Au sein de ce poste diplomatique oeuvrent un conseiller culturel aussi pressé qu'inutile, un comptable au doux surnom de Françafrique, un ambassadeur presque nain, tyrannique et hiératique, l'inévitable secrétaire écrasé par le sentiment de la modestie de son grade. Une ambassade classique, avec ses détournements de bouteilles de vin, ses montages pour discréditer tel ou tel, son huis clos pathétique soigné à grands coups de wine and cheese, et son service du chiffre délirant. Cette ambassade débite des platitudes à haute dose et organise des rencontres culturelles entre des expatriés neurasthéniques et des auteurs français sans public, pendant lesquelles le narrateur regarde ses pieds en ratissant le fond de sa tête pour y trouver des banalités à dire. Quand la diplomatie tente quelque chose d'un peu nouveau en direction de la Finlande, c'est une catastrophe: ainsi l'épisode désopilant où l'ambassadeur commande une Marianne à un artiste branché et dévoile une statue à corps d'âne et tête de femme, dont les langues multiples évoquent sans trop d'ambiguïté autant de sexes masculins... Au sein de cette pétaudière, notre contractuel a une velléité d'exister, et décide d'inviter Alain Delon à honorer de sa présence un festival. Le ratage en grand de cette opération constitue le prétexte plutôt que le fil rouge de la narration. Quand celle-là se tourne vers la Finlande, c'est pour la ridiculiser en grand: le pays de Sibelius, des bouquets de flagellation pour le sauna, des organisations non gouvernementales, de la libre sexualité et de l'éducation modèle s'avère être une terre de névrose abritant des hypocrites dépendants à l'alcool fort, où seuls les policiers et les voleurs sont des types humains recommandables.
Roman très drôle, et franchement pas correct.

Marin DE VIRY