Donc, chère Stubborn, nous commençons avec ce fameux chapitre VIII, qui vaut bien un billet, dont j'enlève les citations pour commencer, afin de cerner les contours de l'idiotie. (Je prends l'édition de la Pochothèque de 2001).

"Comme nous voyons des terres oisives, si elles sont grasses et fertiles, foisonner de cent mille sortes d'herbes sauvages et inutiles, et que pour les tenir en office, il les faut assujétir et employer à certaines semences, pour notre service. Et comme nous voyons que les femmes produisent bien toutes seules, des amas et pièces de chair informes, mais que pour faire une génération bonne et naturelle, il les faut embesogner d'une autre semence : ainsi est-il des esprits, si on ne les occupe à certains sujets, qui les brides et contraignent, ils se jettent déréglés, par-ci par-là, dans le vague champ des imaginations. Et n'est folie ni rêverie, qu'ils ne produisent en cette agitation. L'?me qui n'a point de but établi, elle se perd : car comme on dit, c'est n'être en aucun lieu, que d'être partout.

Dernièrement que je me retirais chez moi, délibéré autant que je pourrais, ne me mêler d'autre chose, que de passer en repos, et à part, ce peu qui me reste de vie : il me semblait ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s'entretenir soi-même, et s'arrêter et rasseoir en soi : ce que j'espérais qu'il p?t désormais faire plus aisément, devenu avec le temps, plus pesant, et plus mœur : mais je trouve, qu'au rebours faisant le cheval échappé, il se donne cent fois plus de carrière à soi-même, qu'il n'en prenait pour autrui : et m'enfante tant de chimères et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre, et sans repos, que pour en contempler à mon aise l'ineptie et l'étrangeté, j'ai commencé de les enregistrer : espérant avec le temps, lui en faire honte à lui-même."

On peut commencer par là.