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jeudi 31 janvier 2008

387. journalisme littéraire & "Blogosphère".(5) "L'effet papillon".

Ma modeste contribution à la réflexion:

Lors de sa conférence de 1972, le météorologue Lorenz critique l'interprétation causale de la célèbre "métaphore" avec deux arguments :

1) Si un seul battement d'ailes d'un papillon peut avoir pour effet le déclenchement d'une tornade, alors, il en va ainsi également de tous les battements précédents et subséquents de ses ailes, comme de ceux de millions d'autres papillons, pour ne pas mentionner les activités d'innombrables créatures plus puissantes, en particulier de notre propre espèce.

2) Si le battement d'ailes d'un papillon peut déclencher une tornade, il peut aussi l'empêcher.

Si Kerviel est un "effet papillon" la question est de savoir de quelle nature est la "tornade" qui lui correspond.

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mercredi 30 janvier 2008

385. Les chemins qui mènent à Calaferte (VII) par Élodie Issartel

Le thé?tre de Calaferte a également rencontré l'incompréhension, et cela malgré l'enthousiasme immédiat du public. Dans l'introduction du tome III de son Thé?tre complet, Pièces baroques (Éd. Hesse, 1996), le metteur en scène Jean-Pierre Miquel rappelle à J.P. Pauty (nov. 1995) que Chez les Titch (1973) a rencontré un immense succès au Petit-Odéon, alors que dans les années 70, Calaferte était quasiment inconnu.
Sylvie Favre et Victor Viala, qui joueront et monteront surtout le thé?tre baroque, confirment : « Le thé?tre baroque, qui est son thé?tre de prédilection, a été accueilli par le public avec enthousiasme. C'est la critique qui ne l'a pas accepté, parce que son thé?tre dérange. » Victor Viala se rappelle que tous (c'est à dire le milieu thé?tral), ont unanimement décrété qu'Opéra bleu, « ce n'était pas du thé?tre, sauf Maurice Garrel, qui a trouvé que c'était un chef d'œuvre ».
Est-ce son écriture d'entomologiste, son refus du maniérisme en art, son rejet du thé?tre-tribune ou son désir de s'en tenir au « vrai expérimenté » qui dérange ? Est-ce sa réticence à s'inscrire dans la filiation de Beckett, lui qui se sentait proche de Ionesco et de la « folie déchirée et douloureuse » de Stindberg ?  (Si L'Amour des mots n'a pas été monté, c'est parce qu'on l'estimait trop ressemblant à La Leçon.) Est-ce la « nostalgie de la dérision » de ses pièces intimistes qui gêne ? La dimension anarchisante de cette dérision dans le thé?tre baroque ?
Pourtant.

« C'est par l'ensemble de son œuvre que Calaferte restera parce qu'il y a chez lui une multiplicité d'expressions et qu'à chaque fois c'est toujours fort et nouveau. »
Victor Viala

â?¦

384. journalisme littéraire & "Blogosphère".(4) "Moi, Kerviel, trader d'exception. par Zoé.

Moi, Kerviel, trader d'exception.

Moi, Jérôme Kerviel, je suis un garçon poli et bien élevé. Fils cadet d'une famille ordinaire bretonne honorable, honnête et très respectée. Je suis né il y a 31 ans à Pont l'Abbé (Finistère), village de 8.000 habitants, où j'ai grandi dans la maison familiale rue du Menhir. Ma mère Marie-Josée Kerviel, y tenait un salon de coiffure, mon père était artisan forgeron-chaudronnier. Il est mort il y a deux ans. Des problèmes de coeur.

J'ai soigné le mien. Je faisais beaucoup de sport, j'aime le sport comme mon grand frère. Du football, de la voile. Du judo aussi, j'en ai fait pendant cinq ans. Mon professeur s'appelait Philippe Orhant. Il me trouvait gentil et serviable. Il disait que j'avais "bon fond". S?urement, je lui disais toujours "oui" quand il me demandait de participer à des animations, de donner un coup de main ou d'encadrer les enfants. Je suis resté longtemps au club. Je suis fidèle et réservé. C'est ma nature.

J'allais au lycée Laënnec de Pont-l'Abbé. J'allais beaucoup au cinéma, à Quimper avec mon frère. J'étais fasciné par Tom Cruise. On me disait que j'en avais des "faux airs". Mais moi, ce qui me fascinait ce n'était pas sa belle gueule. Non. C'est qu'il était toujours le meilleur. Tout reposait sur l'intelligence. Les héros sont toujours intelligents. Alors j'étudiais l'intelligence de ses personnages. J'ai vu tous les films dans lesquels il a joué. Outsiders, Risky Business, Top Gun, j'étais môme. C'est là que tout a commencé. Et puis, La Couleur de l'argent, Des Hommes d'honneur, et la Firme. Mon préféré celui-là. J'ai presque failli faire du droit à cause de lui. Mais l'économie me fascinait. J'ai passé un bac Economie et social. C'est devenu une passion. Alors j'ai poursuivi sur cette voie. Je suis allé à la fac à Quimper puis à Nantes à la faculté. Et petit à petit, j'ai découvert l'univers de la finance. Noblesse de l'économie. Là, évoluaient les vrais maîtres du monde, ceux qui détenaient le pouvoir et en usait dans l'ombre à tirer les ficelles du destin des hommes. C'est là que j'entendais mettre au défi ma matière grise, bien soigneusement entretenue. J'avais mon plan, bien secret. Je ne l'avais dit à personne. Ma première victoire, la première marche de mon ascension fut mon Master d'opérations de marché, décroché en 2000 à l'université Lyon-II. J'y arriverais, j'en étais s?ur, je serais le meilleur. Aucun doute. Un jour...

Mais c'était encore modeste, une simple formation de «contrôleurs de back et de middle office, pas des traders de front office». C'est Valérie Buthion, la responsable du département ingénierie économique et financière de l'université qui s'est fait un malin plaisir à me le rappeler. La garce. A croire qu'elle avait deviné ce que j'avais en tête. Mon secret. Celle-là, elle aurait mérité que je l'écorche, cette niaise. Elle m'avait collé une appréciation qui m'avait empêché de dormir pendant des semaines : «bon étudiant, ni brillant ni moyen». Et encore aujourd'hui... Bah !

- "Tu verras vieille carne, un jour, t'entendras parler de moi saleté ! C'est moi qui te le dis !", je m'étais dit ça, entre les dents, tout bas, en la fixant d'un air bien humble, presque soumis.

Et j'avais répondu : "Je sais".

C'est vrai aussi, que les paroles de cette punaise ont résonné longtemps notamment quand on m'a recruté en back office à la SocGen. Enfin j'approchais de mon graal, j'étais dans les murs, le Saint des Saints. Enfin pour le moent... ! Ils allaient voir ce qu'ils allaient voir. Un jour ce sera l'Amérique. Je serais pote avec Tom Cruise, tiens ! Et l'autre schnock se sera bien foutue le compas dans l'oeil. A l'idée de cette parfaite petite pointe pénétrant son oeil de vache, une vague de plaisir me submerge.

Il m'aura fallu cinq ans. Cinq longues années à trimer comme un malade, à faire des courbettes à tous ces abrutis même pas fichus de comprendre comment fonctionne leur ordinateur. Moi, l'informatique je maîtrise, j'ai vite compris que je ne pouvais pas négliger cette science. Dans mon plan, l'outil informatique, comme ils disent, figurait parmi mes toutes premières priorités. Quand tu connais, tu te ballades partout, plus personne n'a de secret pour toi. Je regardais mes collègues, les forts en gueule, les stars des Tours, et je me disais que je pouvais les faire chanter si je voulais. Enfin, sauf que j'avais d'autres ambitions, d'autres chats à fouetter. Escroc ? Non, mais tu m'as vu. Non. Moi, je vais être l'empereur des traders. Je vais mettre la finance internationale à genoux.

Cinq ans, je disais. Trader ! Bingo ! Les amis, me voilà... !

Bon, le premier entretien de 2005 m'a rappelé l'autre sorcière. Désagréable. Ils m'ont bien fait sentir que j'étais moins bien considéré que les autres au regard de mon cursus universitaire et de mon parcours personnel, professionnel. J'ai mis le paquet. Ils ne le regretteraient pas, leur ai-je fait comprendre. Je saurais atteindre les objectifs. Je me suis retenu de leur dire qu'ils ne se doutaient même pas à quel point mes ambitions étaient impressionnantes. Ils allaient voir ce qu'ils allaient voir. Salles des marchés du monde entier : maintenant, vous allez trembler ! J'étais dans les starting-blocks. De "Junior" à "Empereur". La star de la salle, avec sa particule, son X et son bonus d'un million d'euros, n'a qu'à bien se tenir. Le petit Breton avec son menhir et son Master va lui faire ravaler un peu de sa superbe.

Je n'ai pas pris de vacances depuis deux ans. Juste quelques petits week-end prolongés passés en Bretagne à faire de la voile avec mon frère et de vieux copains. Je vis à Neuilly-sur-Seine. De chez moi, je vois les deux Tours. Je les ai à l'oeil !

A la fermeture des marchés, je continue à travailler, pendant que les autres vont faire les marioles avec leurs Porsche ou leur Audi XT pour lever les filles. C'est simple, je suis toujours le dernier parti et le premier arrivé. Et quand je rentre chez moi, je m'installe à la console de mon ordinateur d'où je continue à suivre mes positions. Mon bon compagnon, ma belle bécane. J'ai mis au point un bijou de système, le coeur de mon plan. Si le monde savait ! Bon, je vais me faire une toile bien s?ur de temps en temps. Je poursuis l'étude des héros.

Le monde des traders, c'est comme le sport de haut niveau : il y a quelques champions aux revenus faramineux, et les autres joueurs, avec des salaires élevés mais moindres.

Moi, ce qui me motive à passer ces opérations est de différents ordres, j'y reviendrai, mais avant toute chose, j'ai en tête de faire gagner de l'argent à ma banque, c'est ma première motivation, en aucun cas m'enrichir personnellement.

Il faut être clair. Je me fous d'être riche, je veux être un trader d'exception !

Par Zoé. Le 29.01.08.

383. Journalisme littéraire & "Blogosphère".(3)

Voici, développés par Martingrall dans son dernier commentaire, des éléments pour le futur billet littéraire.

"La vérité sur la Vénérable Société Vénale. Hier, j'ai eu la chance de discuter avec un de mes anciens collègues de la Société vénale qui est "trader exo". (le trading exotique est une forme de trading qui prend des positions spéculatives sur la volatilité ou sur la corrélation des marchés financiers ...) Toujours est-il que cet ami a pu m'apporter quelques précisions "inside" sur les derniers évènements de la socven et du sieur Chervielle.

Le trader en question, Jérôme Chervieille, a réussi son coup à partir d'un procédé simple qui consistait à créer dans le système interne de la Société vénale de fausses contreparties, autrement dit de faux clients. Le système en question s'appelle Ness, c'est le système central du département dérivés actions dans lequel l'ensemble des "deals" sont "bookés". C'est forcément un système très sensible, très contrôlé par différents middle & back offices. Problème, Jérôme Chervieille était issu de ces départements et il a sans doute gardé des mots de passe lui donnant des accès privilégiés au système Eliot (j'ai moi-même gardé en tête des codes front de la maîtrise d'ouvrage donnant accès à pas mal de données...Chacun vous dira que ma mémoire est infaillible je le dois à ma mie, duocœur avant l'heure) A partir de là, il était facile pour lui de traiter sur les marchés en prenant des positions au nom de la Société vénale, des positions, bien sœur, totalement fictives car sans contreparties....Et là ça coince. La balance trébuche, le fléau penche et le blé s'esquive en 4 milliards 900 000 millions de grains. Quand à la farine. Heureusement c'est temps de Carnaval et de faces de carême. Tiens donc. Et l'hostie ! Heureusement Sœur Marie m'apprit à les réaliser. Et les vendre. Mais.

Suivant le temps qui passe, est venu le temps de la crise, les 15, 16, 17 & 18 janvier, les marchés financiers ont énormément baissé, la position "longue", c'est à dire "acheteuse" a fait perdre énormément d'argent à ce Jérôme qui s'est retrouvé acculé. Il lui est devenu impossible de masquer ses opérations hip hop en cause du système d'appels de marge des marchés organisés. (à ce niveau, demeure un point obscur, a-t-il traité "OTC" ces futures offres ou a-t-il traité "listé"...désolé pour ce jargon mais, c'est pas très clair. Pépin, le vendredi 18 janvier, les middles offices chargés du contrôle ont finalement découvert la fraude. Pendant tout le week-end, c'est le branle-bas de combat, le Jérôme est "séquestré" à la banque. On arrive finalement à lui faire cracher le morceau. Ha la vanité du bourreau, il en traîne toujours un ou deux à la vénérable société, surtout le dimanche. En début de semaine, les plus hauts responsables de la banque & de la partie dérivés actions se chargent de déboucler cette position énorme accumulée depuis plusieurs semaines, de l'ordre de 50 milliards d'â?¬ sur des futures Eurostoxx50. C'est tellement énorme que ça déséquilibre le marché qui prend conscience sans doute qu'un truc ne tourne pas rond à la SV. De là, les spéculations à la baisse sur le titre. Et là, sœur Marie me dit sans aucune fioriture, ni embellissement. Il y a un os. Comment pouvaient-ils savoir, eux alors que moi j'ai perdu toutes mes billes. Et à 20 centimes l'hostie, il va falloir que je m'en refasse un autre de trader mais un verrouillé celui-là.

Bref... c'est aujourd'hui que l'ensemble des salariés de la Vénérable Société Vénale découvre l'ampleur des maux. Tous leurs mots de passe n'étaient plus leurs logins. Et surtout que tous les bas salaires n'ont pas le même bas. Plusieurs années de travail réduites à néant. C-M, fringante quarantaine et néanmoins emblématique responsable de l'activité dérivés actions, fait un discours ce matin dans la salle de marché dérivés actions. Ah ! Enfin quelque chose de normal. Il parle de Jérôme Chervieille, un trader dont on aurait du se méfier car il n'avait pas pris de vacances depuis 2 ans. Il ne peut terminer son discours car sa gorge est serrée, il est sur le point de tomber en sanglots. Plusieurs centaines de journalistes sont en bas des deux tours de la Défense. "Impossible de fumer une clope en bas"...

Que penser de tout ça ? Contrairement à ce qu'affirme Elie Cohen dans le Figaro, aussi irréel que cela puisse paraître, cette histoire est tout à fait réelle. Je ne pense pas que ce soit une histoire inventée de toutes pièces par le management Chaton pour masquer des pertes liées aux subprimes. Mais! Par contre, il est clair que la responsabilité des managers est posée. Et notamment celle de C M qui pour l'instant a réussi à sauver sa peau. Ce centralien a fait fortune à la Société Générale durant les années fastes en développant un leader mondial sur les marchés de dérivés actions. Malheureusement un géant aux pieds d'argile puisque par l'action d'un seul homme plusieurs années de profits sont effacées. Ne fallait-il pas renforcer les middles offices risques avant d'envisager toujours plus de croissance ?... Une vraie question de stratégie, pour le salarié le mieux payé de France, Figaro himself, Membre du comité exécutif, il aura perçu au titre de 2005 une rémunération globale de 11,28 millions d'euros, dont 2,11 millions de fixe. Ha ces bas salaire dans la banque. Et à 20 000 euros mois Sarko fait balayeur. Faut dire que le président chaton, tout aussi irresponsable et fonctionnaire que not Président de l'Elysée à nous, lui ne gagne que 3 millions cinq par an hors stock options Et leur Claude Guéan à eux à la Société Vénérablement Vénale il palpe, le M-L, directeur général délégué Calyon France (groupe Société générale), un fixe de 600 000 euros, et un bonus garanti de 3,4 millions d'euros que pour l'année 2005. Mais. Nous en étions à regarder de plus près la particularité de la corne d'abondance, du calice et du graal.

Donc reprenons."

mardi 29 janvier 2008

382. Les chemins qui mènent à Calaferte (VI) par Élodie Issartel

J'arrive à la Bibliothèque Nationale dans le XIIIe. Il pleut et le caillebotis est glissant. Il n'y a pas la queue aux caisses, l'ambiance est feutrée, des étudiants fument dehors. Je prends l'aile Est, direction Salle Littératures. Les pins ont grandi. L'endroit est aussi beau et silencieux que dans mes souvenirs. Je passe le portique, trouve une place, il y a l'embarras du choix, et je fonce à un poste.

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381. M.O.E.P.F.W. (12)

Nous continuons à suivre notre "Goncourt" dans ses pérégrinations planétaires. Je ne résiste pas au plaisir de mettre en ligne son dernier message. J'espère qu'il ne m'en tiendra pas rigueur.

"Cher Léo,

je t'écris de l'hôtel Talisman au Caire (où l'Ambassade de France me loge, j'aurais préféré l'Oberoi Mena House mais c'est complet).

Le Caire est la première ville qui me désarçonne. Les embouteillages y sont des chefs-d'oeuvre.

A propos de ma garde-robe: je retrouve le ticket du Pressing de la Madeleine, 12 rue de l'Arcade, 75008 Paris, téléphone 01 42 65 30 11. Accueilli par Valérie. Nombre de pièces: 16. (dont 7 tee-shirts). Numéro 45910 le 16/10/07 à 18h42...

Peux-tu sauver mes tee-shirts et les mettre dans ton coffre?

Comme prévisible, quelques phrases osées de "Trois jours chez ma mère" ont été "censurées" en arabe, malgré lui, m'a confié mon traducteur, qui se trouve être le directeur à Paris de l'Institut du Monde arabe.

Le Café Riche au Caire est fermé. Il rouvrira dans dix jours, inch'Allah. Ils annoncent que ça rouvrira dans dix jours depuis deux ans. J'ai quand même pu rentrer pour regarder. Naguib Mahfouz en avait fait son Q.G.

J'ai dîné au bord du Nil et mangé du poisson grillé pêché dans la Mer rouge.

Henri de Monfreid

lundi 28 janvier 2008

380. Journalisme littéraire & "Blogosphère".(2)

Tandis que nos scaphandriers des profondeurs blogosphériques se perdent en imprécations et invectives à propos des rapports entre la verticalité catholique et l'horizontalité du capital, je viens de voir enfin les prémices de la réalisation de mon intuition telle que j'aurais espéré la voir se concrétiser sur ce blog à propos de Kerviel. Cela vient de se passer sur France 3, dans l'émission de Taddéï, "Ce soir ou jamais".

Tandis que des centaines de journalistes dans le monde essaient de comprendre et d'expliquer, sans y parvenir, ce qui s'est passé à la Société Générale, je viens de voir et d'entendre un écrivain, un excellent écrivain (nous lui avons décerné le Prix Fémina "B" pour Cendrillon), Éric Reinhardt venir expliquer que, lui, non seulement avait compris ce qui s'était passé dans la tête de Jérôme Kerviel, mais qu'il l'avait écrit dans son livre, un an plus tôt, et qu'il suffisait de lire ce qui arrivait à Laurent Dahl, son personnage de Cendrillon pour comprendre ce qui avait pu passer par la tête de Jérôme Kerviel. Si Éric Reinhardt lit, comme je sais qu'il le fait de temps en temps, ce blog, peut-être aura-t-il, lui, envie d'écrire ce billet de journalisme littéraire que j'attends avec impatience.

379. BBC News sur la vente de livres en ligne.

"Books 'most popular online buy"

More books are sold on the internet than any other product and the number is increasing, research suggests.

Polling company Nielsen Online surveyed 26,312 people in 48 countries. 41% of internet users had bought books online, it said.

This compares with two years ago when 34% of internet users had done so.

The company said much of the increase was in emerging markets, such as South Korea and India, with British consumers in 10th place.

Nielsen says more than eight out of ten internet users purchased something in the last three months. That is a 40% increase on two years ago, to about 875 million shoppers.

GLOBAL BOOK BUYERS 1. South Korea - 58% 2. Germany - 55% 3. Austria - 54% 4. Vietnam - 54% 5. Brazil - 51% 6. Egypt - 49% 7. China - 48% 8. India - 46% 9. Taiwan - 45% 10. UK - 45% Percentage of internet users buying books online. Source: Nielsen

The largest percentage of people buying books in any country was South Korea at 58%. Nielsen estimated that equated to 18m people.

In the US, 57.5m customers were estimated to have bought books. But that only equated to 38% of internet users.

In the UK it was calculated to be 14.5m people, or 45% of those online."

L'article ne dit rien sur les ventes en France.

378. Reportage brésilien sur PanAmérica

Série d'entretiens réalisés par Laure Limongi & Emmanuel Tugny autour de PanAmérica de José Agrippino de Paula (en librairie depuis le 18 janvier). On y parle de l'œuvre elle-même mais aussi du contexte politique et culturel (la naissance du Tropicalisme) de la publication du livre. Avec Moacyr Scliar, Luis-Fernando Verissimo, Luis-Augusto Fisher, Eneas de Souza, Sergius Gonzaga, Juremir Machado da Silva & Alfredo Aquino.

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377. Les chemins qui mènent à Calaferte (V) par Élodie Issartel

Samedi 24 avril (1965) : Tout ce que j'ai produit depuis dix ans n'a rencontré aucun écho, qu'il s'agisse de Septentrion, de No Man's Land, de Mégaphonie et enfin de Satori.

Dimanche 2 mai : Apathie. Confusion. Angoisse. Dégoût. Terreur imprécise. Sentiment de ratage. Sensation de l'inutilité de poursuivre l'effort.

Louis Calaferte, Le Chemin de Sion (1956-1967)

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376. Journalisme littéraire & "Blogosphère".

La publication de la revue XXI réactive la question du rapport entre journalisme et littérature. La blogosphère littéraire ne peut être indifférente à cette question. Je reprends ici une amorce de discussion sur ce sujet prenant prétexte de l' "affaire Kerviel", née dans les commentaires du billet # 366. "Comme ça, en passant, Stalker de rien". (Vaste Blogue) du mercredi 23 janvier 2008.

  • Stalker : "Léo : faudrait que vous pensiez, comme Stubborn vient d'ailleurs de m'y faire penser, à me rétribuer au nombre de commentaires par note, un jour ou l'autre, hein, tout de même !"(27.01)
  • léo : "je serais disposé à vous "rétribuer" (modestement, mais il faut un début à tout) non pas sur le nombre de commentaires, mais sur un sujet défini par moi. Par exemple, si vous êtes en mesure d'écrire un billet dans votre style sur Jérôme Kerviel, je suis preneur."(27.01)
  • Stalker : "Kerviel ? Ah non, pas moi, désolé, il faudrait un Hawthorne (Wakefield) ou un Dostoïevski pour cela, écrire l'histoire d'un homme absolument banal dans une société (à tous les sens du terme) absolument médiocre... Une ?me grise et son oeuvre au gris en somme... Beau sujet."(27.01)
  • ferraille : "Pour l'heure, Kerviel n'est pas à lui seul un sujet digne d'intérêt : prenons garde aux fumigènes ; le vrai sujet, c'est, tout ensemble, comment fonctionnent la Banque et le marché, comment se rétribuent les banquiers, comment fonctionne le Comité exécutif de la Société générale, voire, ce qui se passe dans la tête du CEO (c'est-à-dire le président-directeur général), Bouton (un énarque, passé par le ministère des finances, Chevalier de l'Ordre de la Légion d'Honneur, Officier de l'Ordre National du Mérite, Inspecteur Général des Finances, une huile peu commune). Daniel Bouton, l'homme qui n'a pas démissionné : car tout vient du petit courtier. Ce qui doit absolument attirer l'attention, c'est l'extravagant déversement d'argent dont profitent, à tous les échelons, ces financiers. Notez : Kerviel gagnait moins de 100 000 euros par an, et il était dans le bas du panier. Un Rmiste célibataire et sans enfant touche moins de 6 000 euros par an. É tous points de vue, Kerviel n'est donc pas le sujet ; le vrai sujet, c'est de savoir comment l'argent se fabrique, se prête et se vole."(27.01)
  • léo : "Vous avez raison et il y a sans doute bien d'autres fils à tirer dans cette histoire, mais j'aimais bien l'idée de l'aborder avec "style" dans une approche "symptomatologique", je trouvais que l'affaire de ce "bouc-émissaire" s'y prêtait."(27.01)
  • ferraille : "Kerviel serait un homo sacer du dérèglement financier ? En arrière-plan, la machinerie du marché, son ébranlement aux dimensions cosmiques, comme cent mille convois ferroviaires de fret traversant les continents, cent mille porte-conteneurs sillonnant en tous sens l'océan. Le dernier filet d'humanité pénétrant le filtre à particules humaines du grand capital dématérialisé, l'erreur humaine infiltrée, en tapinois, dans l'immense phagocytage financier des ressources de la planète, ses robots, ses calculateurs, ses salles de marché informatisées, ses algorithmes, le magma de cette digestion. Ce serait lui et lui seul, solitaire Spartacus, qui aurait saboté les connections du programme. Ou bien un autre Winston Smith, pris dans l'emballement vertigineux des tripotages et tripatouillages bancaires d'un Big Brother toujours plus évanescent. Un rebelle, qui aurait soustrait à la scrutation électronique des censeurs du télécran mondial de toutes les Bourses interconnectées les actions décisives de sa rébellion. Un fou, un despérado, un terroriste, un résistant. N'importe quel idiot. Un Suicide Trader. Mais l'on se demandera aussi qui a bien pu, de cette effusion de valeur, recueillir, sur les marchés, l'épanchement inespéré ?"(28.01)
  • léo : "Oui, bien s?ur, mais aussi un spécialiste des systèmes de sécurité."(28.01)
  • ferraille : "Comme un pompier pyromane, un policier ripou, ce serait un spécialiste des systèmes de sécurité qui en serait le plus grand ennemi ?"(28.01)
  • Stalker : "Ah, je rigole toujours quand je vois un apprenti poète évoquer la finance ! Nous voici donc dans Matrix ! Tsss, c'est tout de même légèrement plus simple et... infiniment compliqué. Allons allons : sur l'argent ayant revêtu les atours jusqu'alors propriétés de Dieu, je vous conseille de lire Bloy voyons... Et puis Cendrars qui a tout dit en deux vers libres que je cite de mémoire, extraits du magnifique Les P?ques à New York : "Seigneur, la banque illuminée est comme un coffre-fort où s'est coagulé le sang de votre mort." CQFD, pas besoin de lyrisme inutile."(28.01)
  • ferraille : "Je ne suis pas un apprenti. Je suis un maître. Le lyrisme n'a jamais eu aucune utilité. Le mot "inutile" est donc inutile. Mais vous venez vous-même de la finance, je crois?"(28.01)
  • léo : " ça commence à prendre tournure. Je reprends en billet cette amorce."(28.01)

vendredi 25 janvier 2008

364. Fresh Théorie sur le site des E.L.S.

Voici quelques unes des "icônes" qui apparaissent dans la nouvelle rubrique de notre site dédiée à FRESH THÉORIE. Lorsque nous avions commencé à y réfléchir avec Mark Alizart il y a quatre ou cinq ans, nous avions envie de publier un "annuaire" à la manière des universités américaines qui aurait présenté les membres du groupe. Finalement, c'est un peu ce que nous allons pouvoir développer sur ce site, mais avec, en plus, les prolongements que permet l'internet. Ainsi, sur la page d'accueil, vous trouverez les trois livres collectifs déjà publiés, avec une fiche détaillée présentant tous les intervenants pour chaque numéro. Un écran permettant de visionner en particulier les séance de "Lundi, c'est Théorie" à l'Espace Paul Ricard et un "damier" d' "icônes" qui ouvre un "Annuaire-Blog" où chaque billet reprend la présentation des "Fresh" et permet, dans l'espace des commentaires, de dialoguer avec eux. Nous l'avons réalisé avec Tony Lesterlin et Florent Souillot en utilisant les quelques informations disponibles sur le net. Il faudra désormais faire évoluer cet "Annuaire-Blog" pour le rendre vivant.

jeudi 24 janvier 2008

370. Sampa de Caetano Veloso

Voici le texte de la chanson de Caetano Veloso, Sampa, dont parle Luis-Augusto Fisher dans la vidéo ci-dessous - je surligne le passage qui évoque PanAmérica de José Agrippino de Paula :

Alguma coisa acontece

No meu coração

Que só quando cruza a Ipiranga

E a Avenida São João

É que quando eu cheguei por aqui

Eu nada entendi

Da dura poesia concreta

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mercredi 23 janvier 2008

366. "Comme ça, en passant, Stalker de rien". (Vaste Blogue)

J'ai supprimé le très long billet que j'avais reproduit ici. J'ai été convaincu par les commentaires ci dessous. C'est un avantage appréciable de l'édition en ligne, par rapport à l'édition-papier, de pouvoir procéder ainsi.

Les suites de ce débat, chez Ygor Yanka, aujourd'hui 27 janvier 2008.

365. Le choix d'Anne-Lise MAZET de la Librairie CHRYSALIDE à Angers

Le choix des libraires com

"Choix de Anne-Lise Mazet de la librairie CHRYSALIDE à Angers.

C'est pas facile de faire des confidences... encore moins à Dieu... et encore moins sans doute à Allah quand on est une femme ! Jbara s'en moque, elle Lui parle sans ambages, sans pudeur, puisque de toutes façons Il voit tout. Tout de sa vie, de ses errances, ses erreurs...Mais au moins, elle a appris et compris que chacun est Responsable de sa vie, et elle le crie «Au lieu de se bouger, ils (les gens) attendent que Tu te bouges, Toi.» Elle, elle n'a pas attendu, elle a empoigné la vie, Sa Vie, et sans nier le «pernicieux», elle nous livre ce qu'elle a gardé de plus précieux...

Merci, Saphia Azzeddine, pour ce puissant témoignage !"

Lechoixdeslibraires.com permet de découvrir les coups de cœur des libraires, d'entendre les écrivains parler des livres, ainsi que des librairies, au micro de Patricia Martin sur France Inter. Les « Lettres à mon libraire », sont rédigées par les auteurs à l'attention de leur libraire. Des comédiens proposent également de courtes lectures.

mardi 22 janvier 2008

363. Les chemins qui mènent à Calaferte (IV) par Élodie Issartel

72 articles, du 21/03/1979 au 02/03/2007, sont répertoriés dans BPI.doc :

Le Monde, dont plusieurs articles de Pierre Drachline : « Louis Calaferte, nu et cru » à propos de Décalcomanies, et L'incarnation, (18/09/1987), « Louis Calaferte, pornographe », sur La mécanique des femmes, (24/07/1992). Les Inrockuptibles, Télérama, Libération, Le Magazine littéraire : « Puritains, s'abstenir », septembre 1992, La Quinzaine littéraireâ?¦ Je les parcours rapidement, certains sont illisibles tellement la reproduction est mauvaise. Il y a aussi des articles concernant les représentations théâtrales, notamment sur Les Mandibules, un papier de Pierre Macabru dans Le Figaro du 21/03/1973, ou sur Les Derniers Devoirs dans Télérama, le 15 mai 1996 : « Paroles insipides, gestes maladroits : même face à la mort, les personnages de Louis Calaferte errent dans la platitude. Acerbe. »

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362. À paraître : Delphine Vallette : "Les hommes préfèrent les monstres".

La presse a commencé à en parler, à sa manière. Afin d'accompagner le billet N? 357 de Mathieu Térence, son éditeur, je publie ici en ligne la présentation qui a été transmise aux représentants et aux journalistes du livre de Delphine Vallette : "Les femmes préfèrent les monstres." Melville. 207 pages 15 euros. Qui sera en librairie le 3 mars 2008.

Voici la confession de la femme qui aimait les hommes. En neuf chapitres et autant de portraits, la narratrice de ce roman plein d'humour évoque par le menu sa vie d'amoureuse, de l'enfance à l'?ge adulte. De son père au fils de son nouveau compagnon, en passant par son « ex », par le meilleur ami de son mari, par son copain chirurgien esthétique et par son gynécologue, elle dresse un état des lieux cocasse, touchant et un peu "vachard" de ceux avec qui, elle le concède, les rapports sont toujours faussés. En filigrane, se dessine le visage d'une jeune femme d'aujourd'hui qui finit par s'avouer que c'est, malgré tout, vers les hommes qui lui en font voir de toutes les couleurs que son cœur penche toujours.

L'AUTEUR : Delphine Vallette vit à Paris. Elle a une fille de 8 ans. Diplômée de l'École d'art de Cergy-Pontoise, elle est maquettiste aux P.U.F. Elle est aussi l'auteur d'albums pour la jeunesse aux éditions Toucan, notamment la série des « Praline ».

360. Sweeney Tod de Tim Burton, à Beaubourg

Adorant Tim Burton et étant fan de Johnny Deep (l'un allant d'ailleurs avec l'autre), je suis allée à l'avant-première organisée par la revue Positif, au Centre Pompidou, avec mon ami Antoine de Baecque. C'est un absolu chef d'oeuvre, associant Edward aux mains d'argent et Sleepy Allow, plus tout son univers gothique anglais du XIXe siècle. L'image (les décors sont tous réels, sans post-prod) est magnifique, l'histoire fabuleuse. "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" est une légende londonienne que plusieurs écrivains ont repris, elle est sans doute inspirée d'un fait divers réel. Succès de comédie musicale à Broadway en 1979, créé par Stephen Sondheim, Tim Burton reprend le thème à l'identique en donnant au récit sa pleine illustration poétique et sombre.

Sweeney Todd est un barbier anglais revenu, après 15 ans de bagne en Australie, condamné injustement par un juge atroce qui voulait lui piquer sa ravissante épouse. Quand il apprend qu'elle est morte, il n'a plus qu'une idée, se venger et récupérer sa fille retenue prisonnière par le juge, devenu son tuteur. Avec l'aide de Mrs Lovett, magistrale Helena Bonham Carter en personnage cupide et menteur. Tombée amoureuse de Sweeney, elle feint d'être sa complice, dans un épouvantable dispositif. La fin est oedipienne, tragique. Pourtant l'humour noir, immoral et parfois burlesque (Sacha Baron Cohen en génialissime barbier charlatan, Sinor Pirelli) alterne avec des scènes d'égorgements spectaculaires. Miss Lovett cuisine les corps des clients tués par Sweeny pour ses fameuses "pies".

Comédie musicale respectée au refrain prêt, le film est chanté par les acteurs eux-mêmes, d'une manière profonde, souvent grave ou effrayante. Esthétique baroque et fantastique, conte pour adultes enfants, romantique et subversif à la fois. La monstruosité est la même, androgyne et trouble (ici, le cannibalisme), que Charlie et la Chocolaterie où les enfants étaient plongés dans un cauchemar acidulé.

Un grand film de Tim Burton.

lundi 21 janvier 2008

358. Les chemins qui mènent à Calaferte (III) par Élodie Issartel

Mon cicérone et moi vérifions.
Il fait pivoter son écran que je puisse lire en même temps que lui et il interroge le catalogue de la bibliothèque. Sujet : Louis Calaferte, tous critères. Résultat : 61 documents. J'ai le c?ur qui bat.
' Vous voyez, il y a des choses (victorieux).
' Non, ce sont les œuvres DE Calaferte, pas les critiques.
' Si, regardez, il y a un film sur lui, Calaferte, un îlot de résistance, 1994, un film de Jean-Pierre Pauty. (Voir aussi L'Aventure intérieure, livre d'entretiens, Éd. Julliard, 1994.) Vous pouvez le consulter en 07 (arts, cinémas, sports, loisirs), nous l'avons. Bizarre, quand même, Calaferte il est connu, au moins le Septentrion.

Non. Il n'est pas si connu. Il n'y a qu'une catégorie de lecteurs de Louis Calaferte : ceux qui ont lu (ou entendu parler de) Septentrion et de La Mécanique des femmes, c'est-à-dire le Calaferte à la langue célinienne et/ou le pornographe. Très peu connaissent les écrits intimes, les fragments à l'écriture dépouillée, le Calaferte anarchiste chrétien (les Carnets, Droit de cité, L'Incarnation). Sa poésie, très peu. Ses dessins, ses collages, pas du tout. La majorité ne le connaît pas. C'est-à-dire n'a jamais entendu parler de lui. Septentrion est un livre-culte mais il est très peu acheté, Nathalie Lacroix, libraire au Comptoir des mots (239, rue des Pyrénées, 75020), confirme :
« C'est évidemment La Mécanique des femmes qui arrive en tête : 9 vendus en 2007, presque un par mois. Nous pouvons considérer que c'est un titre de fond qui "tourne" (comme disent les libraires) bien. Par contre, pour Septentrion (œuvre pourtant non moins importante), nous n'en avons vendu qu'un en 2007 et un en 2006, et c'est à peu près similaire pour les autres titres que nous avons ou avons eus. Les dernières parutions des Carnets (vol. 13, 2006, vol. 12, 2005) n'ont pas eu non plus un succès considérable : 1 ou 2 vendus à la nouveauté. Bref, si je dois faire une conclusion h?tive, Calaferte se résume un peu à La Mécanique des femmes ! (Ce qui est évidemment dommage.) »

Le monsieur du bureau 08 me dit :
' On va regarder dans Bpi-doc. (C'est-à-dire la liste des articles parus.)
Résultat : 72 références.
' Ce ne sont pas des livres mais c'est déjà ça.
' Merci.
Je fonce m'installer à un poste.

â?¦

357. Contre Saint-Cancan par Mathieu Térence

Je n'ai pas l'habitude de m'exprimer au comptoir du grand café du commerce qu'est trop souvent un blog, mais il me semble justement couler de source d'y intervenir pour cette petite mise au point.

Le 3 Mars parait chez Melville le premier roman de Delphine Vallette : 'Les femmes préfèrent les monstres'. En neuf chapitres drôles, vifs, piquants, un rien mélancoliques, une jeune femme d'aujourd'hui dessine la galerie de portraits des hommes qui ont compté dans sa vie.

J'édite ce livre avec fierté parce que je l'aime, que je trouve son ton très juste et qu'il y passe, gr?ce au grain de folie de son auteur, un vent de liberté peu ordinaire.

Or, ici et là, on commence à vouloir réduire ce livre à l'un de ses personages qui aurait été inspiré par une célébrité. Aubaine pour notre époque affamée de commérages, de soi-disant 'dessous des cartes' et qui fait mine de se pincer le nez en remettant toujours une louche de 'tripes sur la table'.

Il faut donc rappeler de simples évidences : un roman est une création. Il y entre une part de de transmutation du réel, de sublimation (je n ai pas peur du terme), de magie, qui interdit de le confondre avec une anecdote ou un fait biographique. Un certain Proust a dit avec génie qu'il ne faut pas identifier un livre à son auteur. A ma modeste mesure je voudrais que l'on se souvienne , malgré les ravages qu'a pu causer l'ère d'autofiction dans la litterature française, qu 'un livre ne peut se résumer à ce qui a pu participer à l'invention de son univers.

Nous serons tous d'accord pour prétendre que les suppléments littéraires auraient tort de 'Voicifier', et qu'ils devraient un peu plus lorgner, en ce qui concerne Delphine Vallette, vers Dorothy Parker ou la grande Sagan.

dimanche 20 janvier 2008

356. Les chemins qui mènent à Calaferte (II) par Élodie Issartel

Pour écrire la note sur le dernier tome inédit des Carnets de Louis Calaferte, Direction, je me suis renseignée. Parce que Calaferte est un écrivain majeur de la seconde moitié du XXe siècle, parce qu'il a beaucoup écrit (118 livres), et parce que je pensais qu'on avait beaucoup écrit sur lui.
Eh bien non.

Je suis allée à la BPI (Bibliothèque Publique d'Information du Centre Pompidou), temple du livre en libre accès, usine à drague et hôpital de jour. Rangée 42, sur les étagères de la section 08 Langues Littératures du deuxième étage de la bibliothèque, j'ai compté 75 livres 840 « 19 » CALA sur 130 cm (j'ai mesuré), entre Roger Caillois et Henri Calet (37 cm). Et, mis à part des entretiens, dont ceux avec Pierre Drachline, Une vie, une déflagration et sa correspondance avec Georges Piroué (2001, Éd. Hesse.), pas un livre SUR Calaferte. Je suis donc allée demander au cicérone du bureau 08 où étaient classés les livres SUR Calaferte.
' Avec ses ?uvres, comme d'habitude, me chuchote-t-il.
' Non, il n'y en a pas, lui rechuchoté-je.
' Mais si. (Il me regarde, je sais qu'il pense mais enfin depuis le temps, vous le savez !)
' Non, je vous dis.
' Si, si. Les livres critiques sont classés AVEC les ?uvres des auteurs. Il ne chuchote plus.
' Ah. Je ne les ai pas vues. J'y retourne.

Pas l'ombre de la plus petite étude sur Calaferte. Dessous, les quatre étagères de Camus en sont farcies, même Henri Calet (37 cm) a droit à un collectif d'articles publiés aux Presses Universitaires de Lyon. Après avoir vérifié les chariots du secteur, où les livres récemment consultés sont entreposés avant d'être rangés par le personnel en gants blancs (qui sait, un thésard a peut-être fait une razzia), je fonce au bureau 08.
' Il n'y a rien.
' Rien ?
' Rien.
' Elles sont peut-être en consultation. On va vérifier.

...

355. Asterix III (aux Jeux Olympiques).

En tant qu'éditeur d'"Autoportrait" de Claude Berri, il m'était difficile de ne pas situer le film produit et réalisé par son fils Thomas Langmann : "Asterix aux Jeux Olympiques". Aucun critique de cinéma n'ayant pris la peine de rappeler les racines de cette oeuvre dans la littérature latine je me permets de le faire ici.

"Tu quoque, mi fili !", qui sert de fil directeur au récit de ces multiples tentatives d'assassinat de César (Alain Delon, magistral) par son fils Brutus (Poelevoord, génial) qui, bien sœur, échouent lamentablement tout au long du film, semble issue de la biographie de César contenue dans le De viris illustribus urbis Romæ a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste) publié en 1779 par l'abbé Lhomond : « Quum Marcum Brutum, quem loco filii habebat, in se irruentem vidisset, dixit : 'Tu quoque fili mi !' » (« Quand il vit Marcus Brutus, qu'il traitait comme son fils, se précipiter sur lui, il dit : 'Toi aussi, mon fils !'

L'abbé Lhomond s'inspire de la mort de César rapportée par Suétone (Vie de César, LXXXII, 3) : « Atque ita tribus et uiginti plagis confossus est uno modo ad primum ictum gemitu sine uoce edito, etsi tradiderunt quidam Marco Bruto irruenti dixisse : καὶ Ï?ὺ Ï?έκνον. » (« Il fut ainsi percé de vingt-trois coups : au premier seulement, il poussa un gémissement, sans dire une parole. Toutefois, quelques écrivains rapportent que, voyant s'avancer contre lui Marcus Brutus, il dit en grec : 'Toi aussi, mon fils!' ».

Après Suétone, le fait est rapporté par Dion Cassius (155 - 229 ap. J.-C.) : « Î¤Î±á¿¦Ï?α μὲν Ï?á¼?ληÏ?έÏ?Ï?αÏ?α â?¢ ἢδη δέ Ï?ινεÏ? ϰαὶ á¼?ϰεá¿?νο εἶÏ?ον, á½?Ï?ι Ï?ϱὸÏ? Ï?ὸν Î?ϱοῦÏ?ον á¼°Ï?Ï?Ï?ϱῶÏ? Ï?αÏ?άξανÏ?α á¼?Ï?η â?¢ καὶ Ï?ὺ Ï?έκνον; » C'est la version la plus probable. C'est alors que Brutus lui portait un coup particulièrement violent, que César lui aurait dit : "Toi aussi, mon fils !"

Ce film, par sa cohérence narrative, est l'hommage d'un fils talentueux à l'univers impitoyable du "cinéma de papa". Nous attendons impatiemment de découvrir dans "Autoportrait II" ce qu'en écrira Claudius César Berri.

samedi 19 janvier 2008

354. La Revue Littéraire N° 33 est arrivée.

Le N?33 de La Revue Littéraire vient de revenir de l'imprimerie Laballery (58500 Clamecy). Vous pouvez le commander auprès de votre libraire. Vous pouvez également nous le commander ici en cliquant sur : "Pour recevoir La Revue Littéraire" sur la page d'accueil du site de la maison d'édition,

en remplissant le mél avec votre nom et votre adresse postale,

en précisant que vous souhaitez recevoir le N?33 au prix de 15 euros.

Vous pouvez enfin vous abonner (vous recevrez le N?33) dans les conditions suivante :

1 an / 4 numéros : 55 euros

Pour l'étranger, 1 an: 70 euros

2 ans / 8 numéros : 100 euros

Pour l'étranger, 2 ans : 130 euros

Un numéro : 15 euros.

(chèque à l'ordre des Éditions Léo Scheer)

22 rue de L'Arcade. 75008 Paris.

Tel : 01 42 66 13 89

353. "B" : Éric Chauvier : "Si l'enfant ne réagit pas" par Jean-Baptiste Scieux pour la R.L.33

Éric Chauvier : "Si l'enfant ne réagit pas". Allia. 126 pages. 6,10 euros

L'anthropologue de formation honore, nous dit-il, la commande du directeur d'un institut de placement familial. Ce dernier souhaite en effet « perturber les habitudes des salariés de l'institution, des éducateurs et des psychologues » par les « observations » de l'auteur « en leur imposant le langage d'un néophyte ». Immergé dans cet univers inconnu, Éric Chauvier, aidé d'un magnétophone numérique, brosse le portrait d'adolescents en rupture et se livre à une analyse de leurs comportements et de leurs propos, tentant de saisir l'essence des conflits qui se nouent, à travers et malgré un langage et des enjeux d'une extrême pauvreté. Mais que reste-t-il lorsqu'on sort des insultes et des clopes ? É quoi se rattacher pour pénétrer la véritable signification d'une sourde révolte ? É la voix et à ses inflexions, qu'il convient de scruter sans rel?che.

Avant d'atteindre cette étape, l'observateur doit s'intégrer au groupe. Éric Chauvier nous montre à quel point il est difficile de se positionner au sein d'une entité sans que cette présence nouvelle n'en transforme l'évolution naturelle, ne la réduise à une « simulation de vie » : « Vivre au quotidien, c'est être dans la 'vraie vie', au moyen d'expériences pleinement vécues. Étre observé revient au contraire à évoluer dans une sorte de 'laboratoire', n'éprouvant pas les situations pour ce qu'elles sont, mais pour ce que l'observateur en fera. » Ainsi, l'immersion requiert une habileté que l'auteur devra déployer avec beaucoup de professionnalisme.

Pourtant, rien n'est acquis. Le protocole, l'ordre de mission, le statut, tout concourt à légitimer la présence de l'observateur au sein du groupe, mais cela ne l'exonère pas pour autant « d'être comme tout le monde (â?¦) en assumant et dissimulant le poids de sa posture ». De là jaillissent des situations et des réflexions restituées avec humour. Éric Chauvier s'appréhende lui-même avec la distance qu'il réserve aux jeunes adolescents du centre. L'analyse de l'instance observatrice par elle-même est nimbée d'une élégante ironie ; l'euphorie des premiers instants, les formules qui se profilent et les promesses d'articles brillants sont retranscrites avec une savoureuse clairvoyance.

Très rapidement pourtant, le malaise et la nausée s'installent face à l'une des pensionnaires, Joy. Échouée au centre après une enfance broyée, une adolescence erratique, absente, égarée, cette jeune fille plonge l'auteur dans un « tumulte interne et exclusif ». Elle réveille en lui quelque chose de profondément intime. C'est à travers les gestes, les regards et les inflexions de la voix de Joy que l'auteur tente de noter l'inexprimable.

L'entreprise littéraire d'Éric Chauvier prend ainsi corps au c?ur de l'?uvre ; en scrutant Joy, mais aussi les films de Carpenter, les Sex Pistols, les tours lexicalisés, Tarkovski, Goffman, Harvey Sacks, en observant ce magma hétérogène, il fait resurgir sa vérité. Il offre à son passé une lecture claire et lumineuse. Spécialisé dans le malaise de la communication et la fin du langage, ayant pris pour sujet de thèse sa propre famille, l'auteur découvre à travers une simple commande et dans le comportement d'une enfant paumée les clefs de sa propre identité.

La plume d'Éric Chauvier confère un lyrisme singulier à l'introspection : si Joy considère la vie au centre comme une imposture, un univers de carton-p?te, l'auteur en détecte le froid dédain de la jeune fille dans ses inflexions ' plus que dans les propos eux-mêmes. Il en fait alors une représentation allégorique de son propre rapport au langage, à travers et malgré lui. Derrière, « il y a des blessures plus profondes ».

Jean-Baptiste Scieux

jeudi 17 janvier 2008

351. Le Sarkozysme est-il une monarchie ? Entretien exclusif de Patrick Rambaud avec Florent Georgesco sur Nicolas Ier pour La Revue Littéraire N°33.

Cela commence avec une question relativement anodine de Laurent Joffrin, lors de la conférence de presse du 8 janvier, sur le style monarchique du Président. Une réponse un peu condescendante, qui fait semblant d'oublier qu'une monarchie peut être élective. Un droit de suite du journaliste rendu impossible puisqu'on lui a enlevé son micro. Et c'est l'étincelle. Aujourd'hui, la question s'affiche à la "Une" du Point : Le sarkozysme est-il une monarchie ? Page 35, en exclusivité, les bonnes feuilles du prochain livre de Patrick Rambaud chez Grasset "Chroniques du règne de Nicolas Ier". On savait, depuis La Bataille que ce brillant écrivain pouvait prendre le relais des romanciers du XIXe, cette fois, c'est Saint Simon qu'il enfourche pour réaliser une chronique de la nouvelle "cour", à la manière d'André Ribaud dans le Canard enchaîné sous le règne de de Gaulle.

Florent Georgesco a réalisé un entretien exclusif à propos de ce livre qui paraîtra dans le N?33 de La Revue Littéraire, je reproduis ici le début.

Lundi 21 janvier (date symbolique), sera lancé le nouveau site de "La Couronne" (sur lequel notre cher Tony travaille dur et dont nous diffusons sur leoscheerTV la video du dîner inaugural) et en avril, paraîtra, sous le même titre une nouvelle revue de réflexion, d'histoire et de littérature sur cette question de la monarchie.

Patrick Rambaud

OFFENSES AU CHEF DE L'ÉTAT

Entretien avec Florent Georgesco

Florent Georgesco : La Chronique du règne de Nicolas Ier, que vous faites paraître ces jours-ci (Grasset), a entre autres cette particularité qu'un nom n'y apparaît jamais, celui de son personnage principal. En revanche, vous multipliez les titres, les surnoms, tous très affectueux: « Notre Bien-Aimé Monarque », « Notre Admirable Prince », « Notre Fortifiant Leader », « Notre Leader Maximum », « Notre Preste Souverain », « Notre Seigneur Adulé »...

Patrick Rambaud : C'est une chronique des six premiers mois du règne de Sarkozy, que j'ai voulue distante, vieillotte, quelque chose dans le genre de Saint-Simon. Les titres que vous avez évoqués sont un des moyens de créer cette distance. Je voulais pouvoir dire un maximum de choses sur le ton le plus léger possible. Quand Sarkozy a gagné l'élection, j'étais assez abattu, je n'avais pas le moral. Et puis un jour, chez Grasset, j'ai dit : « Il y a une chose que je pourrais faire, qui serait peut-être drôle, c'est ce que faisait André Ribaud au Canard enchaîné dans les années 60, sur de Gaulle: 'La Cour'. »

F. G. : André Ribaud à qui le livre est dédié.

P. R. : Oui, bien s?ur. Il racontait chaque semaine les péripéties du pouvoir gaullien à la manière des mémorialistes des XVIIe et XVIIIe siècles, avec un dessin de Moisan. C'était très amusant. Mes petits camarades de chez Grasset m'ont dit: « Oui oui, vas-y ! » Je me demandais s'il n'y avait pas déjà suffisamment de livres sur le président de la République, mais ils m'ont convaincu que ça pourrait détonner, et je me suis lancé.

F. G. : Je vous rassure : je n'avais encore rien lu d'aussi drôle sur Nicolas Sarkozy. On rit très souvent, avec un peu d'effarement, mais enfin on rit.

P. R. : Écoutez, j'espère. On ne s'en rend pas compte, quand on se relit, surtout au bout de la dixième lecture. Il est difficile de se faire rire soi-même. Éa ne m'est arrivé qu'une fois, quand j'ai fait ma parodie de Marguerite Duras, Virginie Q.

F. G. : C'est Marguerite Duras qui vous faisait rire...

P. R. : Je ne connais qu'une personne qui se fait rire lui-même, c'est Jean-Pierre Mocky. Quand nous travaillions ensemble, j'allais le voir le matin et je le trouvais riant tout seul devant son scénario. Il me disait: « Écoutez comme c'est bête ! » C'est très rare.

F. G. : Le livre est une sorte de défoulement par le rire, de revanche ironique sur ce que notre vibrionnant leader nous fait subir. On sent en permanence, derrière l'apparente légèreté, une profonde colère.

P. R. : Je supporte mal ce personnage, je l'avoue. J'ai horreur des gens qui sont ivres d'eux-mêmes, de leur petite personne, de leur pouvoir, et finalement d'argent. Il n'y a que l'argent qui compte pour lui, tout tourne autour de ça. Le reste, c'est du toc. On solde, on brade, tout doit disparaître.

F. G. : Vous utilisez, pour qualifier tout ce qui précède l'avènement de Nicolas Ier, l'expression « ancien régime ». Sommes-nous en train de vivre une révolution ?

P. R. : Oui, c'est un autre régime, et il ressemble de moins en moins à la République. Nous sommes en train de passer à autre chose, qui n'est pas reluisant.

F. G. : Un autre mot revient souvent, c'est celui d'empereur. Le nouveau régime qui s'ouvre, cela a déjà été dit, peut faire penser, par exemple, à celui de Napoléon III, d'abord élu président avant de devenir empereur.

P. R. : Non seulement il peut faire penser à Napoléon III, mais à Napoléon Ier. J'ai écrit il y a deux ans Le Chat botté, qui décrivait l'ascension de Bonaparte ' encore un garçon ivre de pouvoir ! É l'époque, des gens ont fait la comparaison. C'était bien avant l'élection.

F. G. : Mais Nicolas Ier pointait déjà sous Sarko.

P. R. : En même temps, les comparaisons historiques sont toujours fausses, on n'est jamais exactement devant le même phénomène. Mais il y a forcément, entre gens ivres de pouvoir, des points communs... Une chose qui rapproche Sarkozy de Napoléon III, c'est l'ouverture. Après son coup d'État, il a lui aussi travaillé avec des socialistes, des utopistes.

F. G. : C'était déjà « MM. les Transfuges », comme, dans votre livre, M. Kouchner, comte d'Orsay, M. Besson ou « le petit marquis de Benamou ».

P. R. : On trouve auprès de Louis-Napoléon, par exemple, les frères Pereire, qui ont inventé la banque populaire, ou le Père Enfantin, qui est à l'origine du percement du canal de Suez, des chemins de fer, de toutes ces choses. C'était des saint-simoniens, des socialistes. Il y a des points de ressemblance, mais il n'y a pas plus que ça. Il ne faut pas exagérer dans les comparaisons historiques...

La suite de l'entretien dans le N?33 de La Revue Littéraire, dans toutes les bonnes librairies le 1er février.

350. "B" : Nathalie Quintane sur "Civil" de Daniel Foucard

Un billet de Nathalie Quintane consacré à' "Civil'' de Daniel Foucard (dans la collection LaureLi, merci Laure), sur le site de Sitaudis! Je ne résiste pas au plaisir de le reprendre ici.

"Civil de Daniel Foucard Le dernier livre de Daniel Foucard se passe dans la tête d'un flic.

Il s'appelle Josh Modena, il a un nom de héros et son nom est répété sur la quatrième de couverture comme celui d'un héros de cinéma ou de série.

Rectification : le dernier livre de Daniel Foucard se passe dans la tête d'un instructeur de l'école de police et dans les têtes de candidats au métier de policier. Le dernier livre de Daniel Foucard se passe dans la Police, là où on aimerait bien, par les temps qui courent, comprendre ce qu'il y a (et pas de blague, type s'il y a quelque chose; évidemment, qu'il y a quelque chose dans la tête de la Police ! Il y a ce qu'un gars comme Josh Modena y met.)

Bienvenue au centre de formation de la Police nationale.

C'est la première phrase du livre; une phrase qui prend date, à n'en pas douter, au même titre que Longtemps je me suis levé de bonne heure. On ne dira plus Longtemps je me suis levé de bonne heure pour évoquer une époque et sa littérature, mais on dira Bienvenue au centre de formation de la Police nationale. Vous verrez.

Le lecteur attentif - et il faudra l'être, attentif, dans ce livre piégé, plus écossais qu'une douche, où l'on adhère à trois phrases pour se demander à la quatrième comment on a bien pu se laisser aller à ce point-là - notera la comptine en exergue : une histoire de fermière/qui allait au marché.

C'est - peut-être - une indication quant au discours de Modena, un discours qui oscille entre la rigueur implacable, ou au moins les signes d'une rigueur implacable, l'enchaînement convenu :

Un jeune est un civil. Il cherche un pays, des lois, des recours, des actes, des marges de man?uvre, des libertés, des marchés, des produits, des avantages.

qui part en couille au même rythme et d'un seul tenant :

La révolte, il s'en branle, l'obéissance, il s'en branle, le dialogue, il s'en branle.

et les mises au point, hilarantes tant qu'on ne s'aperçoit pas qu'on pourrait les prendre au pied de la lettre :

Putain, mais on est de gauche, ok ? On sert la gauche, on sert des intérêts de gauche, on milite pour la gauche, comme des fonctionnaires, compris ?

Éa ne s'arrange évidemment pas quand l'hyper-individualiste Modena cite l'individualiste Stirner. Les rares noms propres mentionnés semblent donner des indications en même temps qu'elles les brouillent.

Civil est l'un des livres qui en dit le plus (et le mieux) sur l'Etat de la République et l'état de sa langue : sous couvert de tirer systématiquement les conséquences de tel ou tel fait, de tel ou tel événement, la voix de l'Etat est d'une inconséquence rarement atteinte, comme si elle n'était plus réglée par rien d'autre que des lois circonstancielles prises au coup par coup et qui sont donc toujours à venir... s'appuyer sur un encore-à-faire, c'est s'appuyer sur du vide, sur un néant. La fin du livre de Foucard (que je ne peux absolument pas révéler !) est à ce titre remarquable."

Nathalie Quintane

mardi 15 janvier 2008

347. Pour Bertrand Delanoë.

Je n'en fais pas un secret, j'aime beaucoup Bertrand Delanoë et j'apprécie ce qu'il a entrepris pour Paris. Autant je me sens loin des débats électoraux nationaux, (je n'ai jamais voté), autant je trouve intéressantes les élections locales. Je pense que c'est à cause du poids qu'on accorde à la personne pour qui on vote lorsqu'on désigne un Maire et à la possibilité de se tenir ainsi un peu à l'écart des idéologies politiques auxquelles je suis devenu allergique. (ça date sans doute de ma formation au Bund dès l'?ge de 8 ans et à mon passage par la Fédération Anarchiste à 13)

En plus, ce dimanche, Bertrand Delanoë a envoyé un signe important en direction de ce qui nous occupe sur ce blog en proposant la création d'une Cité des arts graphiques et une Fête des mots. En précisant que sa politique culturelle passerait par la célébration du Paris littéraire, associant les bibliothèques, les thé?tres, les librairies. En annonçant que s'il était réélu, il se donnerait comme objectif de maintenir la diversité et d'aider l'implantation de commerces de proximité : «En particulier, les commerces culturels, dont les librairies, menacés dans les 5e et 6e arrondissements bénéficieront de cette intervention» (avec 63,9 millions d'euros de la SEMAEST comme moyen). Bref, je trouve que ça va dans le bon sens.

Pour ceux qui seraient surpris je voudrais ajouter ceci : je pense que nos combats se situent de plus en plus à ce niveau des municipales, là où nous pouvons agir sur les domaines qui nous intéressent. nous avons trop pris l'habitude de ne considérer que les pouvoirs nationaux ou internationaux qui "peuvent" de moins en moins (même si je trouve par exemple que la suppression de la publicité sur la télévision de service public est une très bonne idée ( je l'avais d'ailleurs défendue en 1994 dans le cadre de la Commission Campet de réforme du service public de la télévision, mais les membres de la Commission m'avaient regardé à l'époque comme un mec un peu dérangé). Je trouve que les écrivains, les créateurs, les artistes, tous ceux qui se sentent concernés par les enjeux des politiques dites "culturelles" devraient s'engager là, redevenir un vrai groupe de pression, concentrer leur capacité d'influence sur ces enjeux bien réels : les librairies, les cinémas, les thé?tres, les bibliothèques, les salles de concerts, les media, l'internet etc quand je pense à ce qu'une ville comme Paris pourrait faire dans ces domaines, ça me redonnerait presque envie de refaire de la politique.

lundi 14 janvier 2008

346. Le XXI siècle va s'écrire comme un roman.

Cette phrase conclue la bande annonce de XXI (vingt et un), la nouvelle revue qui sera mise en vente le 17 janvier dans les librairies. Michaël Neuman, le responsable du "blog de 21" a mis en ligne cette vidéo de présentation qui décrit parfaitement ce nouvel objet et en situe l'ambition.

"A l'origine, (nous dit une jolie voix féminine), il y a une rencontre : un éditeur indépendant : Laurent Beccaria et un grand-reporter : Patrick de Saint-Exupéry. Ensemble, ils ont voulu le meilleur du journalisme et le meilleur de l'édition. Le résultat s'appelle XXI. 200 pages inscrites dans le réel, traversant tous les genres et rassemblant tous les talents. Chaque trimestre, XXI entraîne les lecteur à leurs côtés pour comprendre le monde."

Combien de fois, en vingt ans, ai-je entendu les meilleurs professionnels évoquer un tel projet, dont tout le monde sait qu'il est ce qui nous manque aujourd'hui, dans les kiosques ou dans les librairies. Combien de montages laborieux qui invariablement se terminaient avant même d'avoir commencé. Hé bien, cette fois, c'est fait, ça existe, et c'est remarquable. Vous pouvez, pour vous en convaincre, acheter ce N?1 dès le 17 janvier, vous ne risquez rien, ce sera de toutes façons un colector, ne serait-ce que pour lire l'article d'Emmanuel Carrère, (dont on nous dit qu'il fut le premier à répondre présent) génial portrait d'Édouard Limonov, délinquant juvénile en Ukraine, poète underground sous Brejnev, loser magnifique à New York, romancier un temps adoubé par Saint Germain des Prés, mercenaire en Serbie, chef de parti emprisonné sous Poutine. Et pour aller plus loin, Emmanuel vous offre une bibgliographie suggestive sur ce "dernier des possédés".

345. Entretien avec Nicolas Jones-Gorlin

Quelqu'un, je ne sais plus qui (pardon), se plaignait dans un commentaire de notre propension à parler ici de Saphia Azzeddine au détriment de nos autres auteurs ; il y voyait le signe de Dieu sait quelles turpitudes. Quant à celles-ci, je ne suis pas juge, mais cette idée de favoritisme n'a aucun sens. Chaque livre possède son moyen propre de trouver ses lecteurs, et doit être défendu d'une manière spécifique.
Confidences à Allah a dès sa sortie suscité un début de buzz sur internet, dont la tonalité était polémique, passionnée en tout cas, ses partisans (votre serviteur, par exemple) l'étant avec autant d'acharnement que ses contempteurs (la brigade Wrath-Beaujean, entre autres). Notre intérêt, notre devoir (certains faits étant à rétablir) et notre go?t étaient d'y prendre part, d'essayer d'enrichir le débat, de le prolonger - le plus loin possible de certaines idées préconçues ou trop rapidement formées. Quel autre parti pris y aurait-il là-dedans, que celui de défendre nos auteurs où et quand s'impose la nécessité de le faire ?
Pendant ce temps, le roman de Nicolas Jones-Gorlin, Mérovée, faisait l'objet de premiers articles, en particulier un grand papier très élogieux dans Paris Match la veille de sa sortie (voyez la revue de presse, qui sera bientôt complétée), lancement que j'aurais dit inespéré si je n'avais toujours cru qu'un roman aussi fort ne pouvait que retenir l'attention. Il la retient d'autant plus, en l'occurrence, que la presse (et, semble-t-il, le public) n'a pas oublié le tapage que connut le précédent roman de Nicolas, Rose Bonbon, et qu'elle attendait, depuis cinq ans, de voir ce que pourrait bien écrire désormais un aussi singulier écrivain, qui fut si singulièrement traité. Le terrain propre de Mérovée était donc différent. Il pouvait avoir d'emblée une place dans la presse ; il était moins urgent qu'il en prît une sur les blogs.
Mais à terme, ces deux courants, qui demeurent parallèles, doivent se rejoindre. C'est une des choses à quoi nous travaillons sur ce blog, il me semble. Saphia sera repérée par la critique, je n'ai guère de doutes sur ce point, et Nicolas se fera une place sur internet. Cela, pour tout dire, a déjà commencé, et en voici un premier élément : l'excellente interview réalisée par Nicolas Cauchy pour son site auteur.tv, qui vient compléter celle réalisée pour nous par Dahlia.


344. La revue Littéraire N° 33 bientôt en librairie.

343. "B". Jérôme Garcin : "Son excellence, monsieur mon ami" par Florent Georgesco pour la R.L.33.

Jérôme Garcin : "Son excellence, monsieur mon ami" Gallimard, 208 pages, 16 euros

Je me souviens très bien de François-Régis Bastide. Comment, quand on a eu 20 ans dans les années 80, aurait-on échappé à cette figure aristocratique, proustienne, glissée comme par mégarde, croyions-nous alors, dans les arcanes du mitterrandisme ? Ambassadeur, manière de conseiller plus ou moins occulte, homme de radio, essayiste (dont, pour peu qu'on s'intéress?t à Saint-Simon, on ne pouvait ignorer la brillante petite monographie qu'il lui consacra dans la collection « Écrivains de toujours »), romancier (la phrase musicale, lancinante, de l'émouvant Homme au désir d'amour lointain reste dans l'oreille longtemps après qu'on l'a lu), c'était, dans le paysage de ce temps, un monument peut-être un peu isolé, et passablement insolite, mais incontestable. Que penseriez-vous si, un matin, traversant l'île de la Cité, vous tombiez sur un bosquet d'arbustes recouvrant les ruines de Notre-Dame ? J'ai été triste, en ouvrant le nouveau livre de Jérôme Garcin, de comprendre qu'il l'avait écrit parce que son ami était mort depuis dix ans, parce qu'il s'enfonce dans l'oubli, parce qu'à vrai dire nous sommes, lui et moi, parmi les derniers à le distinguer encore à l'horizon. En dix ans François-Régis Bastide a eu le temps non seulement de mourir, mais de disparaître. Les monuments humains s'effacent d'un coup et ne laissent pas de ruines.
Son excellence, monsieur mon ami est ainsi l'accomplissement d'un devoir mélancolique, une tentative désabusée de réveiller la mémoire d'un homme ayant sans doute trop appartenu aux époques où il déploya ses multiples talents pour leur survivre. Un tel exercice aurait pu achever de rendre mon humeur morose. Par chance, il se passe, au fil des chapitres, un petit miracle, qui est que, plus l'auteur avance dans ses souvenirs, plus ceux-ci se font vivants, proches, présents. Une vie nous apparaît, avec ses hasards, ses succès, ses chagrins, avec tout l'attirail de bonheur et de malheur, d'aventures et d'échecs, ce flux et reflux irrépressible qui fait de toute vie quelque chose de captivant, qu'on ne se lasse pas de raconter. Savoir que le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste (Pascal est, sur ce point, indépassable) n'y change rien ; le plaisir de l'évocation l'emporte. La mélancolie ne cède bien s?ur pas la place pour autant, mais la réussite de Jérôme Garcin est de l'avoir dissimulée à demi, d'en faire un motif caché, qu'il laisse apparaître par de brèves notations, puis enfouit de nouveau, et qui revient. Son livre a le rythme d'une méditation à la fois sereine et inquiète, dans laquelle le lecteur, séduit par cet art pudique, entre peu à peu. Et de même que l'auteur, pour avoir succédé à François-Régis Bastide à la tête du « Masque et la Plume », semble se demander, en arrière de son texte, s'il lui succèdera dans l'oubli, de même le lecteur s'aperçoit enfin, le c?ur légèrement serré, qu'on lui a tendu, dans les deux cents pages d'un livre délicat et secret, un miroir.

Florent Georgesco

dimanche 13 janvier 2008

342. "B" : Cyril Montana : "La faute à Mick Jagger" par Marion Prigent pour la R.L.33

Cyril Montana : "La Faute à Mick Jagger" Le Dilettante, 224 pages, 17 euros

Mousse est une baba cool, elle appartient à cette génération beatnik qui est en quête d'ailleurs. Trente ans plus tard, elle se nourrit de yaourts et de citrons, est habitée par l'esprit de Mick Jagger, « dieu de l'amour et de la destruction », et cherche à se libérer de l'esprit de Demis Roussos qui parasite ses ondes télépathiques. Elle disparaît régulièrement pour s'adonner à des bains d'algue clandestins dans des baignoires d'hôtels, jusqu'à ce que Simon soit prié de venir la chercher et de payer la note.
Simon, c'est le fils de Mousse. Il est hypersensible. On le voit ainsi s'émouvoir à Oradour-sur-Glane ou se passionner pour les documentaires animaliers. Viennent s'ajouter à toutes ces émotions une fiancée hystérique et suicidaire, sans compter la mère hippie en perdition. Trente ans plus tôt, celle-ci avait décidé de prendre la route. Simon avait d'abord atterri chez sa grand-mère, qui se passionnait pour Marcel Amont, le patinage artistique à la télé et le chauffage centralisé au sol. Puis son père, tout aussi bab que la mère, le ballotta de ferme-garderie beatnik du Morvan en maison glauque du Luberon où défilaient « intellectuels révolutionnaires » et autres « clochards célestes ». Enfin, Paris où il se retrouva à partager une chambre lugubre avec un père drogué et malade. Simon aussi est en quête d'ailleurs : il rêve de normalité, des surprises de Pif Gadget, de lunettes et d'appareil dentaire. Il adore les HLM neufs et De Funès. Sa réalité est tout autre. Son père préfère Dewaere à Gabin, Gainsbourg à Joe Dassin.
É travers le regard de Simon, ce sont deux époques qui sont évoquées, tour à tour, au fil d'anecdotes, souvenirs et menus événements. De cette narration rompue entre distance et présence, hachée entre le passé et le présent, naît un récit drôle, coloré, acide, électrique, tendre, quelquefois poétique. Chaque chapitre se présente comme un plan-séquence, un îlot, un arrêt sur image. Mais ces bouts de temps suspendus, reliés les uns aux autres, prennent sens, se répondent et font progresser le récit. Simon plante le décor de son enfance et nous livre parallèlement sa vie d'adulte. Deux époques distinctes, mais qui juxtaposées finissent par s'entrechoquer. Simon c'est ça : le résultat de cette confrontation, un peu désordonné, pas mal dérouté.
L'écriture est vive et précise, elle trace une suite de portraits ou de situations pittoresques et imagés. Bien plus que l'histoire en elle-même, ce sont le ton et la construction qui captent notre attention. Le récit est léger, désaccordé, rythmé, souvent fantasque. Chaque personnage englobe un univers fait de couleurs, de sons, d'objets. Chaque portrait, chaque moment est un saut dans une époque, dans un décor, dans une ambiance. Cyril Montana nous transporte dans un univers très romanesque, version 70's et nouveau millénaire : péripéties dérisoires et décalées. En somme, le récit de deux générations un peu dépassées par le monde et sa réalité. Tout cela fait de La Faute à Mick Jagger un livre original, drôle et captivant. Le titre est déjà un appel à la lecture, il attise notre curiosité et nous promet un récit déjanté et amer. Ce ton persiste au fil des pages, de plus en plus délectable, pour peu que le lecteur soit, lui aussi, en quête d'ailleurs.

Marion Prigent

Ndrl : Un article de Clarabel.

samedi 12 janvier 2008

341. Les chemins qui mènent à Calaferte (I) par Élodie Issartel pour la R.L.33

Louis Calaferte : Direction, Carnets XIV. 1992. Gallimard. Coll. « L'Arpenteur » 199 pages, 25 euros

« Ah ! les volumes de Carnets, il y en a je ne sais combien. Dix ou quinze à paraître. Ah ! Vous n'avez pas fini de me supporter. Même quand je serai mort. Vous verrezâ?¦ Si je trouve un vicieux pour m'éditer, vous verrezâ?¦ Vous m'aurez sur le dos pour un moment. » Louis Calaferte, France Culture, 1988.

Commencés en 1956, parallèlement à l'écriture de Septentrion, ils sont quatorze, et Gérard Bourgadier a eu le vice de les publier. Comme dans les précédents Carnets, Calaferte consigne, au jour le jour, et sans ratures, les pensées qui le traversent, creuse le sillon d'une thématique depuis longtemps définie : la foi et l'esthétique, et entrecoupe ses réflexions d'impressions sur G. (sa compagne), sa maison, ses chiennes, ses fleurs, la jeune Virginie qui vient faire ses devoirs, la lumière, les événements politiques de l'année 1992, ses souvenirs et ses rêves. Loin des débordements baroques et lyriques de Septentrion, dans un style épuré qui rappelle la concision d'un La Rochefoucauld (qu'il trouve comme Léautaud trop bavard), ces éphémérides nous livrent les ultimes « états d'être » de cet entomologiste pornographe, anarchiste et mystique. Ces thèmes, réactivés de manière cyclique, aboutissent à l'aphorisme, épure souvent remise sur le métier quelques pages plus loin, quelques jours plus tard, car nous sommes dans la tête de l'écrivain, au sein d'une pensée en train de s'élaborer, suivant une Direction trouvée dès l'adolescence.
Malade d'une maladie qui ne sera jamais nommée, retiré dans sa petite maison près de Dijon, dont le « jardin lui enseigne la réalité du Ciel métaphysique », Calaferte « l'Isolé » n'en reste pas moins l'homme révolté qu'il fut toute sa vie. En témoignent ses réjouissantes détestations à l'égard d'auteurs, dont Claudel, le détesté, « l'imbécile conventionnel Claudel, trouillard à la cervelle racornie, bourgeois frileux derrière le rempart de son argent » : « Le style de Claudel c'est du pl?tre. » Et de quelques autres, dont Boileau, qui fait les frais d'une anecdote assassine. Maupassant, qui incarne à ses yeux « ce qui est le fondement de l'esprit français, ou plutôt la tournure d'esprit d'une fraction de ce peuple, porté à la fois à l'abaissement, à la réduction, à l'épaisseur de l'immédiat. Peuple où toute allusion sexuelle fait rire. » Hugo, « l'inventeur du faux en poésie ». Aux écrivains du XIXe siècle qui « se sont tranquillement bornés à agencer leurs histoires, faisant de la littérature, au lieu d'un instrument d'investigation psychique ou de questionnement, un élément de la catégorie décorative », il préfère « les écrivains de l'angoisse » : Tolstoï, le préféré, avec « ses irremplaçables, ses émouvants élans de joie intérieure », Novalis, Valéry, Pessoa, Léon Bloy, Emily Dickinsonâ?¦ et Diderot, qu'il classe dans son catalogue personnel dans les « inépuisables ».« Il n'y a d'?uvre que s'il y a contestation. »
Louis Calaferte ne se veut pas romancier : il a réduit le narratif et atténué le descripif contre le roman, « cette bouillie hybride », au profit du fragment, la « seule façon d'envisager l'acte d'écrire », expérimenté dans L'Incarnation et La Mécanique des femmes (publié cette même année et fraîchement accueilli par la critique). Mais Calaferte le censuré, f?ché depuis toujours avec le monde littéraire parisien, s'en accommode parfaitement puisque «la littérature est faite pour susciter des problèmes».
« Cette année, annonce-t-il, sera celle de mes soixante-quatre ans : j'ai en projet d'exploser de poésie. » Pour Louis Calaferte, « la poésie est ligne claire ' voie droite » et participe à la mystique d'un auteur qui, dès Le Chemin de Sion, ses premiers Carnets (1956-1967), affirme sa conversion à la foi et voit le monde comme « un accompli métaphysique », bien qu'« imprégné de pauvreté catholique ». « Hors de l'Église, écrit-il, l'engagement religieux est participation à l'éclaircissement de la destinée humaine. » L'anarchisme de Calaferte est en effet double : celui de la haine des corps politiques, militaires et cléricaux, considérés comme des tueurs, et celui de « la voie anarchiste », c'est-à-dire « la voie chrétienne débarrassée des dogmes aveugles des Églises, de l'impérialisme des hommes ». Ainsi, pour ce desperado de Dieu, la poésie, « isolement de l'essentiel », est considérée comme le niveau de « la plus haute spiritualité où (Dieu) intervient dans notre circulation intime, nous livrant des signes que nous ne comprenons pas toujours, mais dont l'extérieur sera touché, car le poétique est signification infraconsciente, c'est-à-dire distorsion du réel ». L'?me poétique doit être « susceptible de saisissement du fugace et de fixation du grave », à l'image de ses Carnets alternant émerveillements quotidiens et réflexions métaphysiques débarrassées de ce divertissement qu'est la morale (Pascal n'étant jamais très loin).
Pour comprendre le titre de ces Carnets, le retour à l'étymologie du mot direction (à la manière du retour de l'écrivain à l'Église primitive) est éclairant. Si l'on déleste le terme de son sens figuré (directive, fonction d'un directeur de conscience), pour ne conserver que celui du latin directio, c'est-à-dire « orientation », « ligne droite », on comprend la cohérence d'un projet défini dès l'adolescence comme (con)vocation littéraire, direction imposée et distinction, suivant une « ligne essentielle (â?¦) celle de la Force métaphysique », au moyen de la Poésie, « Voie droite » par excellence.
De Chemin de Sion à Direction, Calaferte n'a jamais forligné. Car, écrit-il le dimanche 27 décembre 1992 en conclusion des Carnets : « Le Poète se plante ainsi au Centre de la Vie. Il nous parle et nous écoutons. Sa parole est celle de l'?me. »

Élodie Issartel

339. Pupille fixe sans ciller

Je viens de trouver, un peu par hasard, sur Internet, cette photo de José Agrippino de Paula datant de 1967, lorsqu'il avait 30 ans, à la sortie de PanAmérica, au Brésil (collection particulière Mari Stockler). C'est une image qui me fascine, au sens premier : arrête le mouvement, fige. L'intensité de son regard, on la retrouve dans son écriture ' allez-y voir. Mais justement, le mystère, pour moi, c'est cette présence, flagrante, au monde, cette vie criante, et son choix de s'être retiré du monde jusqu'à la fin de ses jours. De sorte que ce regard-là, rétrospectivement, José Agrippino de Paula ayant vécu la vie qu'il a vécu, je ne peux l'interpréter que comme une façon de creuser le vide, un vide exponentiel, entre le « je » et le « monde », de tenir en respect les corps, l'Histoire, le cours des choses, le Progrès qui n'a plus qu'à passer comme le fleuve, au loin, sans que l'on s'en soucie davantage. Sa pupille est un vortex visionnaire qui, de vagues pop en tourbillons psychédéliques, a clos les volets du réel sur une méditation peuplée de super-héros humains, trop humains.

vendredi 11 janvier 2008

338. "B" : Laurence Tardieu : "Rêve d'amour" par Anne Procureur pour la R.L.33

Laurence Tardieu : "Rêve d'amour" Stock 162 pages, 15,50 euros

Début décembre, un jour de pluie froide, au musée d'Art Moderne. Une affiche sur un mur du métro m'a poussée à m'y rendre : le portrait au regard sombre d'une femme inconnue. L'exposition présente l'?uvre oubliée d'une peintre finlandaise, Helene Schjerfbeck (1862-1946), et c'est son autoportrait qui a retenu mon attention. Avec les autres visiteurs étrangement silencieux, je partage la sourde mélancolie qui se dégage de ces toiles : maisons isolées dans la brume, personnes seules, immobiles et pensives et puis les autoportraits si inquiets de la vie, puisque rien ne dure. Cette émouvante exposition fait écho à ma lecture du moment, le roman de Laurence Tardieu, Rêve d'amour, qui suscite chez moi une certaine tristesse et un vif plaisir de lecture.
Dans son précédent livre, Laurence Tardieu décrivait avec justesse le désarroi des êtres face à la disparition d'un être aimé. Dans Rêve d'amour, écrit à la première personne, une jeune femme tente de découvrir qui était sa mère morte beaucoup trop tôt. Son père, muré dans le silence, ne raconte rien, le passé est figé, aplat de couleurs sombres. Avant son dernier souffle, il lui dira que sa mère a aimé un autre homme et lui donne son nom. Elle part à sa recherche, besoin de savoirâ?¦
« Nous sommes le 21 juillet 2006. Il est vingt heures. Je m'appelle Alice Grangé. J'ai trente ans. Gérard Oury est mort hier. Tout cela est certain. Vérifiable. Le réel. Je marche vers un homme que je ne connais pas. Éa encore, le réel. Cet homme a aimé ma mère. (â?¦) Les choses les plus importantes sont-elles celles que l'on sait, ou celles que l'on cherche ? Je m'appelle Alice Grangé. J'ai trente ans. Je cherche ma mère. »
Laurence Tardieu est, avec ses mots, comme un peintre, elle avance par touches, par couleurs. C'est comme la peinture de cette Finlandaise : des vides magnifiques, des espaces lourds de sens, peu de personnages, on est si seul parfoisâ?¦ Son héroïne cherche une vérité, car elle est persuadée que cela lui permettra tout simplement de vivre. Laurence Tardieu est tout à fait en empathie avec son personnage et son style rythmé nous fait vivre au plus près la quête d'une vie paisible. « Je n'ai pas envie de lutter, comme c'est bon, le corps qui tombe, je crois que je souris, je n'ai plus froid, le drap est doux, je me sens bien. »
Laurence Tardieu devrait voir cette exposition, elle semble avoir la même écoute du monde et de ses chagrins. Mais à la différence d'Helene Schjerfbeck, elle choisit de croire, pour ses personnages, qu'il y a de l'espoir. Et l'émotion n'en est pas moins présente.

Anne Procureur

jeudi 10 janvier 2008

334. Antoni Casas Ros et les "Nouveaux blessés".

Reprenant le très aimable commentaire de Ron : "Ce blog est franchement incroyable car il humanise l'édition" je me dis qu'il peut y être intéressant de suivre ce qui trotte dans ma tête d'éditeur et peut finalement aboutir à la publication. J'avais, par exemple, commencé ici l'analyse du dernier livre de Catherine Malabou : Les Nouveaux blessés dont j'ai terminé la lecture à Venise et qui va se prolonger par un livre que je publierai bientôt dans Variations sur la "plasticité destructrice" développant le thème de la "disparition" de l'auteur dans le processus d'écriture littéraire. J'essayais d'approfondir ce sujet lorsque je découvre Antoni Casas Ros qui, dans "Le Théorème d'Almodovar" me semble le rejoindre parfaitement cette ligne de réflexion. Je viens de découvrir qu'il écrit des nouvelles qui retracent cette expérience. Je trouve cela particulièrement excitant.

Nous allons donc publier une série de nouvelles de Antoni Casas Ros dans les prochains numéros de La Revue Littéraire. J'en présente une ici (BLANCHEUR) accompagnée du texte de son interview pour Seix Barral. Dans cet entretien, l'auteur du Théorème d'Almodovar dit : "...le fait de ne pas avoir de vie sociale m'a poussé vers les grands textes autobiographiques et à me poser la question: qu'est-ce qu'une vie? Ne pouvant la trouver dans une succession de faits, j'ai été obligé de la chercher ailleurs, dans l'infime, dans le détail, dans ce que les autres ne voyaient pas. Je n'osais pas vraiment écrire, j'avais trop de révérence pour Juarroz, Saramago, Carpentier, Sabato, Lima, Bolano, Vila-Matas, Haruki Murakami, Fresán et bien d'autres mais j'avais la nécessité de faire mienne une partie du monde que je voyais. J'avais aussi le désir d'aiguiser mes sens et ma perception par le contact avec l'infime pour ne pas sombrer dans le désespoir. C'est comme ça que j'ai commencé 'Muerte al romantism', une série de textes très courts que je considérais comme un carnet de croquis, un apprentissage de l'écriture mais surtout comme une manière de diriger toute ma sensibilité tournée jusqu'alors vers le désespoir vers quelque chose de plus créatif : l'écriture. Il y avait des règles précises: un évènement infime, une page, pas d'histoire ou presque. Mon premier texte par exemple est né de la fascination pour un peu de sucre renversé sur la table de verre d'un café. J'ai observé que les grains de sucre n'étaient pas ronds du tout mais avaient les formes les plus variées. Ce sont ces textes qui peu à peu m'ont recollés à la vie."

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mercredi 9 janvier 2008

335. "B" Nicolas Jones-Gorlin : "Mérovée" par A.D. pour "J'irai cracher sur vos blogs".

La banlieue, c'est mo-rose?

Une banlieue parisienne, de nos jours. Une banlieue poisseuse, où l'on ne peut rien attendre de la vie. Les commerces de proximité ont baissé le rideau. Les bus ne s'y aventurent plus après dix-huit heures. On y boit jusqu'à la lie le calice des jours sans but. On casse du flic, aussi.

Les flics, parlons-en. Pas des anges. Un commissaire carriériste, obnubilé par les statistiques. Des beaufs qui se prennent pour l'inspecteur Harry, ou attendent la relève sans remuer une seule phalange.

Une banlieue ? Un péril permanent. Éa peut craquer à tout moment. D'ailleurs, les personnages sont déjà en passe d'être rayés de la carte. Ils n'ont même pas de nom de famille, juste une initiale, interchangeable.

A quoi se raccrocher, quand on est un jeune flic, quand on débarque du Limousin ?

Scène d'ouverture : Jean, le « bleu », a vendu son ?me à quelques collègues. Les seuls qui ont pris de ses nouvelles après une agression. Des durs, suintant le racisme, loi du Talion en bandoulière. Il les a rejoints au sein du Groupe Mérovée, une sorte de police parallèle qui règle son compte aux racailles - mais après le service, en cagoules, arme (au numéro de série limé) au poing, parce que la justice ne passe pas assez vite à leur go?t. Mais voilà, lors d'une de leurs expéditions punitives, Jean tombe amoureux d'un témoin gênant. Qu'il laisse filer. Et prend le risque de revoir.

Une histoire d'amour entre un Rachid et un Jean, entre un beur des cités un brin voyou et un flic débutant pas très clair, est-ce bien raisonnable ? Oui, quand c'est écrit par Nicolas Jones-Gorlin. Pas de poncifs pathétiques sur les gays, la police, les jeunes de banlieue, la misère sociale, l'embrasement des "quartiers". Des phrases brutes, coupantes. Un vrai sens du rythme. Et surtout pas de manichéisme. La lumière et les ténèbres, Roméo et Mérovée se donnant la main tout en se roulant une pelle. Un livre vif, br?lant, violent, captivant. Apre et juste. Un grand livre. Qui marque aussi, saluons-le, le retour aux affaires de Nicolas Jones-Gorlin, cinq ans après Rose bonbon.

Par A.D. le 09 janvier 2008 (N.J.G.)

333. "B" Pascal Garnier : "La théorie du Panda" par Florence Xueref pour la R.L.33

Pascal Garnier : "La Théorie du panda" Zulma, 224 pages, 16,50 euros

Nommer le protagoniste d'un roman par l'unique mention de « Gabriel », cela n'échappera à personne, ça sent le sapin ! (Excusez le jeu de mot peu élégant mais qui a l'avantage d'être de saison.)
Gabriel échoit « un dimanche d'octobre » dans la gare d'un village breton. D'où vient-il, qui est-il, que cherche-t-il ? Ce n'est que fort tard dans le roman que nous pourrons deviner les contours de ce personnage.
Du début à la fin, le récit semble progresser au hasard. Gabriel avance sur un chemin qui se déroule sous ses pas. Gabriel s'immisce dans la vie des gens qu'il rencontre sans faire de bruit, comme s'il avait toujours été là, à moins que ce soit son occupation, son emploi, d'entrer, de saluer, d'être aimable, de se rendre utile, parfois même indispensable. Pour autant, Gabriel ne porte pas de véritable message comme son illustre homonyme.
Un de ses appeaux les plus séduisants pour entrer dans la vie des gens qu'il rencontre, c'est l'usage de ses talents de cuistot. Oui, curieuse mise en situation ! Plusieurs épisodes montrent notre Gabriel, si peu généreux dans le dévoilement de son moi profond, proposer spontanément de mijoter un met, dont les détails de la description, pour le coup, figurent à foison.
Gabriel est là, désintéressé, il écoute les autres confier leurs soucis quotidiens et élude toutes les questions quant à son passé. Un mystère auréole ce personnage au caractère relativement plat jusqu'au moment où l'auteur « entrelarde » son texte de courts récits proleptiques signalés par une différenciation d'ordre typographique.
Le premier de ces récits ressemble plus à la narration d'un cauchemar fantasque, ceux qui suivront dévoileront des pans, parfois traumatisants, de l'existence passée de Gabriel.
En réalité, Gabriel souffre, sans rien laisser paraître ; il s'abreuve, comme d'un antidote, des souffrances de Madeleine, José, Marco ou Rita, et tente du mieux qu'il peut, et souvent avec succès, d'adoucir leurs peines.
Le jeu des ellipses conforte les réticences du texte à dessiner les complexités des personnalités et les perspectives des scènes, l'auteur misant sans doute sur les déductions qui s'imposeront au lecteur. On pourra bien s?ur en déplorer les risques qu'elles font encourir au texte qui s'en trouve quelque peu décousu, ou pis, le lecteur s'étonnant parfois des relations dissonantes qu'entretiennent les personnages entre eux.
Reste ce titre curieux ! La Théorie du panda. Il y a bien ce « monstrueux panda en peluche, (â?¦), cette chose noire et blanche qui lui tend les bras en souriant » (page 35), que Gabriel remporte à une fête foraine en début de roman. Impassible, le sourire béat immuablement collé au visage, la peluche tranche avec toutes les situations dont il est le témoin. Le plantigrade, mis comme en vitrine, contemple les existences des habitants du village qui s'écoulent sous ses yeux cernés, les destins se croiser, les drames se fabriquer et se noyer dans l'ordinaire.

Florence Xueref

mardi 8 janvier 2008

332. Entretien avec Saphia Azzeddine

Confidences à Allah, sorti vendredi, a largement fait la preuve de sa capacité à délier les langues (ici même entre autres). J'admire la rapidité de certains lecteurs, qui en parlent déjà fort doctement. Mais il se peut qu'au milieu de tant de passion pour la littérature quelques préjugés se soient glissés. Outre le traitement radical consistant à acheter ce livre, je recommande de regarder l'entretien que Saphia m'a accordé, dans lequel elle exprime très clairement les intentions qui l'ont menée jusqu'à cette publication, et raconte l'aventure réelle de son écriture. La réalité, ce n'est pas toujours désagréable, vous verrez.

331. "B" : Yann Moix : "Mort et vie d'Édith Stein" par Ulysse Korolitski pour la R.L.33

Yann Moix : "Mort et vie d'Edith Stein" Grasset, 192 pages, 14,90 euros

Yann Moix n'est pas un saint. Les portes de la postérité lui sont-elles pour autant fermées ? Celle-ci lui fera-t-elle payer ses chroniques chez Christophe Dechavanne et le succès de son film ? Que restera-t-il de lui après lui ? S'il ne se pose pas directement la question dans son dernier livre, on peut supposer qu'elle ne lui est pas, comme pour nous tous, indifférente. Consacré à Edith Stein, élève de Husserl, philosophe, juive, convertie au catholicisme, carmélite, gazée en 1942, l'ouvrage l'est aussi à l'auteur, et surtout à son ?uvre. Les indices sont discrets, mais ils existent. Dans l'épigraphe tout d'abord : « (â?¦) Mort et vie d'Edith Stein est-il le tome 2 d'Anissa Corto ?) », comme si de Mort et vie d'Edith Stein à Anissa Corto, il fallait passer sur Panthéon, Partouz et Podium. É la deuxième page ensuite : « Le temps passé, toutes les durées entassées, m'obligent à reconnaître ceci : parler d'Amour est mon unique passion. Et la seule chose chez moi qui ne soit pas à vendre. » Pages 42 et 43 enfin, un simple clin d'?il : « Quand tu te lèves le matin, lecteur, tu sais que tu ressembles : à. Que plus ou moins, tu es le sosie : de. »
Au-delà de la question de la sainteté, de celle, difficile, de la conversion des juifs au catholicisme (si l'on naît juif, peut-on cesser de l'être ?), se pose ici celle de l'accès à la postérité, l'immortalité ou l'éternité. On peut peut-être devenir immortel, mais pas éternel : si on l'est, c'est qu'on l'a toujours été. Les saints, pour notre auteur, sont pourtant devenus éternels par leur vie faite ?uvre, les écrivains, eux, en tant qu'écrivains, peuvent essayer de devenir immortels, par leurs ?uvres. Les procès d'intention sont les plus faciles à gagner, et l'on ne peut réfréner l'envie, avant d'ouvrir son livre, d'en intenter un à Yann Moix, coupable d'avoir cherché à s'octroyer malignement un supplément d'?me. Mais qu'un écrivain et réalisateur à succès, compromis et inquiet de l'être, s'interroge sur le destin d'une sainte, est aussi le meilleur moyen de poser ces questions toutes ensemble. La compromission et la damnation supposées de l'auteur sont en réalité les conditions de possibilité du livre.
Ces questions sont difficiles, et elles sont posées de façon profonde dans le livre, où il nous est montré comment Edith Stein s'approprie sa vie en la transformant, exprime sa générosité en s'isolant au Carmel (absorber en elle, et pour les autres, le bruit du monde), concilie, après bien des errements, son intelligence et sa foi, son catholicisme et son judaïsme. Et à l'horizon de ces contradictions affrontées, toujours la question : comment nos ?uvres peuvent-elles sauver nos vies au-delà de nos vies ?
Il aurait peut-être fallu que le livre se contente de ces questions, quitte à les approfondir et les aggraver. Il faut parfois laisser le lecteur tirer lui-même les leçons des questions qu'on l'a aidé à se poser. C'est la faiblesse de l'auteur d'avoir cru nécessaire de théoriser la vie d'Edith Stein alors qu'il avait lui-même souligné que celle-ci avait d? renoncer à une telle ambition (« Or Edith, dans un premier mouvement, très scolaire, commence par 'penser' Dieu comme un sujet d'agrégation. Elle révise Dieu. Elle annote Dieu. Elle stabilobosse Dieu. Elle couche Dieu sur des fiches bristol. Elle veut qu'on lui pose des colles sur Dieu. Pour elle, Dieu n'est pas une énigme : c'est une interro. »). Yann Moix, lui aussi, aurait d? se contenter de nous plonger au c?ur de l'énigme. Au lieu de cela, il se prend à philosopher, à définir et distinguer des concepts : avenir/futur, postérité/immortalité/éternité, etc. É opérer une persécution analogique : l'immortalité est aux saints ce que la vie est aux hommes, l'éternité est aux saints ce que l'immortalité est aux hommes. Puis à mêler les analogies aux références scientifiques simplistes : « Israël est à la relativité générale ce que les États-Unis sont à la physique newtonienne : et la France à la physique aristotélicienne ! » Yann Moix reproche à Edith Stein des réflexes d'agrégative, il sombre dans ceux de mauvais kh?gneux, qui savent si bien être obscurs sans être profonds. Bien s?ur, le problème est plus complexe, car il engage le sujet même de l'ouvrage, celui de la commensurabilité : comment rendre l'incommensurable commensurable ? comment saisir et se rendre incommensurable ? Mais les analogies deviennent ici des pièges, car elles assèchent le portrait d'Edith Stein, source d'interrogation qu'on aurait voulue intarissable.
Pied de nez à l'homme inquiet, la coquetterie de l'auteur à succès est la plus flagrante dans ses développements théoriques sur Israël et son maniérisme littéraire. Qu'Israël ait vécu dans le temps avant de vivre dans l'espace, qu'il soit une « entité spirituelle », très bien. Mais rien de nouveau ici, il n'est qu'à relire « Qu'est-ce qu'une nation ? » d'Ernest Renan, qui relativiserait l'incommensurabilité, justement, que l'auteur essaye d'attribuer à l'État hébreu. É de nouvelles préoccupations doit-il correspondre un nouveau style ? L'auteur semble le croire, qui abuse du même procédé tout au long de son livre, et malmène la ponctuation de façon artificielle (« Éa faisait des millénaires, ça faisait depuis la naissance du Christ que ce dimanche-là était : prévu. Pendant 1942 années, on n'a pas vraiment su de quoi, notamment à Echt, il : serait fait. De quoi il serait : rempli. Quel serait son (hollandais) visage. C'était un dimanche en attente : un dimanche inéluctable sur les agendas du monde. Pas plus : et : pas moins. Même le bleu de son ciel n'était pas : prévisible. »). De même qu'il a décidé que « ses » personnages auraient la négation approximative ; un prêtre, tout d'abord : « Pilate regarda notre Seigneur Jésus. Alors il en f?t tout à fait s?ur : notre Seigneur Jésus avait rien fait de mal. Mais Pilate dit pas : 'Il faut libérer cet hommeâ?¦' Il osait pas » ; Edith Stein elle-même, ensuite : « On supprime pas la lumière : mais on peut fermer les yeux. La foi consiste pas à être exempte de douteâ?¦ » On a vu le procédé utilisé de façon plus inspirée (cf. Daniel Foucard, Cold).
Mais, même encombré par ces coquetteries, et malgré la déception qu'on peut ressentir à voir Yann Moix se prendre à pontifier et à poser un peu, son portrait d'Edith Stein continue à résonner bien après la lecture. Et il n'est pas toujours mauvais d'être déçu, car c'est aussi le signe que des exigences nouvelles sont : apparues.

Ulysse Korolitski

lundi 7 janvier 2008

329. "B" : Brigitte Kernel : "Fais-moi oublier" par Céline Ottenwaelter pour la R.L. 33

Brigitte Kernel : "Fais-moi oublier" Flammarion, 278 pages, 18 euros

Ce roman s'ouvre sur la douceur d'un été finissant : une soirée qui réunit quatre amis ' deux couples, Louise et Léa / Olivier et la narratrice. Ils partagent une même passion pour le journalisme, chacun dans des domaines différents. Olivier s'occupe d'un journal féminin, Louise est grand reporter. Elle voyage dans les pays en guerre et en rapporte des images époustouflantes, qui lui ont valu d'obtenir le prix Albert-Londres et une reconnaissance unanime dans son milieu. Léa crapahute elle aussi à travers le monde mais pour observer la condition des femmes. La narratrice, quant à elle, travaille la nuit à la radio, elle lit des textes de grands auteurs pour les noctambulesâ?¦
Ce dîner est cotonneux de quiétude et de presque mélancolie. Paris est vide et silencieux, les soirées encore longues. Ce moment est l'occasion pour Léa de mieux faire connaître sa compagne à ses amis, qui sont sous le charme ' autant de la jeune fille que de cette relation si harmonieuse. Louise décolle le lendemain pour le Moyen-Orient et les promesses de se revoir vont bon train. Le lendemain est le jour de l'éclipse totale de soleil, attendue depuis longtemps : les trois amis partent pour la Normandie observer le phénomène depuis Saint-Valéry-en-Caux. La journée promet d'être incroyable. Mais l'horreur de la nouvelle que la narratrice apprend alors, la mort de Louise, fusillée parce qu'elle ne voulait pas donner son portefeuille, fait voler en éclats la tranquillité qui prédominait depuis le début du récit. Les sentiments se succèdent en elle : colère, tristesse, désespoir, peur. Comment va-t-elle pouvoir l'annoncer à Léa ?
C'est ce que le second temps du roman va minutieusement décrire : l'impossibilité de dire, pour ne pas inscrire la mort de Louise dans la réalité. La narratrice se répète ces mots à l'infini : tant qu'on ne dit pas ce n'est pas vraiment vraiâ?¦ Évidemment la réalité s'infiltre, et réussit à étendre ses conséquences partout. La vie ne sera plus jamais la même. Ce n'est pas l'éclipse qui va marquer ce jour d'une pierre blanche mais la disparition tragique de Louise, l'amoureuse de Léa, celle avec qui elle voulait un enfant. É la manière de dominos tombant les uns après les autres, tout est peu à peu bouleversé. En premier lieu la vie de Léa, qui passe de l'hébétude au désespoir ; puis la colère et l'incompréhension prennent le dessus, comme pour la pousser à vivre encore. Les existences de la narratrice et d'Olivier vont être chamboulées elles aussi. La première évidence est qu'il ne faut pas laisser Léa seule dans cette épreuve. L'appartement se transforme pour accueillir Léa et ses amis venus la réconforter. Il est désormais impossible de vivre normalement : le rire est banni ; l'enthousiasme ou les projets d'avenir sont difficilement supportables. Comment faire l'amour dans un moment pareil ? Olivier et la narratrice vivent à distance l'un de l'autre. Pour elle, la seule proximité possible est féminine. Et Léa aussi recherche la compagnie de son amie. Les deux femmes s'effleurent, s'observent. Leurs rapports sont les mêmes qu'avant et pourtant quelque chose est en train de changer, imperceptiblement. L'amitié glisse doucement vers un autre univers. Elles se désirent avec une force qui semble puiser son énergie dans le malheur.
Dans le troisième temps du récit, les deux jeunes femmes vont se battre contre cette puissance qui les ramène inexorablement l'une tout près de l'autre. La narratrice n'a jamais fait l'amour avec une femme. Son histoire d'amour avec Olivier est belle, c'est l'homme de sa vie. Et pourtant elle ne peut s'empêcher de rêver de la douceur de la peau de Léa, de ses lèvres contre les siennes, de l'odeur de ses cheveux. Là est le véritable enjeu de Fais-moi oublier : l'attirance de ces deux amies qui rêvent de devenir amantes, l'insinuation du désir à un moment où la vie devrait avoir déserté les c?urs.

Céline Ottenwaelter

dimanche 6 janvier 2008

328. Confidences à Allah. Saphia Azzeddine

Le premier roman de Saphia Azzeddine : "Confidences à Allah", ayant commencé à susciter, à partir de sa lecture d'un extrait, de nombreux commentaires dans la blogosphère, et l'auteur acceptant de dialoguer ici à propos de son livre, je le reprends avec les premières discussions apparues sur ce blog.

Je ne reprends pas les discussions qui se déroulent sur d'autres sites.

Voici la lecture par Saphia d'un extrait de son roman effectuée la semaine dernière dans nos bureaux.

Vous pouvez également lire en ligne le début de Confidences à Allah.

327. "B". Antoni Casas Ros : "Le Théorème d'Almodovar" par Cecilia Dutter. (R.L. 33)

Nous poursuivons la publication en ligne des notes de lecture de La Revue Littéraire N? 33 à paraître le 25 janvier 2008 pour lancer la discussion autour de la première sélection des Prix@"B".

Antoni Casas Ros : "Le Théorème D'Almodovar" Gallimard, 160 pages, 12,50 euros

Roman ? Récit autobiographique que l'imagination vient nourrir et prolonger ? Nous ne savons rien d'Antoni Casas Ros, sinon qu'il est l'auteur de cette pépite, premier texte fort, dense, incroyablement maîtrisé.
« J'écris uniquement pour comprendre comment une autre fête peut se trouver au centre du vide », voilà le théorème que le narrateur, mathématicien émérite, se propose de démontrer sachant que les données du problème sont celles-ci : « Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s'est arrêté une nuit, à vingt ans. »
Avant la fête, c'est une vie recluse qui attend celui dont le visage est défiguré au point qu'il n'ose se confronter à autrui. Alors, pour gagner sa vie, faire des rencontres virtuelles et garder un contact ténu avec le monde, il y a internet et sa toile.
Mais par-dessus tout, il y a l'imaginaire. Là, pas de frontière. On peut rêver qu'on rencontre Almodovar, que « l'étendue de son regard » permet « d'écouter son visage » et de mettre en scène sa propre vie. C'est peut-être cela le théorème d'Almodovar : « il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l'horreur en beauté ». L'?il du cinéaste « est celui de quelqu'un qui sait que le blanc et le noir ne doivent jamais faire du gris mais vibrer en flirtant outrageusement l'un avec l'autre, ébahis par la soie d'un coup de langue qui toujours abolit le hasard ».
Et puis, on peut rêver qu'il vous a présenté Lisa, travesti au corps androgyne tout droit sorti d'un de ses films, qu'elle seule saura délaisser la forme en tombant amoureuse de l'essence, qu'elle vous confectionnera un masque de carton pour sortir au grand jour. Et l'on sera comme les autres car « quel visage peut traverser le temps sans devenir un masque » ?
Oui, avec Lisa, on pourrait tendre vers l'absolu qu'on s'est fixé : une relation qui ne serait plus coincée dans « l'alternative : sentimentalité-indifférence » et revendiquer une troisième voie, celle d'un simple partage.
É la réflexion, on peut même décider d'accueillir dans sa vie le cerf qui a causé le dramatique accident de voiture dont on a été la victime. On peut l'héberger, le caresser, le nourrir tel un fantasme de renaissance après les années sombres.
C'est un monde sans Dieu qu'implique le théorème, un monde où l'être se fond dans la gr?ce d'une parcelle de temps qui s'écoule pour faire toute sa place à l'intensité du moment, un monde où l'individu se laisse simplement traverser par le grand flux sans projection dans l'après. Un monde athée revendiqué. Mais l'est-il vraiment ? Le vide d'Antoni Casas Ros est rempli de cette prodigieuse proximité avec soi-même, solitude acceptée autorisant l'impeccable osmose avec l'instant, et cette faculté ' le sait-il ? ' est souvent l'apanage des mystiques qui, comme lui, prennent leur envol pour regarder la terre de très haut. Peut-être bien du Ciel, qui sait ?

Cécilia Dutter

Ndlr. É écouter et à lire sur le site de Télérama, la présentation et la critique de Nathalie Crom.

Sur le site de l'auteur, né en Catalogne française en 1972, vous pouvez lire le début de son roman et un entretien avec son éditeur Seix Barral ou il annonce son prochain livre : "Chroniques de la dernière révolution".

326. Écriture/Net. par Antoine Moreau.

Je reprends ici sous la forme d'un billet les trois derniers commentaires d'Antoine Moreau dans "Jean Bottéro"(N°316), qui constituent, avec leurs liens, une remarquable introduction à la réflexion sur les enjeux du Net en regard de l'histoire de l'écriture.

"Sur l'histoire du net, il y a bien sûr ARPANET, mais aussi et surtout la contre-culture américaine très en vogue dans les campus. Des principes de libertés et d'autorités multiples (autorités dans le sens d'être auteur, c'est à dire, non seulement une autorité reconnue, mais aussi et surtout un "augmentant" , quelqu'un qui par sa création augmente le bien commun. C'est ce que veut dire "augere" qui a donné (avec "auctor") le mot auteur.

Laurent Chemla explique très bien cette histoire de l'internet entre armée et utopie . Ce sont les principes de décentralisation techniques et éthiques qui ont propulsé le net, plus que la fonction d'un réseau maillé pour répondre à la peur de recevoir une bombe sur un serveur central. Ceci est l'anecdote, le pré-texte. Le texte et toutes les écritures qui vont venir s'y inscrire et fournir le corpus même du réseau des réseaux sont de l'ordre de cette nouvelle dogmatique appliquée au numérique. Trouver, inventer techniquement-éthiquement le "récit des rêves et des visions" et l'entreprendre vivement.

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325. FRESH

L'actualité de FRESH THEORIE en janvier c'est...

  • URBAN GAMES, avec Valérie Châtelet, Ivo Flammer et HeHe, le lundi 7 janvier à la Fondation d'Entreprise Ricard. 19h. Entrée libre.
  • "Une forme d'urbanisme apparaît dans laquelle la notion d'Open Source prend de plus en plus d'importance : les technologies de l'information et de la communication permettent de définir de nouvelles structures du contrôle des projets architecturaux et urbains où le libre accès à l'information, l'autodétermination et la liberté sont privilégiés." V.C.
  • Fondation d'Entreprise Ricard, 12 rue Boissy d'Anglas, 75008 Paris. Métro Concorde.

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samedi 5 janvier 2008

324. Dialogue Ferraille - Dahlia à partir de la légende

Sur le blog de Ferraille ("Sans Queue ni tête" dans M@nuscrits) à propos de l'article de Dahlia sur "Il entrerait dans la légende." sur Strictement confidentiel.

"Dahlia dans la légende

Chère Dahlia,

Je n'ai pas lu le livre que vous commentez, et j'aurais, pour cette raison, le plus grand mal à en juger. Vous m'invitez toutefois à le mettre en parallèle avec mon texte, dont le sujet vous semble similaire à celui abordé par Skorecki, cela pour que je vous livre mon avis sur le lynchage symbolique dont vous avez pensé être l'objet ; je reviendrai là-dessus : je veux dire, sur ce parallèle implicite avec mon propre texte.

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vendredi 4 janvier 2008

323. Il entrerait, enfin, dans la légende?

Trop occupée à l'époque (2002) à essayer de "flinguer" un nouvel éditeur, la presse avait fait l'impasse sur la critique littéraire du livre ''Il entrerait dans la légende''. Six ans après, je vois apparaître, gr?ce à Strictement Confidentiel le premier article qui lui soit véritablement consacré. Merci à Dahlia pour ce geste et pour cette belle lecture.

322. "B" : Nicolas Fargues : "Beau Rôle" par Angie David pour la R.L.33.

Nous poursuivons ici la publication en ligne des notes de lecture à paraître dans La Revue Littéraire N? 33. La première sélection des Prix @ "B" sera publiée le 1er Mars 2008.

Nicolas Fargues, Beau Rôle, POL, 2007, 284 p., 16 euros.

De la part d'un aussi joli garçon que Nicolas Fargues, il est étonnant qu'il ait choisi pour titre l'expression « beau rôle ». Même si elle renvoie à la position que le narrateur est censé occuper, celle d'un acteur pas vraiment star, mais un peu connu quand même pour un film commercial (White Stuff) qui ne lui sied guère. Cet acteur, Antoine Mac Pola, est doté d'une réflexion surprenante sur la géopolitique, l'écologie ou encore les rapports de classes. Difficilement crédible en acteur repenti qui exprime son opinion sur un peu tout, Nicolas Fargues fait peut-être exprès de lui prêter des monologues infinis truffés de lieux communs. Ce n'est qu'un acteur après tout. Les références multiculturelles qu'il développe avec astuce paraissent là aussi un peu douteuses parce que ce n'est pas le propre d'un acteur starlette d'être un puits de science. Comme le héros de Bret Easton Ellis, Victor, dans Glamorama, qui, lui, est absolument à sa place et dont le film qu'il croit tourner est un décor fantôme, une équipe de cinéma est censée le suivre partout : réalité ou délire psychotique de Victor ? Aucune résolution à la fin. Ici, Nicolas Fargues nous projette dans une réalité plus tangible, si ce n'est la dénomination mystérieuse d'un groupe ethnique créole (Antilles ou Océan Indien ?), les Concordines. Il s'agit soit d'une invention, soit d'une ignorance totale de ma part (mea culpa). Victor, chez Bret Easton Ellis, s'exprime dans sa langue "fashion", est adapté au milieu qui l'entoure et baigne entre deux eaux (entre deux Xanax).
Sous le personnage de séducteur dandy voulu par Nicolas Fargues, se cache une histoire familiale particulière : Antoine, le héros, est métis. Sa mère est française et son père estâ?¦ En tout cas, vient des Concordines. Il n'est pas seulement qu'une vedette désinvolte, mais aussi un homme qui s'interroge sur ses racines. Antoine utilise d'ailleurs fréquemment des phrases en créoles et des mots anglais ou espagnols, traces de son éducation européenne. Au départ, c'est un ancien ami d'école qui le retrouve et lui demande de faire une petite intervention dans sa classe (style Actor's Studio, sur Paris Première). Pas mécontent de lui, Antoine accepte pourtant avec générosité. Il donne alors son avis sur le cinéma américain et français, sans éviter les écueils de ce genre de discours. Mais une autre chose l'obsède bien plus, une fille qui l'a quitté et qu'il tente désespérément de faire revenir. Elvira, l'inaccessible femme, dont la quête le mènera jusqu'au bout du livre. Après cette preuve de simplicité pour son ancien ami de classe, Antoine retourne aux Concordines, chez son père, avec lequel il entretient une relation houleuse. Lui qui a été élevé par sa mère en France a toujours du mal à trouver sa place dans la famille paternelle. Tragédie classique des métis qui se font rejeter par les deux camps, n'étant jamais vraiment ni d'un bord ni de l'autre. Pour impliquer davantage son personnage, Nicolas Fargues lui attribue des propos assez démagogiques (« Ils sont mille fois plus contemporains que moi ») ou prend fait et cause contre les préjugés sociaux; ce qui rappelle au passage qu'il travaille pour l'Alliance Française. D'ailleurs, selon lui, tout Français devrait s'expatrier quelques années pour échapper au système, et ainsi mieux comprendre l'humanité dans sa différence.
C'est alors qu'apparaît une nouvelle figure féminine, celle d'Aliénor Champlain, actrice, pour le coup, vraiment célèbre. Dilemme bien connu : on regrette la femme qu'on n'a plus et on désire celle qu'on n'a pas encore. Comme beaucoup d'actrices intéressées par l'argent, elle s'est retrouvée dans les bras d'un certain Pierre-Noël Le Fur (ce nom me dit quelque chose), habitué à claquer du fric pour épater la galerie. Plus tard, Antoine exprime son agacement envers la technologie moderne de communication et récite quelques principes des Droits de l'Homme. Il faut dire qu'il a de qui tenir en tant que fils de « Nelson Mac Pola ». Alors Elvira lui revient en tête (est-ce celle qui fit l'objet de son dernier livre : J'étais derrière toi ?). Le problème de la double culture se pose à nouveau : on le traitait de « bounty » quand il était enfant (nom plutôt mignon en soi, c'est bon les Bounty). La France n'est pas non plus ce pays idéal, comme le croient ses cousines, concernant le racisme notamment. Il cite Frédéric Beigbeder et son roman L'Amour dure trois ans. Mais il oublie parfois le contexte culturel dans lequel il se trouve. L'écriture est belle et maîtrisée, les références nombreuses et intéressantes, bien que Nicolas Fargues n'invente pas, comme l'a fait B.E.Ellis, une langue avec ses codes, capable de traduire une culture. J'étais derrière toi avait été écrit dans l'urgence, ici la langue est presque trop appliquée. La fin est romantique, un peu vague. Dans Beau Rôle, tout est bien qui finit bien, malgré le retour possible d'importuns, voire celui de la femme jadis aimée.

Angie David

jeudi 3 janvier 2008

321. Rupture.

L'année 2008 commence avec une rupture de stock générale sur les différents modèles de lecteurs numériques mis en vente de par le monde pendant les fêtes de fin d'année. De mon côté, j'ai appris très vite à lire nos M@nuscrits et les commentaires sur le iPhone qu'on m'a offert (j'aimerais bien, évidemment pouvoir tourner les pages du "flash" avec le doigt). Ce qui me plaît le plus dans cet objet, c'est de pouvoir passer de la lecture verticale à l'horizontale, celle où on retrouve le format rectangulaire de la double page. 2008 sera l'année de la rupture.

320. Helena Marienské : "Le degré suprême de la tendresse". par Stéphanie des Horts (R.L. 33)

Héléna Marienské : "Le Degré suprême de la tendresse" Éditions Héloïse d'Ormesson, 210 pages, 19 euros

Bel exercice de style que nous offre la troublante Héléna Marienské. Comme quoi une tête bien faiteâ?¦ vous connaissez la suite ! Bel exercice de style donc, n'en déplaise à son auteur qui revendique là un ouvrage politique et féministe. Si, si, elle y croit et même plus, elle y tient ! Comme ses héroïnes, gourmandes, qui tiennent aussi la chose avant de la croquerâ?¦ Alors donc, le degré suprême de la tendresse selon Héléna ou selon Dali, macho par excellence, quelques mots savamment choisis pour définir le cannibalisme. Et de cannibalisme ici, il est grandement question ! Du plus doux, du plus suave, du plus exquis ou comment trancher le sexe masculin sans plus d'égardâ?¦
Pour résister à l'attentat phallique ou par joie de la dialectique, pour contrer le pouvoir classique ou tout simplement plaire à son public, l'auteur nous offre quelques pastiches plus ou moins académiques traitant d'un sujet singulièrement frénétique.
É la manière de Michel Houellebecq ou les errances de l'homme terne et complexé, souffrant d'une maniaco-dépression car son appendice naturel, au mieux de sa forme, n'excède pas les onze centimètres. Armé d'un sécateur et d'un double-décimètre, il soumet les m?les de couleur à une érection forcée avant de leur tailler la chose bien nette pour éviter tout débordement inutileâ?¦
É la manière de Tallemant des Réaux, l'angélique marquise Héloïse séduit un roi mais lui préfère un capitaine de galère bien velu, lequel n'a de cesse de lui ouvrir la bouche et d'y coller ce qu'il ne devrait pas. Bien mal lui en prend, la jubilation attendue se teintant de rouge sangâ?¦
É la manière du bon docteur Destouches qui envoie ses compliments les plus recherchés à son cher Roger Nimier, compliments que nous ne retranscrirons pas ici par souci de la bienséanceâ?¦
É la manière de Jean de La Fontaine qui sut écourter le monument divin d'un rat belliqueuxâ?¦
É la manière de Christine Angot : « j'avais craché le morceau comme on dit »â?¦
É la manière de Michel de Montaigne ou comment une jolie pucelle se méprit sur les intentions de son vieux mari et croqua de bon appétit la saucisse toulousaine que ce dernier lui offrit pour ses étrennesâ?¦
É la manière de Vincent Ravallec, narrant les aventures de Chupa Chups, nouvelle bombe du Crazy Horse qui voit des bandits partout, de Joe Dalton à Philippe de Villiers, et s'empresse de les couper menuâ?¦
É la manière de Georges Perec, sans Eâ?¦ ni compassion pour un arrogant phallus à l'obscur fatumâ?¦
É la manière d'Héléna Marienské avec talent, un rien de génie et une ironieâ?¦ MORDANTE !

Stéphanie des Horts

319. La Revue Littéraire "B". du N° 33

La Revue Littéraire N? 33 (1er trimestre 2008) sera en librairie le 25 janvier. En attendant, et ce sera notre contribution initiale aux délibérations pour la première sélection du Prix@"B", (cf liste complète des ouvrages publiés dans la rentrée d'hiver) voici les 25 livres qui y feront l'objet d'une chronique :

  • Patrick Rambaud, Chronique du règne de Nicolas Ier, Grasset
  • Yann Moix, Mort et vie d'Edith Stein, Grasset
  • Frédéric Roux, L'Hiver indien, Grasset
  • Antoni Casas Ros, Le Théorème D'Almodovar, Gallimard
  • Alessandro Perissinotto, Mail à mon juge, Gallimard
  • Jérôme Garcin, Son excellence, monsieur mon ami, Gallimard
  • Louis Calaferte, Direction, Carnets XIV, 1992, Gallimard/L'Arpenteur
  • Joël Egloff, L'homme que l'on prenait pour un autre, Buchet-Chastel
  • Dawn Powell, Le Café Julien, Quai Voltaire
  • Héléna Marienské, Le Degré suprême de la tendresse, Héloïse d'Ormesson
  • Sax Rohmer, Le Mystérieux Docteur Fu Manchu, Zulma
  • Pascal Garnier, La Théorie du Panda, Zulma
  • Stefan Heym, Les Architectes, Zulma
  • Cyril Montana, La Faute à Mick Jagger, Le Dilettante
  • Annie Saumont, Les Croissants du dimanche, Julliard ; Gammes, Joëlle Losfeld
  • Philippe Besson, L'Homme accidentel, Julliard
  • Nicolas Fargues, Beau Rôle, P.O.L
  • Cormac Mac Carthy, La Route, L'Olivier
  • Michèle Desbordes, Les Petites Terres, Verdier
  • Eric Chauvier, Si l'Enfant ne réagit pas, Allia
  • Laurence Tardieu, Rêve d'amour, Stock
  • Claire Vassé, Le Figurant, Panama
  • Brigitte Kernel, Fais-moi oublier, Flammarion
  • Patrick Raynal, Lettre à ma grand-mère, Flammarion
  • Miranda July, Un bref instant de romantisme, Flammarion

La première sélection des Prix@"B" sera de 4 ouvrages pour chacun des 9 prix "B", soit 36 titres. Nous attendons vos propositions.

Pour commencer, puisque Gillou le Fou semble très impatient à ce sujet, je mets en ligne la note de lecture de Stéphanie des Horts sur le livre d'Héléna Marienské : "Le degré suprême de la tendresse". Dans les sélections "B", les livres apparaissent, par principe sans le nom de l'éditeur, comme nous n'y sommes pas encore, je précise qu'il s'agit d'un livre publié aux Éditions Héloïse d'Ormesson. (Billet ci-dessus)

P.S. J'ajoute à la liste un roman que nous avons reçu trop tard et que je suis en train de lire avec beaucoup de plaisir : "Émile et les menteurs" d'Alain Besançon qui paraîtra en février aux Éditions de Fallois.

P.P.S. Je rappelle que nous avons pour principe de ne pas traiter dans la R.L. les ouvrages publiés aux E.L.S.

mercredi 2 janvier 2008

318. Ecrivainternet.

J'ai suivi la recommandation de R.A. à partir de la lumineuse réflexion de Thierry Kron dans "Qu'est-ce qu'un blog?" et je suis allé visiter Mickaël Soler (rien que pour ça) et les "Écrivainternet" sur lessentiersd'lagloire; yad'l'idée.

P.S. Un ultime commentaire de Ferraille, c'était en 2007.

mardi 1 janvier 2008

317. Bonne année !

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