En tant qu'éditeur d'"Autoportrait" de Claude Berri, il m'était difficile de ne pas situer le film produit et réalisé par son fils Thomas Langmann : "Asterix aux Jeux Olympiques". Aucun critique de cinéma n'ayant pris la peine de rappeler les racines de cette oeuvre dans la littérature latine je me permets de le faire ici.

"Tu quoque, mi fili !", qui sert de fil directeur au récit de ces multiples tentatives d'assassinat de César (Alain Delon, magistral) par son fils Brutus (Poelevoord, génial) qui, bien sœur, échouent lamentablement tout au long du film, semble issue de la biographie de César contenue dans le De viris illustribus urbis Romæ a Romulo ad Augustum (Des hommes illustres de Rome, de Romulus à Auguste) publié en 1779 par l'abbé Lhomond : « Quum Marcum Brutum, quem loco filii habebat, in se irruentem vidisset, dixit : 'Tu quoque fili mi !' » (« Quand il vit Marcus Brutus, qu'il traitait comme son fils, se précipiter sur lui, il dit : 'Toi aussi, mon fils !'

L'abbé Lhomond s'inspire de la mort de César rapportée par Suétone (Vie de César, LXXXII, 3) : « Atque ita tribus et uiginti plagis confossus est uno modo ad primum ictum gemitu sine uoce edito, etsi tradiderunt quidam Marco Bruto irruenti dixisse : καὶ Ï?ὺ Ï?έκνον. » (« Il fut ainsi percé de vingt-trois coups : au premier seulement, il poussa un gémissement, sans dire une parole. Toutefois, quelques écrivains rapportent que, voyant s'avancer contre lui Marcus Brutus, il dit en grec : 'Toi aussi, mon fils!' ».

Après Suétone, le fait est rapporté par Dion Cassius (155 - 229 ap. J.-C.) : « Î¤Î±á¿¦Ï?α μὲν Ï?á¼?ληÏ?έÏ?Ï?αÏ?α â?¢ ἢδη δέ Ï?ινεÏ? ϰαὶ á¼?ϰεá¿?νο εἶÏ?ον, á½?Ï?ι Ï?ϱὸÏ? Ï?ὸν Î?ϱοῦÏ?ον á¼°Ï?Ï?Ï?ϱῶÏ? Ï?αÏ?άξανÏ?α á¼?Ï?η â?¢ καὶ Ï?ὺ Ï?έκνον; » C'est la version la plus probable. C'est alors que Brutus lui portait un coup particulièrement violent, que César lui aurait dit : "Toi aussi, mon fils !"

Ce film, par sa cohérence narrative, est l'hommage d'un fils talentueux à l'univers impitoyable du "cinéma de papa". Nous attendons impatiemment de découvrir dans "Autoportrait II" ce qu'en écrira Claudius César Berri.