion française diffusé ce soir, mercredi 25 novembre et mercredi prochain, 2 décembre 2009 à 20h30 par France 2. Pierre, qui a retrouvé, édité et préfacé le Journal et Fabienne qui est la productrice du film sont les petits-enfants de Robert. Vous retrouverez donc cette même photographie avec Jérôme Kircher (Robert), Urbain Chancelier (Émile) et Philippe Uchan (Georges). Clara, leur mère, est incarnée par la grande Anna Schygulla.
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mardi 24 novembre 2009
Par Léo Scheer,
mardi 24 novembre 2009
J'aime le blog comme forme pour son caractère plastique. Ainsi, les petites transformations actuelles du site des ELS oscillent entre autonomisations et formations de réseaux.
Par exemple un nouvel onglet est apparu sur la page d'accueil qui s'appelle le Blog de LaureLi et fait le lien avec Rougelarsenrose (versatile, le blog de Laure Limongi depuis 2005.
Les M@nuscrits ont désormais leur propre blog qui s'est immédiatement et totalement rendu autonome, les ELS n'ayant aucun moyen d'y intervenir, sauf comme commentateur : j'ai d'ailleurs signé mes premiers commentaires de mon nom. Il est clair que la communauté qui se crée à travers ce blog devra trouver des règles de fonctionnement et définir le mode d'évolution de l'édition des M@nuscrits (numérique ou papier).
Avec son dernier chapitre, Marilou tourne la page de la première version de son blog qui illustrait l'environnement culturel du roman d' Angie David. Marilou se métamorphose, elle sort du livre, tout en restant le personnage du roman, pour s'aventurer dans la blogosphère en créant son "blog-mag" : Marilou & les Fantomettes de la mode qui ressembleront peut-être à ça. Bientôt, sur le Blog de Marilou.
Pour l'avenir, il y a aussi en gestation, le blog que tout le monde attend, mais dont je n'ai vu que les plans : le Blog de La Revue Littéraire de Florent Georgesco.
Peut-être y a-t-il des choses à développer avec certains auteurs comme Nathalie Rheims ou Gabriel Matzneff, Didier Eribon ou Marc-Edouard Nabe etc... un blog dont les billets ne seraient écrits que par eux; le Blog des auteurs des ELS.
Et puis, une fois que tout le monde aura son blog sur le site des ELS, je développerai peut-être aussi un blog personnel, un peu comme j'ai commencé à le faire avec la bio.
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dimanche 22 novembre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 22 novembre 2009
Voici la sélection finale du Prix Sade 2009
ADORE de Dahlia, Editions Léo Scheer
L’HYPER JUSTINE, Simon Liberati, Editions Flammarion
ELOGE DES FETICHISTES, Pierre Bourgeade, Tristram
CADENCE, Stéphane Velut, Christian Bourgois Editeur
LA MONDAINE, Véronique Willemin, Hoëbeke Editions
Nous savons (j'espère ne pas trahir le secret des délibérations) que Adore de Dahlia, publié dans la Collection M@nuscrits aux E.L.S., a séduit le jury, tout particulièrement Catherine Robbe-Grillet, ce qui représente un bel encouragement pour l'auteur de ce premier roman.
Finalement, le Prix Sade 2009 a été attribué à Stéphane Velut
pour son roman Cadence, Editions Bourgois,
à l’unanimité du jury.
Le Prix 2009 est une création de Christophe Brunnquell
Un prix spécial du jury a été attribué à Pierre Bourgeade
pour son ouvrage posthume :Eloge des fétichistes, Tristram
et en hommage au membre fondateur et fidèle juré du Prix Sade, décédé le 12 mars 2009.
Le Prix Sade 2010 connaîtra, pour ses 10 ans, un jury renouvelé :
Lionel Aracil, Catherine Corringer, Eric Dahan, Marie L, Catherine Millet, Ruwen Ogien, Emmanuel Pierrat, Catherine Robbe-Grillet, Jean Streff et Laurence Viallet.
Songeant cette même année à l’inauguration de la plaque commémorative, au 9 rue de Condé, l’hôtel particulier où est né Donatien-Alphonse-François de Sade le 2 juin 1740.
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samedi 21 novembre 2009
Par general,
samedi 21 novembre 2009
Sur Le Clavier cannibal II :
Sachez chasser : lisez Zaroff
par Claro
La chose est entendue : l’homme est une proie pour l’homme. A fortiori, donc, pour l’écrivain. Il ne suffit pas de se choisir des cibles, encore faut-il les identifier, les identifier et les éliminer, en s’esquivant à temps, tête haute, corps voûté, sans courir, à fond de train.
Le Zaroff de Julien d’Abrigeon – publié par Laure Limongi, label LaureLi, en librairie le 25 novembre, extrait ici – exécute des contrats, il exécute, c’est un exécuteur, mais il n’est pas certain que ses victimes soient forcément celles qu’on croit. Le récit de ses battues, qu’on devinera assez vite «en brèche», se répartit en chasses, sorties, reflets, traques et cavales, à lire dans l’ordre qu’on voudra, car de toutes façons personne ne sortira d’ici vivant.
Une chasse, qu’est-ce que c’est ? Eh bien, outre une partie de plaisir, c’est un peu comme un chapitre : des règles s’inventent, qu’on enfreint, un style se présente, qu’on fauche, des constantes s’installent, qui brûlent. Zaroff n’est pas là pour nous donner le goût du sang ou des envies de pitié. Zaroff est là pour piéger la langue, sa langue, et toutes celles qui s’amusent à pendre. S’il sent que la syntaxe le suit, il la piège. S’il faut donner des directions, il les donne, se perde qui veut. D’Abrigeon est aux platines, il fait grincer les ritournelles, se saborde en souriant, fait du paradoxe un boomerang. A chaque phrase, il repart de zéro, permute, invite, détourne. Dès qu’on le suppose bricoleur, il se révèle armateur. Tel un pied piétinant son empreinte avec son ombre, il repasse par les tropes qu’il tord. Et s’ingénie à faire bégayer le lecteur qui s’imaginait convié à d’affreux tours de manège dans la conscience.
Zaroff est un chasseur d’un genre particulier, qui apprend au lecteur à chasser le sens, à coups d’immédiates impostures, d’escamotages peu réglos, de fuite en avant en arrière à droite à gauche. Il dit « je », mais comme s’il mordait le « je » du lecteur, à la façon poético-délictueuse d’un Cadiot, sachant très bien où il va, c’est-à-dire au milieu, milieu de la langue parce que plis à passer par, milieu du récit parce que la trace parle, elle aussi.
Sa dictée est enrayement. Le fluide l’attire, mais pour mieux déliter. Quel énergumène, ce Zaroff. Refusant d’être personnage, trahissant le narrateur en lui, toujours à l’affût, planqué fuyard prédateur. Et plus on le suit dans ses méandres, plus on efface ses repères.
Comment fonctionne un livre qui veut s’en sortir, veut sortir du livre, du lecteur ? Julien d’Abrigeon le sait, le dit, le fait. Et en plus l’écrit, la preuve :
« Le piège amuse s’il est un peu ludique. Les trous, pics et branchages fonctionnent, efficaces, mais ils lassent. Je me plonge dans la lecture d’anciens manuels de chasse, les pièges y sont pléthore. Un peu d’astuce, d’espièglerie, et la mécanique est adaptée à l’homme. »
« Le mécanisme est conçu. Il fonctionne. Un mouvement en entraîne un autre. Le levier, levé, déclenche le mouvement de la clenche. Il s’enclenche au préalable. Le ressort se compresse. Sa force est comprimée. Elle attend le stimulus mécanique. Une lamelle se déplace. La ficelle sur la poulie se meut. L’engrenage est simple. Les forces se démultiplient. La mise en branle est dès lors inévitable. Coulisse, glisse. Une fois la chevillette tirée, la bobinette choit. La bobinette chue, tout s’enchaîne alors avec moins de minutie et la sauvagerie s’applique, sans détour. »
L’art poétique tue, il tue toujours, il se tait aussi, de temps en temps, pour aller ailleurs, essayer d’autres milieux, coller à d’autres climats. Il cloue le lecteur, l’aide à s’arracher, on ne saurait s’en passer, on repasse, ça a changé, encore et encore.
D’Abrigeon n’a pas créé Zaroff, certes. Zaroff existait déjà, d’abord dans un film en noir et blanc, puis dans les consciences, à l’état séminal, comme le nom Zaroff, le mot Zaroff, un zaroff oublié chassé par un zaroff recommencé, jusqu’à ce que, bing ! d’Abrigeon reprenne Zaroff, sa force, sa volonté, et lui inocule l’insidieux humour du chasseur sachant chasser, de l’écrivain écrivant qu’il écrit. C’est un jeu de massacre, on se le dit, on le lit.
Et comme si ça ne suffisait pas, Vincent Sardon (1) a créé une des plus chouettes couvertures de livre de l’année. Finalement, ce mois de novembre aura servi à quelque chose.
Claro, le 19 novembre 2009.
(1) Tampographe.(ndlr)
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jeudi 19 novembre 2009
Par Léo Scheer,
jeudi 19 novembre 2009
Sur le site Le vieux monde qui n'en finit pas.
André Benchetrit
Dans cette vie, je suis pauvre. Dans une autre, je serai papillon.
Eh bien justement, André Benchetrit est mort. Il avait 54 ans. Il a écrit quelques romans, trop rares, parus chez POL, Actes-Sud, Néant, Léo Scheer... Il laisse deux ou trois pièces de théâtre et une douzaine de livres illustrés, contes ou "documentaires", pour les mômes (la plupart chez Belin Jeunesse). Le Bord de la terre, son petit dernier, est sorti il y a un mois et demi chez L'une et l'autre. La Femelle du requin, belle revue littéraire trop méconnue, lui avait consacré un dossier, tout à côté de Jean Echenoz. Il avait un blog. C'était un type marrant, sa prose pouvait être tendre, extravagante, parfois d'une cruauté noire, étrangement radicale. C'est bizarre, j'aurais bien aimé qu'il écrive pour le cinéma.
« Une goule, un bouc, un vampire, un bébé hydrocéphale, une femme squelettique sans bouche, des arbres morts agités de spasmes, un paralytique, des vieilles fées font un bruit épouvantable. Nous les avons vus longer les passerelles, rejoindre la croisée des écoulements. Au milieu de l’île ils gueulent et ils rient, ils donnent des coups de marteau, des montagnes de coups qui roulent, dévalent. Il me dit Papa, c’est un mouvement terrible du bruit, il n’y a pas d’issue, je m’empare du hachoir et j’y vais ! Nous entendons le cri d’une petite fille - un cri déchirant, perçant - comme si quelqu’un s’était emparé d’elle pour la dépecer vive. » (Le Bord de la terre, 4e de couverture)
Un bol bleu rempli de café noir, posé sur un drap froissé, aussi bleu que le bol, est-ce que ça donne une soucoupe volante toute noire?
« Des gouttes, des perles, sertissent les blousons. Dans la nuit tombée nous allons direction la machine. Le ventre est vide. Tout autour c'est immense. De grandes masses confondues. Venues de l'hypertexte, des barques encombrent les canaux. Quand ça cogne, les transporteurs s'en foutent. Ils s'insultent à peine. Ils transportent n'importe quoi. Je suis dans les pensées, lui aussi. Il est sérieux. Il va naître une deuxième fois, il n'aime pas ça. Je ne peux pas faire de projections. Elles se perdent dans le brouillard et augmentent la masse terriblement de ce que nous traversons. Il est difficile d'avancer. Le vent donne des gifles. Les blousons ne valent rien. Et puis c'est lourd, là, dans les mains. Même une anse chacun avec le froid c'est lourd.
« Qu'est-ce que c'est que cette eau ? C'est dégueulasse, cette eau. Papa, je ne veux pas aller par là. C'est très sale. J'ai envie de vomir. Pourquoi tu ne le fais pas tout seul ? Tu as vu les cafards ? Ils longent le bord de la flaque qui longe la machine. Papa, je ne supporte pas d'être ici. Pourquoi tu lui parles, à cette femme ? » (Idem, extrait)
Charles Tatum, le 18 novembre 2009.
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mardi 17 novembre 2009
Par Léo Scheer,
mardi 17 novembre 2009
Un nouveau blog sur notre site sera entièrement lié et consacré aux M@nuscrits. Chaque vendredi, un billet présentera la liste des M@nuscrits mis en ligne par les internautes au cours de la semaine. Ce billet pourra recevoir des commentaires s'adressant à tous, chaque M@nuscrit conservant la possibilité de recevoir ses propres commentaires adressés directement à l'auteur.
De même que les M@nuscrits sont mis en ligne automatiquement, sans intervention des ELS, ce blog fonctionnera de façon autonome, indépendamment des ELS. Le billet des M@nuscrits de la semaine est un automatisme. Les commentaires seront filtrés de façon également automatique et il y aura trois statuts pour intervenir sur le blog :
- Le statut d'AUTEUR. Réservé à ceux qui ont mis en ligne un M@nuscrit. (A)
- Le statut de COMMENTATEUR pour ceux qui souhaitent déposer des commentaires sur ce blog (C)
- Le statut de RÉDACTEUR pour ceux qui souhaitent écrire des billets sue ce blog (R)
Ces trois statuts sont cumulables et apparaissent avec le pseudo choisi.
Nous définissons, en ce moment, avec Tony Lesterlin, le mode de fonctionnement de ce blog qui devrait être opérationnel d'ici une quinzaine de jours. Si vous souhaitez en parler avec nous, c'est le moment.
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lundi 16 novembre 2009
Par Laure Limongi,
lundi 16 novembre 2009

… Une soirée consacrée à Hélène Bessette à la Bibliothèque Mériadeck, à Bordeaux, avec Noëlle Renaude, Frédéric Léal et Julien Doussinault dans le cadre de la programmation du festival Ritournelles, festival de haute tenue, soit dit en passant, puisque l’on a pu notamment y entendre Danielle Mémoire et l’on y entendra Leslie Kaplan, Joseph Mouton, Jean-Yves Jouannais…
Photo ci-contre : Claude Chambard.
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dimanche 15 novembre 2009
Par Laure Limongi,
dimanche 15 novembre 2009
… Tarik Noui participe au lancement de l’anthologie bilingue (français-brésilien) Nouveaux visages de la fiction en France–Novo rostros da ficção francesa tout juste publiée par les éditions Sulina à l’occasion de l’année de la France au Brésil, éditions Sulina qui ont également publié la traduction de Corbière le crevant d’Emmanuel Tugny, Morrer como Corbière – présentations pendant la Feira do livro de Porto Alegre.
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Par Léo Scheer,
dimanche 15 novembre 2009
Pour fêter le premier anniversaire de la parution de Kafka Cola, le remarquable petit livre rouge d'Alessandro Mercuri, Marc Alpozzo, sur son blog "critique et métaphysique" : Ouvroir de réflexions potentielles, lui consacre, ce 13 novembre 2009 une chronique :
Le Dehors, la Nuit, 3 : Kafkaïaque
"Il va me falloir qualifier le petit livre rouge de Alessandro Mercuri. Mais comment ? Cet ovni dans le petit monde de l'édition, publié chez l'excellent Léo Scheer, à la fois jubilatoire, politiquement incorrect, noir et cynique, ne livre pas son mystère d'un revers de main. Ni roman ni essai, ce court texte de 140 pages environ, se veut un portrait au vitriol d'un ordre mondialisé qui a définitivement cessé de répondre de lui-même. S'attaquer au géant Coca-cola, décidément, il fallait le faire ! Le transformer en ordre mondial néfaste et terroriste, il fallait le vouloir ! Que nenni, vous répondra l'auteur. La guerre a été déclenchée par le géant américain lui-même à travers la prédiction funeste prononcée par l'oracle français Patrice Le lay : « Ce que nous vendons à Coca-cola, c'est du temps de cerveau disponible. » Sentence insupportable ressassée en boucle jusqu'à l'écœurement à l'époque, c'est-à-dire 2004, la révélation fracassante s'est peu à peu transformée, au cours des années, en aphorisme cynique pour altermondialistes effrénés. Alors quoi de neuf sur la guerre économique et commerciale qui sévit dans nos cerveaux malades ? Et bien c'est tout le sujet du livre de Alessandro Mercuri. Loin de répéter les nombreuses inepties qui ont souvent fleuri sur le web et ailleurs, à propos de l'inqualifiable Le Lay qui avait, manifestement, ce jour-là, pété un plomb, l'auteur de ce livre sans concession, philosophe et cinéaste par ailleurs, voulant frapper fort, n'hésite pas à élargir son débat pour égratigner au passage, l'ensemble du monde marchandisé.
Sans pitié ni sucre ajouté.
Voilà ! Le slogan du livre est scandé ! On vous a averti dès la page de couv'. Donc pas moyen de retourner en arrière. Vous tenez en vos mains le nouveau petit livre rouge du vingt-et-unième siècle qui affiche toute l'ambition nécessaire pour affronter les géants qui écrasent les êtres humains de ce nouvel ordre mondial : homme marchandisé, société de la communication unilatérale, cerveaux formolisés, religion discréditée, etc. Certes, il vous reste le cinéma français qui fait encore un peu de la résistance. Pas de pétrole mais des idées. Mais enfin ! Pas pour longtemps ! Puisque voilà que la pornographie, ce métastase du siècle, telle une onde de choc à haute portée, envahit tout : ciné, télé, et toutes ces nouvelles technologies qui, formant les mass media, ne font que rappeler de près ou de loin « l'avant-garde technologique nazie … prémonitoire d'évolutions futures. » Oui ! C'est un petit livre qui ne paraît pas bien optimiste. Aux accents plus cyniques que fatalistes, on ne peut pas lui reprocher toutefois de manquer d'humour et de tonus. Dans cet univers psychédélique, nous sommes promenés entre mort de Dieu, fin de la culture, aliénation des masses (par les) médias, technologie d'auto-destruction, mondes virtuels...
Sur fond de monde absurde, en forme de labyrinthe kafkaïen, Alessandro Mercuri se fait le conteur d'un monde, parvenu à son apogée, dont la fin prochaine s'annonce à grand renfort de situations absurdes, de transgressions, et d'impostures... D'aucun accuseront l'auteur de paranoïa aiguë. Mais l'on ne pourra qu'excuser celui-ci. Son humour, et son côté anarcho-psychédélique décalé font de son livre un vrai moment de plaisir. Et l'immersion dans ce monde délirant peut même nous rendre un peu la vue..."
(Chronique parue dans Boojum-mag.net, nov. 2009.)
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samedi 14 novembre 2009
Par Léo Scheer,
samedi 14 novembre 2009
Le Club des incorrigibles optimistes, de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel) (prix Goncourt des lycéens)
Les Heures souterraines, de Delphine de Vigan (Lattès)
Mon père est femme de ménage, de Saphia Azzeddine (Léo Scheer)
Enclave, de Philippe Carrese (Plon)
Personne, de Gwenaëlle Aubry (Mercure de France) (Prix Fémina)
Le dimanche 29 novembre 2009, au Palais Brongnard ou se déroulera la 25e fameuse Fête du livre du Figaro Magazine, le jury présidé par Étienne Mougeotte remettra le prix Découverte (Le Figaro Magazine-Fouquet's) à l'un de ces cinq auteurs, le prix spécial du jury étant attribué à Douglas Kennedy. Comme son nom l'indique, le prix Découverte est destiné à faire découvrir et à promouvoir un auteur auprès du "grand public".
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vendredi 13 novembre 2009
Par general,
vendredi 13 novembre 2009
- Bahia.Z, Les Pommes Rouges
- Ouam-Chotte, Ouvrir l’oeil
- Jean Houraà, La prise de Sheikh Jarrah
- Jean-Marc BARROSO, Le Festin du Président
- Bahia.Z, Les Pommes Rouges
- Bahia.Z, Les Pommes Rouges
- Jean Houraà, Songe d’Atlas et des fleuves de sable
- JGLR, Les Montagnes mondaines
- Juline B, Lolita ne vieillit pas
- LydiaAce, Ce que veut Madalena
- le rimailleur, Saillie
- Nicéphore Pétrolette, Nous sommes malades à mourir de la prêtraille
- Nicéphore Pétrolette, Quiche manifesto
- Yannick Kujawa, Constant veut causer(2)
- JGLR, Hasard Blafard
- JGLR, Automatique
- Fred Transki, Un vin de pierres sèches
- Vera, POINT DE DEPART
- le rimailleur, Les chroniques d’Oneiros -chap 6
- RIPRIP, les yeux rouges
- RIPRIP, COKE DE COMBAT
- RIPRIP, VANDEPUTTE
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jeudi 12 novembre 2009
Par Léo Scheer,
jeudi 12 novembre 2009
Le premier Grand prix littéraire du web a décerné ses prix à des romans hors norme.
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mardi 10 novembre 2009
Par Léo Scheer,
mardi 10 novembre 2009
Le temps est le meilleur allié du livre. Au moment où la sortie en librairie de Claude le nouveau livre de Nathalie Rheims qui rencontre un accueil spectaculaire dans les media, le site de La dormeuse revient sur son livre précédent : Le Chemin des sortilèges qui trouve ici une excellente lectrice.
Le chat et le Chemin des sortilèges
"Le chat, d’un coup de patte, a fait tomber par terre le livre qui était posé sur le rebord de la fenêtre. Le livre est tombé côté pile.
C’est Le chemin des sortilèges un roman de Nathalie Rheims. Je l’ai lu, relu, et prêté plusieurs fois. J’aurais dû le ranger dans la bibliothèque, mais je l’ai gardé dans ma chambre car je sens qu’il continue à agir sur moi. Certains livres conservent ainsi une force obscure longtemps après qu’on les a lus, relus, prêtés, et, pour peu qu’ils vous soient rendus, ils deviennent pour vous des sortes de fétiches, dont la présence seule suffit à vous rappeler d’anciennes espérances que vous aviez feint peu à peu d’oublier.
Un jour, un train… Esquissant ainsi, sans le savoir, un pas dans l’irréversible, la narratrice entreprend d’aller voir, quelque part "dans cette région où s’étaient réfugiées les dernières dentellières", Roland, un homme qui lui a tenu lieu de père.
Le crissement des roues, comme une plainte montant du sol, déchira le silence. Il était trop tard pour revenir en arrière. Les murs gris de la gare s’inscrivirent dans le cadre de la fenêtre tandis que la voix du contrôleur annonçait trois minutes d’arrêt.
Laissant derrière lui une brillante carrière de psychiatre, Roland, depuis dix ans, s’est retiré dans la solitude d’un village dont la narratrice observe qu’il "lui ressemblait si peu". "Des rumeurs avaient circulé à l’époque : un accident cérébral aurait altéré sa faculté de parole…"
Il prit mon sac, le déposa sur une banquette, suspendit mon manteau à côté d’un miroir biseauté. Je le suivis dans la cuisine. Deux assiettes et une soupière avaient été disposées sur une table recouverte d’une toile cirée à carreaux rouges et blancs. Il m’invita à m’asseoir. Il souleva le couvercle…
Plus tard dans la soirée, après que Roland a "disparu au fond d’un couloir sombre", la narratrice gagne la chambre où ses affaires ont été installées :
Accroché derrière le lit, un grand tableau montrait une fileuse tournant un rouet de la main droite, un fuseau dans la main gauche. Près du lit, à côté d’une table de chevet où brillait une lampe en opaline, il y avait un rouet de bois clair, identique à celui que le peintre avait représenté sur la toile ....
Le rouet était intact. Pas la moindre trace de poussière. On eût dit qu’il avait servi la veille. Je laissai mes doigts se promener sur le bois et saisit le fuseau, mais sa pointe vint me piquer l’index ; une goutte de sang perla.
Plus tard encore, la narratrice, qui ne parvient pas à trouver le sommeil, remarque une écritoire sur le bureau, devant la fenêtre.
Un grand livre illustré était posé dessus : La Belle au bois dormant, avec le sous-titre Contes de fées et autres sortilèges. Contre la fenêtre, un immense cèdre du Liban semblait chercher à entrer dans la pièce.
Je m’assis, ouvris le volume au hasard et tombai sur une image où des fées se penchaient au-dessus d’un berceau ; je lus ces phrases que j’avais complètement oubliées :
Les fées commencèrent à faire leurs dons à la princesse…
Poursuivant sa lecture, la narratrice en arrive à la phrase suivante :
Le rang de la vieille fée étant venu, elle dit, branlant la tête encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d’un fuseau, et qu’elle en mourrait.
Après une nuit peuplée de rêves angoissants, la narratrice entreprend d’évoquer auprès de Roland la solitude dont elle souffre, la perte successive de sa mère, de son frère, d’Angèle, sa nourrice, le deuil des amours qui l’ont quittée, le deuil des enfants qu’elle n’a pas eus, le deuil des attentes de l’enfance. Roland, se souvient-elle, lui avait dispensé vingt ans plus tôt ce conseil sibyllin : "Vous devez apprendre à désobéir". Tandis qu’elle y repense en croquant une pomme, le chat l’observe :
Le chat me regardait avec un air intéressé ; on eût dit qu’il s’apprêtait à parler.
La nuit suivante, au sortir d’autres rêves, la narratrice constate que quelque chose dans la pièce lui semble changé :
J’observai chaque détail, chaque objet ; mes yeux se posèrent sur le bureau. Un nouveau livre était là. Blanche-Neige avait remplacé La Belle au bois dormant…
C’est ainsi que, soir après soir, un conte succède à l’autre, La Belle au bois dormant, Blanche-Neige, Cendrillon, Le Petit Poucet, Le Petit Chaperon Rouge, La Petite Sirène, La Petite Marchande d’allumettes… – source chaque fois d’une vague de rêves dont les situations, si étrangement familières à la narratrice, lui apparaissent peu à peu comme autant de figures de sa propre enfance.
Chaque histoire déposée dans ma chambre était une étape de ce voyage intérieur, chaque livre un caillou blanc semé dans la forêt de l’oubli.
Entre lecture des contes du temps passé et visions du rêve, la narratrice, avec l’aide de Roland, retrouve pas à pas le chemin de sa mémoire interdite. "Vous devez apprendre à désobéir", lui avait-il dit autrefois. Au lendemain de son arrivée, il lui enseigne, sans le dire, le "talisman de métal" :
Il plongea la main dans sa poche et sortit une clef. Il la fit tourner entre ses longs doigts effilés.
Le matin de Cendrillon, alors que Roland est sorti marcher, la narratrice qui se sent seule dans la grande maison, s’inquiète d’entendre un bruit derrière la porte d’une chambre fermée. Elle descend à la cuisine où une vieille femme fait la vaisselle en silence.
La clé était posée sur la toile cirée brillante de propreté.
J’hésitai un bref instant. Je la saisi et remontai à la hâte. Je restai quelques secondes à contempler la serrure. A l’intérieur, toujours ce crissement, toujours plus fort, plus présent. Puis, introduisant le passe, je le fis tourner deux fois ; la porte s’ouvrit…
Plus tard, lorsque Roland est rentré, la narratrice lui décrit ce qu’elle a vu. "Nous avançons tous les deux sur des éléments essentiels de votre vie, et de la mienne. Vous comprendrez bientôt pourquoi c’était le moment de nous revoir", lui dit mystérieusement Roland.
Le matin de La Petite Sirène, la narratrice, à qui il reste d’accepter l’histoire de ses proches, "qui était aussi la mienne", observe-t-elle, pose gravement cette question à Roland :
- Pourquoi les contes de fées se terminent-ils souvent de façon tellement triste ?
Il me parla de l’enfance, de la difficulté de grandir. Ceux qui réussissent…
Le lendemain…
Je me levai, allai vers le bureau ; l’écritoire était vide, pas un conte de fées. Tout était rangé, sans poussière, comme si je n’étais jamais venue, livrant ces six jours au passé
En descendant dans la cuisine, j’eus la même impression .... Le chat passa devant moi sans s’arrêter.
Pas de lumière. La narratrice frappe à la porte de Roland. Personne, sinon des feuilles de papier..
En tâtonnant, je trouvai une boîte où je glissai la main ; il y avait là quatre grandes allumettes. J’en pris une, la frottai pour allumer la mèche, qui éclaira les feuilles. Je reconnus l’écriture de Roland.
Le soir tombait. Il faisait froid. C’était le dernier jour de l’année. Il neigeait. Une pauvre petite fille…
C’était La Petite Marchande d’allumettes. Depuis qu’Angèle me l’avait lu, le jour de mes huit ans, c’était mon conte préféré.
Il reste encore trois allumettes à la narratrice pour relire la suite du conte.
"Vous savez déjà. Tout est dans votre mémoire". C’est alors que la narratrice sait.
Simple et grave, Le Chemin des sortilèges raconte au plus près des émotions que la vie nous apprend à dissimuler, l’histoire d’un congé à l’enfance qui ne veut pas mourir. C’est un livre initiatique. Il ménage à la féerie la place essentielle que, malgré les apparences, celle-ci occupe dans le secret de nos vies. Le chat qui "regarde la narratrice d’un air intéressé et dont on eût dit qu’il s’apprêtait à parler", constitue ici comme ailleurs le témoin, et peut-être l’ami, de de ce secret-là.
Si les bêtes parlaient…
Le coup de patte de mon chat, qui m’invitait à relire Le Chemin des sortilèges, en dit long sans doute."
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dimanche 8 novembre 2009
Par Léo Scheer,
dimanche 8 novembre 2009
Sur le site 1001 livres, la chronique de Christophe sur le deuxième roman de Natashka Moreau : Se Hisser.
"Après son premier roman aux éditions Léo Scheer, Le Royaume minuscule, Natashka Moreau revient avec un livre introspectif et minutieusement écrit intitulé Se hisser. Pour les amoureux des lettres, ce bouquin est pour vous.
L’entente entre sœurs : rien de forcément naturel et de simplement évident.
Entre son petit ami et son chat, une jeune Française réfugiée à Londres attend que la chance lui sourie. Mais ce n’est pas la chance qui lui sourit, c’est sa sœur qui s’immisce dans sa vie avec un sourire narquois. Durant une semaine, forcée de vivre avec une sœur qu’elle diabolise au plus haut point, cette dialoguiste nous fait partager ses états d’âme brouillons à l’image de sa vie décousue. Les fils de sa vie s’entremêlent, les filles s’emmêlent à cause de certaines anicroches créant un nœud bien serré dans l’estomac de chacune, jusqu’au moment où l’une et l’autre essaieront enfin d’extirper le fil d’une réconciliation envisagée, souhaitée voire possible. Est-ce que la situation peut vraiment évoluer ? Mieux peut-elle changer du tout au tout ?
Un univers sensoriel affirmé.
Ce livre est un bijou littéraire. L’ivresse des mots nous enivre de sensations gourmandes et diversifiées. L’esprit fantasque de l’auteur transpire dans une plume poétique où l’introspection est un prétexte ou un support pour nous proposer des métaphores étonnantes et des formules accrocheuses. Natashka Moreau explore un univers sensoriel incroyable : les adjectifs se superposent, les perceptions tactiles, visuelles, auditives se mêlent aisément aux sensations olfactives et gustatives. De quoi émerger dans l’imaginaire du lecteur une association de ressentis.
Une petite histoire à l’image d’un joli roman.
Avec Se hisser, Natashka Moreau nous offre un deuxième roman réussi, attachant, poétique, tendre et acide. Cette petite histoire n’est pas un grand livre qui bouleverse une vie à sa lecture mais il a le mérite de nous donner des émotions justes et sincères. Un joli roman écrit et proposé par une délicieuse auteure."
Christophe, le 8 novembre 2009.
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vendredi 6 novembre 2009
Par general,
vendredi 6 novembre 2009
- Benoît Demeaux, Braque
- Achab, Pinder Morlasne
- Frédéric Gimello, La musique de film
- leopoldine.k, DES CLES ET DES HOMMES
- Bahia.Z, Les Pommes Rouges
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- RIPRIP, DES TOMATES MOZART EST LA
- cdugave, Lignes de vies (extraits)
- Jean Houraà, Traité court sur la mayonnaise
- le rimailleur, Les chroniques d’Oneiros-chap 5
- aranda, la maison en sucre
- JGLR, Inaptie
- Nicéphore Pétrolette, En attendant Besancenot
- Nicéphore Pétrolette, Moïse sac à pisse
- Eric Meije, Discours
- Bahia.Z, Les Pommes Rouges
- Jean Houraà, La lyre de Karpathos
- Zabou, "Chroniques d’un invertébré."
- Laure REBOIS, MON ETOILE
- JGLR, Calimerot de décembre
- louisesalomon, Petites gens
- Jean Masson, Journal d’un enfant de la guerre ...
- Eric Meije, Sexe
- james jonas David, Eyes one shot
- Manuel Montero, Des Parasites
- le rimailleur, Les chroniques d’Oneiros- chap .4
- Eric Meije, Ostwand - Compilation 2
- Eric Meije, Ostwand - Compilation 1
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mercredi 4 novembre 2009
Par Laure Limongi,
mercredi 4 novembre 2009
Le Zaroff de Julien d’Abrigeon paraîtra le 25 novembre. Un cadeau de Noël idéal pour dire à vos proches combien vous les aimez.
Je connais Julien d’Abrigeon depuis longtemps, à travers le collectif BoXon, haut en couleurs, qui a toujours sauvé les soirées de lectures poétiques trop longues et les salons du livre en plein air où l’on observe les lecteurs potentiels acheter leurs poireaux sur le trottoir d’en face… Ceux qui ne connaissent pas BoXon peuvent consulter le site T.A.P.I.N. (Toute Action de Poésie Inadmissible sur le Net) et y trouver notamment des œuvres visuelles et/ou sonores de Julien d’Abrigeon telles Proposition de voyage temporel dans l'infinité d'un instant 2.0 ou Skeletonalité, cette dernière pièce le prédestinant à sa rencontre avec Le Tampographe Sardon qui a réalisé la couverture du Zaroff. Il en parle d’ailleurs ici.
Le Tampographe Sardon réalise de jolis tampons drôles et grinçants. J’en ai acquis quelques uns – tout en lorgnant sur ce coffret… – et leur utilisation est fort réjouissante. Je ne saurais donc trop vous conseiller de visiter son site. Vincent Sardon est également dessinateur de bande dessinée : la saga des Ostings, Mormol, Nénéref, la BD OuBaPienne Coquetèle…
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mardi 3 novembre 2009
Par general,
mardi 3 novembre 2009
"Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes."
Jacques Seguela.
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lundi 2 novembre 2009
Par Florent Georgesco,
lundi 2 novembre 2009
La lâcheté, le conformisme et l'indifférence pour la littérature l'ayant une nouvelle fois emporté dans la comédie du jour, nous devons chercher des refuges, des consolations. Rien de mieux pour cela que quelques pages d'un grand livre et une jeune fille, comédienne de talent qui plus est. Voici, donc, contre la grisaille du jour.
Un vif merci à Gabrielle Jéru pour s'être si gracieusement prêtée à l'exercice et à Guillaume Zorgbibe, qui l'a rendu possible. Vous pourrez voir Gabrielle sur scène le 22 novembre, au New Morning (7-9, rue des Petites-Écuries, Paris 10e, 01 45 23 51 41), dans One Night Stand, une soirée "théâtre-concert-poésie-utopie-jazz-punk-rock" conçue par Arny Berry et la compagnie La Cab' (prix unique 15 euros).
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