Previously on "Plasticité" : partant de son expérience vécue d'avoir été confrontée à un changement radical d'identité chez une personne atteinte d'une maladie dégérative du cerveau, Catherine Malabou met en oeuvre une hypothèse de travail pour utiliser ses propres outils conceptuels afin de penser l'unification de la question de la "cérébralité".

Au regard des découvertes récentes de la neurologie, le concept de libido cède la place à ce qu'on désigne plutôt comme des "apétits" décrits par des processus neuronaux producteurs d'affects. "Le désir est dans la tête" dit Jean-Didier Vincent. De la même manière sont mis à jour les phénomènes de dépendance, (drogue, alcool, médicament, etc qui relèvent de la facilitation ou de l'inhibition de certains neurotransmetteurs). La découverte progressive de ce cerveau émotionnel ne doit pas conduire à "ranger aux oubliettes" l'apport de Freud, neurologue, posant des questions "justes" à une neurologie qui, à l'époque, n'avait pas les moyens de lui répondre.

Dans l'analyse du "trauma" la question de ce qui "arrive" et de ses conséquences est centrale. Pour Freud, en 1919, juste après la guerre, "les lésions organiques saisissables du système nerveux, n'ont pas, en tant que tels, d'impact sur le psychisme", elles doivent "pour être des évènements psychiques à part entière, réactiver un conflit affectif qui ne doit rien à la guerre, la névrose relève d'un "conflit en temps de paix".(conflit entre le moi et les pulsions sexuelles.). C.M. lectrice de Freud note "C'est toujours la sexualité, comprise comme causalité et régime évènementiel spécifiques, qui triomphe finalement de l'accident brut, de l'effraction pure, de la blessure sans avenir herméneutique." Pour Freud, "Il n'y a pas d'au-delà du principe de plaisir."

Or, ce que découvre C.Malabou, chez les "nouveaux blessés", c'est que contrairement à ce qu'affirme Freud, la sexualité est, là, "totalement exposée à un régime d'évènempent plus radicale qu'elle : aux chocs ou au hasard des ruptures de connexions neuronales. Cette "cérébralité" (concept de C.M.) est cette "autre causalité" (Concurrente de la sexualité) de "l'accident neutre et destructeur -sans raison- qui atteint l'identité elle même.

En s'appuyant sur la dynamique de la "neuro-psychanalyse" depuis les pionniers comme Luria, en passant par Sacks (l'admirable : "L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau." jusqu'aux découvertes et aux pratiques thérapeutiques les plus récentes de cette démarche unificatrice, C.M. propose d'aller plus loin par l'unification du concept d'"évènement", car toute blessure a le pouvoir de changer la personnalité des patients. L'axe théorique qu'elle propose est le suivant:

La "plasticité", l'outil théorique créé par C.Malabou a trois sens : - la capacité à recevoir la forme. - le pouvoir de donner la forme - l'éventualité de l'explosion de toute forme.("Plastiquage")

Le "Eureka" de C.M. s'annonce ainsi : "S'il y a création d'une identité post-lésionnelle, celle ci est donc création par destruction de forme. (Plasticité destructrice) dont le pouvoir fait que "Toute souffrance est formation de l'identité qui l'endure."

Problématique qui conduit à interroger les fondamentaux de la psychanalyse : "l'essence de la maladie mentale est elle le retour à des états antérieurs de la vie affective et de la fonction?", "est-il bien sœur que la vie psychique résiste à la destruction?"

Catherine Malabou termine son introduction sur ces mots vertigineux:

"C'est donc dans cette direction inconnue de moi, inconnue aussi de la psychanalyse et de la neurologie que je voudrais engager le dialogue, en développant l'idée d'une plasticité qui ne serait qu'une forme de mort.

Plastique de la mort, comment la penser?" ........."il faudra nécessairement la situer entre l'hypothèse freudienne de la pulsion de mort -qui complique infiniment le problème de la sexualité- et l'hypothèse neurologique actuelle d'une mort de la pulsion."