Adorant Tim Burton et étant fan de Johnny Deep (l'un allant d'ailleurs avec l'autre), je suis allée à l'avant-première organisée par la revue Positif, au Centre Pompidou, avec mon ami Antoine de Baecque. C'est un absolu chef d'oeuvre, associant Edward aux mains d'argent et Sleepy Allow, plus tout son univers gothique anglais du XIXe siècle. L'image (les décors sont tous réels, sans post-prod) est magnifique, l'histoire fabuleuse. "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" est une légende londonienne que plusieurs écrivains ont repris, elle est sans doute inspirée d'un fait divers réel. Succès de comédie musicale à Broadway en 1979, créé par Stephen Sondheim, Tim Burton reprend le thème à l'identique en donnant au récit sa pleine illustration poétique et sombre.

Sweeney Todd est un barbier anglais revenu, après 15 ans de bagne en Australie, condamné injustement par un juge atroce qui voulait lui piquer sa ravissante épouse. Quand il apprend qu'elle est morte, il n'a plus qu'une idée, se venger et récupérer sa fille retenue prisonnière par le juge, devenu son tuteur. Avec l'aide de Mrs Lovett, magistrale Helena Bonham Carter en personnage cupide et menteur. Tombée amoureuse de Sweeney, elle feint d'être sa complice, dans un épouvantable dispositif. La fin est oedipienne, tragique. Pourtant l'humour noir, immoral et parfois burlesque (Sacha Baron Cohen en génialissime barbier charlatan, Sinor Pirelli) alterne avec des scènes d'égorgements spectaculaires. Miss Lovett cuisine les corps des clients tués par Sweeny pour ses fameuses "pies".

Comédie musicale respectée au refrain prêt, le film est chanté par les acteurs eux-mêmes, d'une manière profonde, souvent grave ou effrayante. Esthétique baroque et fantastique, conte pour adultes enfants, romantique et subversif à la fois. La monstruosité est la même, androgyne et trouble (ici, le cannibalisme), que Charlie et la Chocolaterie où les enfants étaient plongés dans un cauchemar acidulé.

Un grand film de Tim Burton.