Cela commence avec une question relativement anodine de Laurent Joffrin, lors de la conférence de presse du 8 janvier, sur le style monarchique du Président. Une réponse un peu condescendante, qui fait semblant d'oublier qu'une monarchie peut être élective. Un droit de suite du journaliste rendu impossible puisqu'on lui a enlevé son micro. Et c'est l'étincelle. Aujourd'hui, la question s'affiche à la "Une" du Point : Le sarkozysme est-il une monarchie ? Page 35, en exclusivité, les bonnes feuilles du prochain livre de Patrick Rambaud chez Grasset "Chroniques du règne de Nicolas Ier". On savait, depuis La Bataille que ce brillant écrivain pouvait prendre le relais des romanciers du XIXe, cette fois, c'est Saint Simon qu'il enfourche pour réaliser une chronique de la nouvelle "cour", à la manière d'André Ribaud dans le Canard enchaîné sous le règne de de Gaulle.

Florent Georgesco a réalisé un entretien exclusif à propos de ce livre qui paraîtra dans le N?33 de La Revue Littéraire, je reproduis ici le début.

Lundi 21 janvier (date symbolique), sera lancé le nouveau site de "La Couronne" (sur lequel notre cher Tony travaille dur et dont nous diffusons sur leoscheerTV la video du dîner inaugural) et en avril, paraîtra, sous le même titre une nouvelle revue de réflexion, d'histoire et de littérature sur cette question de la monarchie.

Patrick Rambaud

OFFENSES AU CHEF DE L'ÉTAT

Entretien avec Florent Georgesco

Florent Georgesco : La Chronique du règne de Nicolas Ier, que vous faites paraître ces jours-ci (Grasset), a entre autres cette particularité qu'un nom n'y apparaît jamais, celui de son personnage principal. En revanche, vous multipliez les titres, les surnoms, tous très affectueux: « Notre Bien-Aimé Monarque », « Notre Admirable Prince », « Notre Fortifiant Leader », « Notre Leader Maximum », « Notre Preste Souverain », « Notre Seigneur Adulé »...

Patrick Rambaud : C'est une chronique des six premiers mois du règne de Sarkozy, que j'ai voulue distante, vieillotte, quelque chose dans le genre de Saint-Simon. Les titres que vous avez évoqués sont un des moyens de créer cette distance. Je voulais pouvoir dire un maximum de choses sur le ton le plus léger possible. Quand Sarkozy a gagné l'élection, j'étais assez abattu, je n'avais pas le moral. Et puis un jour, chez Grasset, j'ai dit : « Il y a une chose que je pourrais faire, qui serait peut-être drôle, c'est ce que faisait André Ribaud au Canard enchaîné dans les années 60, sur de Gaulle: 'La Cour'. »

F. G. : André Ribaud à qui le livre est dédié.

P. R. : Oui, bien s?ur. Il racontait chaque semaine les péripéties du pouvoir gaullien à la manière des mémorialistes des XVIIe et XVIIIe siècles, avec un dessin de Moisan. C'était très amusant. Mes petits camarades de chez Grasset m'ont dit: « Oui oui, vas-y ! » Je me demandais s'il n'y avait pas déjà suffisamment de livres sur le président de la République, mais ils m'ont convaincu que ça pourrait détonner, et je me suis lancé.

F. G. : Je vous rassure : je n'avais encore rien lu d'aussi drôle sur Nicolas Sarkozy. On rit très souvent, avec un peu d'effarement, mais enfin on rit.

P. R. : Écoutez, j'espère. On ne s'en rend pas compte, quand on se relit, surtout au bout de la dixième lecture. Il est difficile de se faire rire soi-même. Éa ne m'est arrivé qu'une fois, quand j'ai fait ma parodie de Marguerite Duras, Virginie Q.

F. G. : C'est Marguerite Duras qui vous faisait rire...

P. R. : Je ne connais qu'une personne qui se fait rire lui-même, c'est Jean-Pierre Mocky. Quand nous travaillions ensemble, j'allais le voir le matin et je le trouvais riant tout seul devant son scénario. Il me disait: « Écoutez comme c'est bête ! » C'est très rare.

F. G. : Le livre est une sorte de défoulement par le rire, de revanche ironique sur ce que notre vibrionnant leader nous fait subir. On sent en permanence, derrière l'apparente légèreté, une profonde colère.

P. R. : Je supporte mal ce personnage, je l'avoue. J'ai horreur des gens qui sont ivres d'eux-mêmes, de leur petite personne, de leur pouvoir, et finalement d'argent. Il n'y a que l'argent qui compte pour lui, tout tourne autour de ça. Le reste, c'est du toc. On solde, on brade, tout doit disparaître.

F. G. : Vous utilisez, pour qualifier tout ce qui précède l'avènement de Nicolas Ier, l'expression « ancien régime ». Sommes-nous en train de vivre une révolution ?

P. R. : Oui, c'est un autre régime, et il ressemble de moins en moins à la République. Nous sommes en train de passer à autre chose, qui n'est pas reluisant.

F. G. : Un autre mot revient souvent, c'est celui d'empereur. Le nouveau régime qui s'ouvre, cela a déjà été dit, peut faire penser, par exemple, à celui de Napoléon III, d'abord élu président avant de devenir empereur.

P. R. : Non seulement il peut faire penser à Napoléon III, mais à Napoléon Ier. J'ai écrit il y a deux ans Le Chat botté, qui décrivait l'ascension de Bonaparte ' encore un garçon ivre de pouvoir ! É l'époque, des gens ont fait la comparaison. C'était bien avant l'élection.

F. G. : Mais Nicolas Ier pointait déjà sous Sarko.

P. R. : En même temps, les comparaisons historiques sont toujours fausses, on n'est jamais exactement devant le même phénomène. Mais il y a forcément, entre gens ivres de pouvoir, des points communs... Une chose qui rapproche Sarkozy de Napoléon III, c'est l'ouverture. Après son coup d'État, il a lui aussi travaillé avec des socialistes, des utopistes.

F. G. : C'était déjà « MM. les Transfuges », comme, dans votre livre, M. Kouchner, comte d'Orsay, M. Besson ou « le petit marquis de Benamou ».

P. R. : On trouve auprès de Louis-Napoléon, par exemple, les frères Pereire, qui ont inventé la banque populaire, ou le Père Enfantin, qui est à l'origine du percement du canal de Suez, des chemins de fer, de toutes ces choses. C'était des saint-simoniens, des socialistes. Il y a des points de ressemblance, mais il n'y a pas plus que ça. Il ne faut pas exagérer dans les comparaisons historiques...

La suite de l'entretien dans le N?33 de La Revue Littéraire, dans toutes les bonnes librairies le 1er février.