1245. traité . 11. Billet.
Par Léo Scheer, mercredi 3 février 2010 :: #1245 :: rss
Le billet est une forme logicielle qui permet à chacun de devenir son propre éditeur. Il se compose de plusieurs espaces spécialisés qui forment une mise en page permettant de faire de l' "editing" : le titre, la catégorie, la signature, la date, le chapô, l'article. Chacun de ces espaces dispose d'outils permettant une édition plus ou moins sophistiquée. Les billets se succèdent au fil du temps et sont classés le plus souvent dans un ordre inverse de l'ordre chronologique (les plus récents étant les premiers pour le lecteur). Cet ordre repris pour chaque billet confère au blog son caractère de journal de bord ou de journal intime.
Le blogueur est, avant toute autre chose, l'éditeur de ses propres billets, même s'il utilise pour les composer des articles d'autres auteurs, qu'il le fasse par des copier-coller ou par des liens hypertextes. cette pratique relève en grande partie d'un art du sampling, au milieu d'un corpus (celui du Net, de Google...) où tout est pratiquement disponible et à portée de main. De la même façon qu'à travers le billet tout le monde devient son propre éditeur, le blogueur, pour produire son billet, peut faire feu de tout bois. Sur un blog, tout peut être billet : un mot rien), une image, une note de musique. C'est de cette polyvalence et de sa facilité d'utilisation et de composition que le blog tire toute sa force de propagation, son caractère viral et son universalité potentielle.
Les billets dont les commentaires sont fermés ne font, en général, que reproduire des logiques professionnelles issues du monde des medias. À travers ses billets, le blogueur est journaliste, critique littéraire ou gastronomique, présentateur de télévision, programmateur de radio, exploitant de salle de cinéma, gardien de musée, etc. parfois, les commentaires peuvent constituer un obstacle à sa vie imaginaire. Mais le fait d'ouvrir les commentaires consiste aussi pour lui, dans ce cas, à créer, pour lui-même, un simulacre de relation avec un public qu'il peut prendre pour son "audience". C'est souvent dans cette position à l'égard d'un supposé public potentiel que se créent les tensions et les rapports de forces avec les commentateurs qui sont tentés, souvent incités à remettre en cause la légitimité de celui qui les prend pour son public.
En fait, la légitimité du blogueur ne pouvant pas s'instituer de l'intérieur de son monde imaginaire, mais par référence à son inscription dans la vie réelle, professionnelle, etc, le rapport de force avec les commentateurs devient double, soit parce qu'ils contestent la légitimité professionnelle globale du blogueur, par la critique de sa profession et de son rôle social, soit que cette critique porte sur le travail individuel du blogueur. Un critique littéraire qui détient son statut de l'exercice de sa profession dans la presse n'abordera pas l'exercice du blog de la même façon qu'un critique de la blogosphère littéraire, même s'il exerce un métier proche comme professeur de lettre. Pour l'un, il s'agit de l'équivalent simple du courrier des lecteurs, pour l'autre, ce sont des confrontations d'égal à égal où il doit affirmer la supériorité de son point de vue. Il en est de même pour un animateur de télévision, un écrivain, un peintre, un musicien, ou un directeur artistique ou un chanteur.
Ce type de billets qui est un simulacre hérité de l'univers des media ne produit pas véritablement de "blogosphère", mais représente une simple substitution à un système de pouvoir mediatique en voie de disparition. Pour produire une "blogosphère" dans le sens post-mediatique, le billet doit être consubstantiel du fil de commentaires qu'il génère. À la limite, il doit disparaître des esprits, être oublié, la discussion ne tenant qu'au fil des commentaires dans leur succession immédiate. Ceci permet de rester dans cet antéchronologie qui est une loi fondamentale du blog. Le fil doit pouvoir se relire à l'envers comme dans la métaphore du fil à plomb. Le billet, dans cette conception, devient l'aboutissement (et non l'origine) d'un cheminement que l'on ne doit retrouver qu'après l'avoir oublié, d'où l'importance de la rectitude du fil et le rôle décisif joué par le trollisme.
Si, à la fin d'un fil, en relisant le billet d'origine, on se demande d'où il sort, c'est que ce billet n'a pas réussi à produire "sa" blogosphère, que les commentaires ont eu une puissance supérieure de signification et ont fini par l'emporter. Le billet porte en lui-même sa capacité à entraîner un phénomène de conférence ou à se perdre dans les méandres des commentaires. Certains commentateurs n'ont d'ailleurs pas toujours besoin de blog pour y parvenir. Ils pratiquent l'art très subtil de créer une oeuvre et de la développer uniquement par le fil transversal de l'équivalent d'un blog (parasite) qui se niche dans celui des autres.
Ce qu'on désigne ici comme des rapports de forces n'a rien à voir avec les affrontements militaires, politiques ou sportifs. Ce sont des confrontations de souverainetés culturelles individuelles, auxquels s'applique la première règle de la conférence, celle de l' "égalité" qui exclue toute notion de parole "dominée".

Commentaires
1. Le jeudi 4 février 2010 par dionisi
2. Le jeudi 4 février 2010 par ab
3. Le jeudi 4 février 2010 par leo
4. Le jeudi 4 février 2010 par dionisi
5. Le jeudi 4 février 2010 par Littré
6. Le jeudi 4 février 2010 par Maicresse
7. Le jeudi 4 février 2010 par inspecteur pas académique
8. Le jeudi 4 février 2010 par Wannatroll want to be
9. Le jeudi 4 février 2010 par dionisi
10. Le jeudi 4 février 2010 par mon iPhone m'a tuer
11. Le jeudi 4 février 2010 par Oui, même si c'est selon
12. Le samedi 6 février 2010 par Krane
13. Le samedi 6 février 2010 par Variante
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