Cyril Montana : "La Faute à Mick Jagger" Le Dilettante, 224 pages, 17 euros

Mousse est une baba cool, elle appartient à cette génération beatnik qui est en quête d'ailleurs. Trente ans plus tard, elle se nourrit de yaourts et de citrons, est habitée par l'esprit de Mick Jagger, « dieu de l'amour et de la destruction », et cherche à se libérer de l'esprit de Demis Roussos qui parasite ses ondes télépathiques. Elle disparaît régulièrement pour s'adonner à des bains d'algue clandestins dans des baignoires d'hôtels, jusqu'à ce que Simon soit prié de venir la chercher et de payer la note.
Simon, c'est le fils de Mousse. Il est hypersensible. On le voit ainsi s'émouvoir à Oradour-sur-Glane ou se passionner pour les documentaires animaliers. Viennent s'ajouter à toutes ces émotions une fiancée hystérique et suicidaire, sans compter la mère hippie en perdition. Trente ans plus tôt, celle-ci avait décidé de prendre la route. Simon avait d'abord atterri chez sa grand-mère, qui se passionnait pour Marcel Amont, le patinage artistique à la télé et le chauffage centralisé au sol. Puis son père, tout aussi bab que la mère, le ballotta de ferme-garderie beatnik du Morvan en maison glauque du Luberon où défilaient « intellectuels révolutionnaires » et autres « clochards célestes ». Enfin, Paris où il se retrouva à partager une chambre lugubre avec un père drogué et malade. Simon aussi est en quête d'ailleurs : il rêve de normalité, des surprises de Pif Gadget, de lunettes et d'appareil dentaire. Il adore les HLM neufs et De Funès. Sa réalité est tout autre. Son père préfère Dewaere à Gabin, Gainsbourg à Joe Dassin.
É travers le regard de Simon, ce sont deux époques qui sont évoquées, tour à tour, au fil d'anecdotes, souvenirs et menus événements. De cette narration rompue entre distance et présence, hachée entre le passé et le présent, naît un récit drôle, coloré, acide, électrique, tendre, quelquefois poétique. Chaque chapitre se présente comme un plan-séquence, un îlot, un arrêt sur image. Mais ces bouts de temps suspendus, reliés les uns aux autres, prennent sens, se répondent et font progresser le récit. Simon plante le décor de son enfance et nous livre parallèlement sa vie d'adulte. Deux époques distinctes, mais qui juxtaposées finissent par s'entrechoquer. Simon c'est ça : le résultat de cette confrontation, un peu désordonné, pas mal dérouté.
L'écriture est vive et précise, elle trace une suite de portraits ou de situations pittoresques et imagés. Bien plus que l'histoire en elle-même, ce sont le ton et la construction qui captent notre attention. Le récit est léger, désaccordé, rythmé, souvent fantasque. Chaque personnage englobe un univers fait de couleurs, de sons, d'objets. Chaque portrait, chaque moment est un saut dans une époque, dans un décor, dans une ambiance. Cyril Montana nous transporte dans un univers très romanesque, version 70's et nouveau millénaire : péripéties dérisoires et décalées. En somme, le récit de deux générations un peu dépassées par le monde et sa réalité. Tout cela fait de La Faute à Mick Jagger un livre original, drôle et captivant. Le titre est déjà un appel à la lecture, il attise notre curiosité et nous promet un récit déjanté et amer. Ce ton persiste au fil des pages, de plus en plus délectable, pour peu que le lecteur soit, lui aussi, en quête d'ailleurs.

Marion Prigent

Ndrl : Un article de Clarabel.