Libération a demandé à quelques personnalités de choisir leur livre de l'année 2011. Catherine Malabou a choisi le n° 51 de La Revue littéraire consacré à Hervé Guibert (1955-1991). La philosophe française l'évoque dans ces termes :

Parmi les lectures les plus frappantes de l'année écoulée figure ce numéro spécial de La Revue littéraire consacré à Hervé Guibert, à l'occasion du 20e anniversaire de sa mort.

Vingt ans. En cette année qui s'achève remontent les souvenirs des années sida. Les amis que l'on voyait devenir comme les prisonniers des camps.

Le film de Collard "Les Nuits fauves", et ces noms inconnus que l'on découvrait, les T4, l'AZT, et bien sûr, par la grâce du roman de Guibert, le "protocole compassionnel".

Je n'ai jamais cessé de lire cet auteur qui se dit lui-même ange et martyre à la fois. Je suis revenue vers lui régulièrement, il est l'une des basses continues de ma mémoire littéraire.

L'évoquant aujourd'hui, cherchant à comprendre pourquoi lui, je découvre que cette phase terminale qu'il a su si bien décrire n'est pas seulement la sienne mais celle de la littérature française après lui.

Pour beaucoup d'entre nous, il a été le dernier. Le dernier vivant, le dernier immortel.

Catherine Malabou, le 22 décembre 2011.