1719. Le roman Allée 7, Rangée 38 de Sophie Schulze par Sébastien Moig sur Maxoe.com
Par general, mercredi 28 septembre 2011 :: #1719 :: rss
Chronique de Sébastien Moig sur le premier roman de Sophie Schulze, Allée 7, Rangée 38.
Le destin d’un homme se lit-il dans ces moments éphémères qui précèdent son existence ? Walter naitra d’un amour. Celui de sa mère Franziska pour Karl, un pêcheur attentionné qui lui fait la cour. Mais le père de la jeune fille a d’autres perspectives, celles d’un bon mariage avec Gunther. Franziska cachera sa grossesse à son époux et l’enfant naitra sans amour paternel. Sans père, Walter sera aussi sans patrie, chassé qu’il est de la ferme familiale par son beau-père.Il trouvera refuge en France où il s’engagera dans la légion pour gagner le droit à une existence loin de son Allemagne natale. Hannah Arendt quant à elle suit les enseignements de Heidegger mais elle s’éloigne progressivement de son maitre en se rapprochant du sionisme.
Elle quittera elle-aussi l’Allemagne pour fuir le régime nazi. Elle trouvera refuge en France puis aux Etats-Unis où elle rédigera ses textes majeurs. Avec Allée 7, rangée 38, Sophie Schulze nous révèle le destin de ces deux personnages, elle nous livre surtout un premier roman qui pose les questions de l’identité, de la fragilité des êtres, des destins sacrifiés sur l’autel des idéologies. Husserl dont Sophie Schulze reprend les mots énonce ainsi que La crise de l’existence européenne n’a que deux issues : soit la décadence de l’Europe devenant étrangère à son propre sens vital et rationnel, la chute dans l’hostilité à l’esprit et dans la barbarie ; soit la renaissance de l’Europe à partir de l’esprit de la philosophie, grâce à un héroïsme de la raison qui surmonte définitivement le naturalisme. Le plus grand danger pour l’Europe est la lassitude (…) Walter se reconstruira, il aimera une femme. Dans la petite histoire des êtres se construit la grande histoire, celle qui bouleverse les vies, les égratigne et bouleverse le destin de chacun de nous. En ce sens la question essentielle est de savoir ce que sommes-nous. Une écriture avare de mot mais qui va à l’essentiel, nous oblige à lire à travers les mots pour en saisir toute la portée. Une des bonnes surprises de la rentrée…
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