"Je m'explique, car je sens qu'il y en a déjà qui ont décroché. Donc nous avons d'un coté notre vie normale, l'ennuyeuse, celle qu sent mauvais, avec les impôts à payer, les yeux cernés, le couvert à mettre, les dents à laver, les femmes qui vous quittent, etc... et de l'autre la VIE VIRTUELLE, LA SUBLIME, CELLE QUI EST IMPECCABLE, où l'on dialogue avec des êtres qu'on ne rencontrera jamais, où l'on peut se faire passer pour quelqu'un de très intéressant, voyager sans bouger de sa chaise, télécharger des chansons qu'on n' a pas le temps d'écouter, etc. La vie virtuelle consiste à épuiser toutes les possibilités de notre existence, mais sans les vivre pour de vrai. Le virtuel, c'est comme d'être un mort-vivant : on a tous les avantages de la vie sans les inconvénients. Je prends un exemple : dans la vie, quand vous voulez séduire quelqu'un vous voulez aller au restaurant sous la pluie, le serveur est désagréable, votre voiture mal garée, et après, rien ne garantit que la personne acceptera de rentrer avec vous. Dans un cyber restaurant, pas de souci : si le serveur vous déplaît, vous pouvez le vaporiser et le remplacer par une manga-maid soumise aux seins tridimensionnels; votre voiture n'a pas besoin de parking, puisque c'est UN HELICOPTERE ROSE FLUO AVEC DES AILES DE PAPILLON ; quant à l'objet de votre convoitise, il peut changer de taille, de sexe, de couleur de cheveux une centaine de fois avant que les hors-d'oeuvre soient servis (que vous ne mangerez d'ailleurs jamais) et vous utiliserez son corps à votre guise (tant pis s'il n'existe pas). QU'IMPORTE SI RIEN N'EXISTE !

Jean Baudrillard n'a cessé de nous le répéter : nous vivons dans l'ère du simulacre, la vie n'a plus lieu (il l'a prouvé en mourrant cette année). Personne n'est lui-même. Le monde actuel n'est qu'un leurre, une illusion d'optique. Nous faisons semblant d'être libres, mais nous savons que nous sommes prisonniers. On peut critiquer la publicité et devenir top-model pour les Galeries Lafayette ! C'est merveilleux tout ce qu'on pourrait être, tout ce qu'on a failli faire...si ça se trouve, on n'est pas passé loin du bonheur."