Je reproduis ici l'article paru dans le blog de Dahlia sur le dernier livre de Mathieu Terence, ça donne envie.

"L'être humain lambda est par essence bourrelé de péjugés; vous, moi, les autres, tous logés à la même enseigne. Une des premières choses que nous avait enseigné Marcelle Duc - la meilleure prof de sociologie que j'ai eu durant mes deux ans de DEUG à l'Univiversité du Mirail - c'est que le péjugé est une très bonne chose quand on arrive à le dépasser pour découvrir ce qui se cache derrière derrière ce qu'on croit connaitre quand on part avec des idées toutes faites. Regardez par exemple, je suis longtemps partie du principe que la science-fiction en litterature ça me fait chier. C'est faux, en fait ce qui me fait chier c'est la science-fiction type Star Wars parce que l'anticipation du style Blade runner ou 1984 j'adore. Non en fait, le véritable préjugé que j'ai eu en achetant Technosmose c'est de me dire tiens, depuis quand la célèbre collection Blanche de chez Gallimard édite de la science-fiction? En fait Technosmose échappe presque à l'étiquette du roman d'anticipation qu'on pourrait lui accoler tant il casse les codes du genre.

Iris Ferreol, une trentaine d'années, jolie, brune. Mais surtout coupable du meurtre de son époux et condamnée à 18 ans de réclusion. Iris est incarcérée à Atlin, une prison hors-norme canadienne, propre, fleuron de la technologie moderne et très lumineuse. Et pour cause, Atlin est une prison qui se trouve près de 300 mètres sous terre, conçue par l'architecte Otto Maas pour empêcher toute tentative ou même tout désir d'évasion. Cependant Iris ne s'y résoud pas et dès qu'elle prend possession de sa cellule, elle commence déjà à réfléchir à sa fuite. Mais comment s'évader d'une prison où le moindre geste est épié, décortiqué, dont l'unique sortie se fait par un descenseur que seul le personnel de la prison peut emprunter? Soutenue par l'amour incestueux et violent qui la lie à son frère Luca, Iris va trouver un moyen qui lui demandera d'aller au bout de son corps, au bout d'elle-même. Alors qu'à la surface, un jeune écrivain et journaliste rencontre Otto Maas et découvre dans le même temps l'histoire d'Irisâ?¦

Mathieu Terence est un grand, un très grand monsieur de la litterature actuelle. Son écriture est précise, d'une rare distinction. Son récit n'a pas besoin d'en faire des tonnes ou de se noyer sous un flot de détails-gadgets plaqués pour dire 'hey regardez, je fais de la science-fiction!'. Au contraire, Terence semble partir du principe que son histoire s'inscrit dans une réalité qui est déjà la notre, ce qui la rend sublime et envoutante. Alternant le récit de la détention d'Iris avec celui de ce mystérieux écrivain chargé de réaliser une biographie d'Otto Maas, Technosmose devient autant roman que réflexion sur le devenir de l'être humain à travers les réponses du personnage de l'architecte. Sous la surabondance robotique et technologique de la prison affleure la sensualité de l'héroine, sa mélancolie, sa tristesse de se retrouver là, séparée d'un frère absent qu'elle adore dans le sens le plus plein du terme. La description de cet univers carcéral où l'on diffuse sur les écrans de télévision des murs de la cantine des images de paysages enneigés ou de prairies ondoyantes pour lutter contre le 'mal de terre' qui évoquent les visions qu'on diffuse au suicidés volontaires dans le film Soleil vert, où la blancheur des sols, l'inox des structures, l'oeil invisible des caméras qui surveille en permanence tout ce qui pourrait s'apparenter à une dépression ou une tentative de suicide est très intense car elle arrive à faire sentir l'étroit rapport entre la douceur d'un cocon et la froideur d'une réclusion angoissante. En filigrane apparait la force de l'esprit humain, capable de tout quand il s'agit de survie et d'amour. Technosmose est sans aucun doute un chef-d'oeuvre du genre."

Dahlia.

Le 28 septembre 2007