Je n'ai pas l'habitude de m'exprimer au comptoir du grand café du commerce qu'est trop souvent un blog, mais il me semble justement couler de source d'y intervenir pour cette petite mise au point.

Le 3 Mars parait chez Melville le premier roman de Delphine Vallette : 'Les femmes préfèrent les monstres'. En neuf chapitres drôles, vifs, piquants, un rien mélancoliques, une jeune femme d'aujourd'hui dessine la galerie de portraits des hommes qui ont compté dans sa vie.

J'édite ce livre avec fierté parce que je l'aime, que je trouve son ton très juste et qu'il y passe, gr?ce au grain de folie de son auteur, un vent de liberté peu ordinaire.

Or, ici et là, on commence à vouloir réduire ce livre à l'un de ses personages qui aurait été inspiré par une célébrité. Aubaine pour notre époque affamée de commérages, de soi-disant 'dessous des cartes' et qui fait mine de se pincer le nez en remettant toujours une louche de 'tripes sur la table'.

Il faut donc rappeler de simples évidences : un roman est une création. Il y entre une part de de transmutation du réel, de sublimation (je n ai pas peur du terme), de magie, qui interdit de le confondre avec une anecdote ou un fait biographique. Un certain Proust a dit avec génie qu'il ne faut pas identifier un livre à son auteur. A ma modeste mesure je voudrais que l'on se souvienne , malgré les ravages qu'a pu causer l'ère d'autofiction dans la litterature française, qu 'un livre ne peut se résumer à ce qui a pu participer à l'invention de son univers.

Nous serons tous d'accord pour prétendre que les suppléments littéraires auraient tort de 'Voicifier', et qu'ils devraient un peu plus lorgner, en ce qui concerne Delphine Vallette, vers Dorothy Parker ou la grande Sagan.