"

Il a beaucoup été question de Philippe, que nous sommes nombreux à considérer comme un des grands textes de la littérature française. Ce livre, publié par P.O.L en 1995 n'a bizarrement jamais été repris en poche, ce qui crée une situation paradoxale aujourd'hui (Il est donné comme "indisponible" sur Amazon). On a moins parlé de cet autre livre, dont le titre, Cet absent-là, prend un troisième sens aujourd'hui, publié par nous, aux Éditions Léo Scheer en 2004. Je pense qu'il est important de redécouvrir ce magnifique livre à partir de l'article publié cette année par La Revue Littéraire. Il avait fait l'objet, à l'époque, d'un "tir de barrage" de certains journalistes qui considéraient comme scandaleux qu'un auteur P.O.L vienne publier chez nous. Je me souviens qu'on était furieux aux Inrocks, par exemple. Voici pourtant ce qu'en disait la presse:

"...Dans son dernier livre, dont le titre revient comme en écho, Cet absent-là, Camille Laurens évoque une double figure : celle de l'être aimé, qui n'est plus là parce que l'amour s'est évanoui et qu'il y a eu séparation ; et surtout celle de l'enfant, mort à la naissance. Camille Laurens avait déjà parlé de Philippe, en 1995, dans un livre au titre éponyme, elle avait parsemé ses autres récits et romans de cette ombre-là et elle le refera à coup s?ur. Parce qu'on ne se débarasse pas comme ça de ses absents. Le livre est poignant, mais aussi optimiste et sensuel." Patrick Poivre d'Arvor - MARIE FRANCE Ao?t 2004

"... De l'écriture de Cet absent-là, Camille Laurens n'a pas de souvenirs. Pour la première fois, raconte-t-elle, elle n'avait pas fait de plan préalable et n'avait aucune idée de comment le texte et l'histoire se développeraient. Elle les a laissé s'imprimer dans ce petit volume plutôt que dans sa mémoire. Elle a écrit dans le présent de la rencontre, au fur et à mesure que l'amour prenait forme et se dissolvait. C'est là sans doute que réside toute la gr?ce de ce livre, où chaque réflexion, sensible, intelligente, semble naître devant nos yeux, au fil de la plume. Oui, Cet absent-là est un livre précieux parce qu'il est totalement, radicalement, au présent." Sandra Basch - ELLE - 23 ao?t 2004

"Dans ce récit illustré de photos, l'auteur tourne autour de la figure de l'enfant qu'elle a perdu à la naissance, de l'amour qui s'en va, de ce vide que les mots ne suffisent pas toujours à remplir. Jamais l'expression "travail de deuil" n'aura autant pris son sens." FIGARO MADAME - 21 ao?t 2004

"...Le texte est construit autour des portraits en noir et blanc du photographe Rémi Vinet. Les phrases de Camille Laurens semblent dire : lisez-moi, je suis là, bien vivante. Les portraits de Rémi Vinet semblent dire : regardez-nous, nous sommes ailleurs, bien vivants... Le style de Camille Laurens est léger. Jeux sur les clichés, rondes de mots, phrases discrètes... Elle évoque la gaieté ; l'envie de faire le vide, et puis finalement non, plus du tout ; les déhanchements du corps ; les ponctuations du visage. Bref, le mouvement. Car tout le livre exprime la même idée : on se souvient, non pas des morts, mais de la vie des morts. Petits riens, gestes machinaux, actes importants, charme fort. L'oeuvre de Camille Laurens ne cesse de parler de ça : il vaut mieux soi-même être extrêmement vivant." Marie-Laure Delorme - JDD 29 ao?t 2004 (sélection JDD/France Culture)

Camille Laurens aborde la rentrée littéraire avec un texte simple, juste, poignant. Un texte à rebours, où la mort mène à la vie, le vide à la plénitude. Cet absent-là, c'est Philippe, l'enfant mort à la naissance, l'alpha et l'oméga... La source et la mer, le visage qui jaillit au fil des jours ou des nuits de l'écrivaine. Mais c'est aussi l'être aimé qui s'éloigne, le visage très viril, très fort qui devient un beau masque, le présent qui s'absente. Tout avait pourtant si bien commencé... J'apparais, écrit la narratrice en se souvenant du moment où l'homme a posé son regard sur elle. On me voit : quelqu'un est en train de me voir. L'amour naît autant qu'il fait naître. Le désamour convoque la mémoire, oblige à se souvenir... Camille Laurens a ponctué son texte de photographies signées Remi Vinet. Elles n'illustrent pas ses mots, elles les épousent. Les images et les lettres s'étreignent comme deux langues étrangères l'une à l'autre, mais qui se comprennent, unies par le besoin vital de dire, de dévoiler l'absence pour mieux la conjurer." Alexie Lorca - MARIE CLAIRE - Octobre 2004.

Les femmes furtives. "Les mots de Camille Laurens et les "figures" de Rémi Vinet jouent sur la même gamme du dévoilement et de l'apparition. Mais chez l'une, l'écrivain, comme chez l'autre, le photographe, l'enjeu de la quête n'est pas l'image fixe, le récit cadré. Ce que tous les deux cherchent à exprimer, c'est le mouvement insaisissable, l'incertitude des êtres qui apparaissent et disparaissent selon que l'?il ou l'objectif les ignorent ou les font exister. (...) Les Figures, portraits énigmatiques de Rémi Vinet, ne viennent pas illustrer les mots de l'écrivain . Elles parlent de leur propre langue, déroulent leur logique en marge d'un récit qui est à la fois autobiographique et réflexion philosophique. L'écriture de Camille Laurens cerne ces histoires d'une vie - divorce, nouvel amour, séparation, deuil d'enfant...-, qu'elle fait passer de l'intime à la littérature, les délestant de leurs douleurs précises, de leur impudeur par l'élégance de son style. Les photos, elles aussi, transfigurent le sujet pour n'en garder qu'une vision mouvante et émouvante. La photographie, comme le récit, ne veut pas être une preuve, juste une trace. Car comme l'écrivait René Char : "Seules les traces font rêver"." Michèle Gazier - TÉLÉRAMA - 22 septembre 2004.