Au début, lorsque tes protagonistes font leur apparition, le lecteur ne saisit pas illico qui est qui, leur âge respectif, leurs liens de parenté. Tout s’organise peu à peu, tu tisses ta toile dont on ne perçoit d’abord que des fragments, c’est en vérité du grand art.
La précision du trait, la justesse des descriptions (les pages 81 et 82 sur les transports en commun, leur humour noir, j’adore).
Et puis, je pourrais écrire : et surtout, cette soirée qui s‘emballe, devient folle, avec ce tourbillon de personnages autour du pauvre Benjamin qui perd la boule, c’est-à-dire le contrôle de soi et des autres, c’était très difficile à faire, tu l’as fait. Il y a là un talent très rare, très russe, j’ai pensé à l’éblouissant Une sale histoire de mon cher Dostoïevski, j’espère que nos critiques littéraires, si cartésiens, souvent si incultes, noteront cette ivresse slave, cette folie, ces épanchements (la scène où Benjamin se confesse, à moitié saoul, à l’ami de son père) qui sont si peu français (on n’imagine rien de tel dans un roman de Stendhal) ; et qu’ils noteront aussi que ces épanchements, cette sarabande, sont jugulés par une écriture rigoureuse, froide, bref l’ordre qui met en scène le désordre, une très belle réussite, c’est captivant, bravo, je t’embrasse.
Gabriel

P. S. Et je ne te dis rien de tout ce que j’apprends en te lisant sur les rapports entre jeunes adultes et leurs parents, car c’est un domaine où je n’ai aucune expérience personnelle. Ce que tu en écris (ce thème était déjà présent dans ton précédent roman) est pour moi une nouveauté absolue, et très… curieux.