La banlieue, c'est mo-rose?

Une banlieue parisienne, de nos jours. Une banlieue poisseuse, où l'on ne peut rien attendre de la vie. Les commerces de proximité ont baissé le rideau. Les bus ne s'y aventurent plus après dix-huit heures. On y boit jusqu'à la lie le calice des jours sans but. On casse du flic, aussi.

Les flics, parlons-en. Pas des anges. Un commissaire carriériste, obnubilé par les statistiques. Des beaufs qui se prennent pour l'inspecteur Harry, ou attendent la relève sans remuer une seule phalange.

Une banlieue ? Un péril permanent. Éa peut craquer à tout moment. D'ailleurs, les personnages sont déjà en passe d'être rayés de la carte. Ils n'ont même pas de nom de famille, juste une initiale, interchangeable.

A quoi se raccrocher, quand on est un jeune flic, quand on débarque du Limousin ?

Scène d'ouverture : Jean, le « bleu », a vendu son ?me à quelques collègues. Les seuls qui ont pris de ses nouvelles après une agression. Des durs, suintant le racisme, loi du Talion en bandoulière. Il les a rejoints au sein du Groupe Mérovée, une sorte de police parallèle qui règle son compte aux racailles - mais après le service, en cagoules, arme (au numéro de série limé) au poing, parce que la justice ne passe pas assez vite à leur go?t. Mais voilà, lors d'une de leurs expéditions punitives, Jean tombe amoureux d'un témoin gênant. Qu'il laisse filer. Et prend le risque de revoir.

Une histoire d'amour entre un Rachid et un Jean, entre un beur des cités un brin voyou et un flic débutant pas très clair, est-ce bien raisonnable ? Oui, quand c'est écrit par Nicolas Jones-Gorlin. Pas de poncifs pathétiques sur les gays, la police, les jeunes de banlieue, la misère sociale, l'embrasement des "quartiers". Des phrases brutes, coupantes. Un vrai sens du rythme. Et surtout pas de manichéisme. La lumière et les ténèbres, Roméo et Mérovée se donnant la main tout en se roulant une pelle. Un livre vif, br?lant, violent, captivant. Apre et juste. Un grand livre. Qui marque aussi, saluons-le, le retour aux affaires de Nicolas Jones-Gorlin, cinq ans après Rose bonbon.

Par A.D. le 09 janvier 2008 (N.J.G.)