Revenons à nos moutons, c'est à dire l'édition, la librairie etc. Il faut toujours lire les suppléments "livres" du jeudi avec ce point de vue qu'avaient autrefois les "kremlinologues" qui savaient décrypter entre les lignes de la Pravda. Je passe sur le reportage du Figaro Littéraire consacré aux jurés du Goncourt (La photo évoque irrésistiblement un des derniers romans de Nathalie), et j'en viens à l'article de Claire Devarrieux dans Libé : Spider-Woman. Sur "Ni d'Eve ni d'Adam" d'Amélie Nothomb.

Il s'agit d'un article "politique" au sens noble de ce qui concerne la stratégie du domaine de l'édition. Claire Devarrieux signale que "Le tirage initial était de 200.000 exemplaires" qu'il a été "cinq fois retiré" et qu'on "en est à 370.000 exemplaires." Elle poursuit avec ce paragraphe-clef: "A Brive, les Goncourt rendaient publique leur dernière sélection. Amélie Nothomb n'y figure plus, elle ne sera pas la lauréate lundi prochain. Un livre aimable, drôle, lisible par tous, déjà plébiscité et n'attendant qu'une publicité qui doublerait son score et rejaillirait sur le prix: les jurés du Goncourt ne mangent pas de ce pain-là."

370.000 ex en plus à 17.90 euros = 6.623.000 euros et, à 40%, pour la librairie = 2.649.000 euros. Sans compter les retombées (poche, traductions etc..). Effectivement, ce n'est pas rien, surtout en ce moment. Cet article, en tous cas, pose la question des prix littéraires sous le seul angle qui vaille. J'avais eu une conversation, il y a peu de temps avec des banquiers qui me demandaient qui devrait avoir le Goncourt du stricte point de vue des intérêts économiques du secteur, et je reconnais, dans cet article de Libé, les arguments que j'avais utilisés pour répondre.

Le lendemain, pris d'un doute, je posais la question à un spécialiste. Il me fit une démonstration très différente. Selon lui, un Goncourt attribué "au Nothomb" ne pouvait qu'avoir une faible incidence (de l'ordre de 20%) en particulier parcequ'il était déjà largement diffusé dans les hypermarchés ou se trouve l'essentiel de la "réserve" pour un autre titre qui n'aurait fait sa carrière jusque là que dans le "premier niveau". Je me souviens qu'après sa démonstration, je m'étais dit :"ça ne sera pas pour elle, elle n'en a pas besoin."

Il n'empèche que je n'y crois pas complètement, que je me sens en phase avec l'analyse de Claire Devarrieux, et que j'ai l'intuition qu'on est passé là à côté de quelque chose de positif pour l'avenir de l'édition, qui, par ailleurs, est bien sombre.

Je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les véritables raisons de cette décision, il faudrait demander à Ariane Chemin d'investiguer, je suis convaincu que Fayard serait preneur. Le titre : "Un jour chez Drouant."