La Conquête du monde de Sibylle Grimbert

COUP DE CŒUR

Championne d'échecs

par Héléna Villovitch

Depuis Birth Days, son premier livre en 2000, on suit avec grand intérêt le parcours de Sibylle Grimbert. On sait que sous une apparence de jeune femme fragile se cache une auteure qui a du cran et qui sait vous tenir un roman. Pourtant, quand on ouvre La Conquête du monde et qu'on tombe sur la première phrase, on a tout de même un peu peur. « Tout allait mal. » Aïe. Sera-ce sinistre ? On poursuit, et l'on découvre un certain Ludovic, personnage pitoyable et déprimé, perdu dans une vie qui n'est plus qu'à peine la sienne. Et trois pages plus loin, on a compris où Sibylle Grimbert a décidé de nous emmener. Avec une jubilation contagieuse, elle va décortiquer l'itinéraire d'un arriviste malchanceux et passer au crible de l'humour noir l'épopée de sa défaite. On ne le déteste jamais, ce pauvre Ludovic, car ses gaffes et ses erreurs tactiques sont tellement réjouissantes ! Le plus drôle étant que lui-même, tel un héros kafkaïen en proie à des situations absurdes, ne comprend rien à ce qui lui arrive. Et, tel un héros beckettien, il essaie encore, rate encore, rate mieux. Ah, si seulement, en page 26, alors qu'il était encore un brillant avocat, il n'avait pas prononcé dans un dîner le mot « salade » ! Les funestes conséquences qui vont, en définitive, lui faire dégringoler l'échelle sociale ne seraient pas survenues... Mais on n'aurait pas eu droit, alors, à ce savoureux roman en forme de traité sur le ratage !

Elle
10 février 2012