La publication de la revue XXI réactive la question du rapport entre journalisme et littérature. La blogosphère littéraire ne peut être indifférente à cette question. Je reprends ici une amorce de discussion sur ce sujet prenant prétexte de l' "affaire Kerviel", née dans les commentaires du billet # 366. "Comme ça, en passant, Stalker de rien". (Vaste Blogue) du mercredi 23 janvier 2008.

  • Stalker : "Léo : faudrait que vous pensiez, comme Stubborn vient d'ailleurs de m'y faire penser, à me rétribuer au nombre de commentaires par note, un jour ou l'autre, hein, tout de même !"(27.01)
  • léo : "je serais disposé à vous "rétribuer" (modestement, mais il faut un début à tout) non pas sur le nombre de commentaires, mais sur un sujet défini par moi. Par exemple, si vous êtes en mesure d'écrire un billet dans votre style sur Jérôme Kerviel, je suis preneur."(27.01)
  • Stalker : "Kerviel ? Ah non, pas moi, désolé, il faudrait un Hawthorne (Wakefield) ou un Dostoïevski pour cela, écrire l'histoire d'un homme absolument banal dans une société (à tous les sens du terme) absolument médiocre... Une ?me grise et son oeuvre au gris en somme... Beau sujet."(27.01)
  • ferraille : "Pour l'heure, Kerviel n'est pas à lui seul un sujet digne d'intérêt : prenons garde aux fumigènes ; le vrai sujet, c'est, tout ensemble, comment fonctionnent la Banque et le marché, comment se rétribuent les banquiers, comment fonctionne le Comité exécutif de la Société générale, voire, ce qui se passe dans la tête du CEO (c'est-à-dire le président-directeur général), Bouton (un énarque, passé par le ministère des finances, Chevalier de l'Ordre de la Légion d'Honneur, Officier de l'Ordre National du Mérite, Inspecteur Général des Finances, une huile peu commune). Daniel Bouton, l'homme qui n'a pas démissionné : car tout vient du petit courtier. Ce qui doit absolument attirer l'attention, c'est l'extravagant déversement d'argent dont profitent, à tous les échelons, ces financiers. Notez : Kerviel gagnait moins de 100 000 euros par an, et il était dans le bas du panier. Un Rmiste célibataire et sans enfant touche moins de 6 000 euros par an. É tous points de vue, Kerviel n'est donc pas le sujet ; le vrai sujet, c'est de savoir comment l'argent se fabrique, se prête et se vole."(27.01)
  • léo : "Vous avez raison et il y a sans doute bien d'autres fils à tirer dans cette histoire, mais j'aimais bien l'idée de l'aborder avec "style" dans une approche "symptomatologique", je trouvais que l'affaire de ce "bouc-émissaire" s'y prêtait."(27.01)
  • ferraille : "Kerviel serait un homo sacer du dérèglement financier ? En arrière-plan, la machinerie du marché, son ébranlement aux dimensions cosmiques, comme cent mille convois ferroviaires de fret traversant les continents, cent mille porte-conteneurs sillonnant en tous sens l'océan. Le dernier filet d'humanité pénétrant le filtre à particules humaines du grand capital dématérialisé, l'erreur humaine infiltrée, en tapinois, dans l'immense phagocytage financier des ressources de la planète, ses robots, ses calculateurs, ses salles de marché informatisées, ses algorithmes, le magma de cette digestion. Ce serait lui et lui seul, solitaire Spartacus, qui aurait saboté les connections du programme. Ou bien un autre Winston Smith, pris dans l'emballement vertigineux des tripotages et tripatouillages bancaires d'un Big Brother toujours plus évanescent. Un rebelle, qui aurait soustrait à la scrutation électronique des censeurs du télécran mondial de toutes les Bourses interconnectées les actions décisives de sa rébellion. Un fou, un despérado, un terroriste, un résistant. N'importe quel idiot. Un Suicide Trader. Mais l'on se demandera aussi qui a bien pu, de cette effusion de valeur, recueillir, sur les marchés, l'épanchement inespéré ?"(28.01)
  • léo : "Oui, bien s?ur, mais aussi un spécialiste des systèmes de sécurité."(28.01)
  • ferraille : "Comme un pompier pyromane, un policier ripou, ce serait un spécialiste des systèmes de sécurité qui en serait le plus grand ennemi ?"(28.01)
  • Stalker : "Ah, je rigole toujours quand je vois un apprenti poète évoquer la finance ! Nous voici donc dans Matrix ! Tsss, c'est tout de même légèrement plus simple et... infiniment compliqué. Allons allons : sur l'argent ayant revêtu les atours jusqu'alors propriétés de Dieu, je vous conseille de lire Bloy voyons... Et puis Cendrars qui a tout dit en deux vers libres que je cite de mémoire, extraits du magnifique Les P?ques à New York : "Seigneur, la banque illuminée est comme un coffre-fort où s'est coagulé le sang de votre mort." CQFD, pas besoin de lyrisme inutile."(28.01)
  • ferraille : "Je ne suis pas un apprenti. Je suis un maître. Le lyrisme n'a jamais eu aucune utilité. Le mot "inutile" est donc inutile. Mais vous venez vous-même de la finance, je crois?"(28.01)
  • léo : " ça commence à prendre tournure. Je reprends en billet cette amorce."(28.01)