Comme j'arrivais ce matin rue de l'Arcade, débouchant de la rue Castellane, j'ai vu, devant la porte du 22, un groupe de trois jeunes femmes dans lesquelles j'ai tout de suite reconnu Anne, Céline et Julie. J'ai accéléré le pas pour me joindre à leur bavardage (matinée ensoleillée, brise légère, humeur douce, bonnes conditions pour un bavardage). Plus je m'approchais, plus l'évidence s'imposait, que ce n'était pas elles, qu'il s'agissait d'inconnues, d'indifférentes, chacune reflétant son modèle, mais comme les miroirs déformants du jardin d'Acclimatation nous reflétaient, avec Jeanne-Salomé, autrefois. Trois caricatures. Elles ont disparu avant que j'aie pu les approcher. J'ai pris l'ascenseur seul, pensif.
Y aurait-il, quelque part dans cette maison, un deuxième bureau où chacun de nous aurait son double? Je sens que je vais avoir du mal à me débarrasser de cette pensée aujourd'hui. Et que feraient ces doubles? Publient-ils d'aussi bons livres que nous? Ont-ils une revue? Ont-ils un blog, où l'une de ces jeunes femmes est en train d'écrire un billet pour évoquer l'étrange vision, rue de l'Arcade, d'une caricature du vrai Florent Georgesco?