Le harcèlement est devenu un domaine juridique en expansion au cours des dernières années, allant parfois, comme aux Etats Unis, jusqu'à prendre dans certains domaines, des proportions excessives qui tendent à judiciariser la vie quotidienne. Il semble pourtant que cette extension ne touche pratiquement pas la blogosphère, qu'il n'existe aucune loi permettant d’étendre la notion de harcèlement moral à Internet, alors même qu'il s'agit d'un des terrains les plus propices à cette forme d'acharnement.

Au croisement entre les nouvelles formes d'addiction qui apparaissent sur le Net et le caractère monomaniaque que revêtent certaines de ses dérives, )ce qui est souvent le cas des trolls), on assiste de plus en plus à des situations limites où se joue une forme d'effondrement psychique des sujets visés, mais aussi, d'une autre manière, de ceux qui se présentent comme leurs prédateurs.

Certaines formes de harcèlement vont ainsi s'appuyer sur les règles de base de la blogosphère pour essayer de les retourner contre leurs cibles. Ainsi, l'anonymat, va servir d'appui à des modes de transgression mêlant la recherche d’intimité avec une victime et violation de sa vie privée. Dans de nombreuses affaires récentes aboutissant à des dépression ou à des suicides ont fait du harcellement un problème de société qu'on ne parvient pas à cerner que ce soit dans l'ordre juridique ou médical.

Les médecins, souvent confrontés au phénomène, sont, en général, perplexes devant le diagnostique à poser, et l'établissement d'un plan thérapeutique. Ces difficultés sont liées à la complexité et la confusion des situations (souvent difficiles à décrire par la victime, elle-même), à la multiplicité des intervenants, mais aussi en raison de formes spécifiques de «barrière au traitement» comparables à celles rencontrées dans le Syndrome de Stockholm ou dans l'inversion du rapport entre victime et bourreau dans le Syndrome de Clérambault .

Ce problème de société est accentué par l'ouverture de la blogosphère aux rencontres réelles. Ce qui ne s'exprimait que par les mots dans les commentaires peut alors se traduire par des traques destinées à la violation de la sphère privée d'une victime qui peut aboutir à des billets ou des commentaires consacrés à la mise au grand jour, à la délation de la vie privée ou à la recherche d'une intimité abusive.

L'élaboration de règles de savoir vivre face à ces nouvelles formes de pathologies exacerbées par le mode de fonctionnement de la blogosphère et les différentes formes d'addiction auxquelles elle donne lieu, ne peut naître que d'un approfondissement de la compréhension des mécanismes concernés. Le fait qu'il y ait un terrain favorable à l'accentuation des dérèglements concernés ne signifie pas que les règles à mettre en oeuvre doivent trouver le même niveau d'intensité. Comme dans la plupart des situations d'addiction, c'est souvent la plus simple déconnection qui se révèle la plus efficace.