Pour clore cette collection automne/hiver 2008, les deux marques chic et choc, Lanvin et Vuitton, options divergentes dans l'expression du luxe. Lanvin a toujours incarné le summum de l'élégance (pour les hommes également) et Albert Elbaz a choisi, cette saison, d'accentuer le côté "habillé". Robes bustiers et manteaux de satin, des lignes horizontales (frange ou motifs rayés), vision sexy de l'esprit gothy qu'entretient le créateur depuis plusieurs années. Géométrique et dark (n?36/56). Un gros manteau pull absolument ravissant et plus casual (n?9/56). Les noeuds sont très présents dans les tenues (cet été, c'est plutôt dans les accessoires). L'autre ligne qui se dessine est l'allure bustier-pantalon cigarettes noirs, sur stylettos noires à talons hauts. Les épaules sont aussi très dénudées. Posture érotique renforcée par la présence du vynile. En deux mots : c'est très chic. En face, Louis Vuitton utilise les go?ts branchés de Marc Jacobs pour atténuer l'effet bling-bling de la marque, tendance que partage Dior (les deux du groupe LVMH). Suite de tenues sobres, jupes noires, pulls en cachemire sur chemise blanche. Très "school-girl" pour faire rêver les japonaises en furie, avenue des Champs-Elysées. Beaucoup de manteaux en cachemire, point sur lequel Louis Vuitton abandonne son air nouveau-riche, pour revenir à l'imagerie des malles sur un quai de gare, dans un film des années 60. Un long manteau splendide à capuche et zip, sorte de couverture retaillée (n?7/50). Au départ, les silhouettes mélangent des couleurs p?les, enfantines, puis s'assombrissent dans des coupes très années 80 (en gros, le pantalon large aux hanches qui se resserrent en bas), poétisées par une fine influence hip-hop. Les coiffures strictes et décadrées sont décalquées des mangas. J'aime ce long manteau fermé par une broche (n?13/50). C'est donc plutôt choc. Ensuite, plus modestes et pourtant délicates, Miu Miu (petite soeur de Prada) et Nina Ricci. Muccia Prada a décliné le thème du sport-wear, dans des matières surprenantes. Quasiment des combinaisons de plongée. Les caleçons qui s'arrêtent aux genoux, souvenez-vous : les "cyclistes". Toutes les mannequins portent un bonnet noir et lisse, comme ceux qu'imposent les piscines municipales. Je préfère quand elle se rapproche du côté sport féminin avec les robes sweat-shirts, en coton, tout doux (n?14/38). Sinon, elle découpe ces matières épaisses en faisant des grands trous, qui laissent apparaître en arrière-fond le vêtement porté dessous, pour en faire ressortir les couleurs vives (fluos). Le caleçon devient étonnamment utile quand il est porté sous une robe large, protégeant les cuisses (n?33/38). Selon style.com, Muccia Prada s'est principalement inspiré des tenues de jockeys. A l'opposé, Nina Ricci repris par Olivier Theyskens (qui a quitté Rochas quand la maison a fermée). Les robes sont fluides, les hauts volent au-dessus des pantalons strench, des vestes courtes les recouvrent (n?10 & 30/51). Couleurs hivernales allant du vert mousse au marron caramel. Silhouettes androgynes, presque masculines, au début. En dehors d'une sublime robe en velours de princesse médiévale (n?36/51). Peu de manteaux, les robes sont chaudes, longues jusqu'aux mains et aux chevilles. Style hippie et fée des bois, OT abandonne discrètement ses tendances ouvertement gothys pour renouer avec cette façon ancienne qui reste attachée au nom de Nina Ricci. Quand j'étais petite, venant en France pour les vacances depuis la Nouvelle-Calédonie, j'achetais chaque fois en duty free un flacon L'Air du temps pour ma grand-mère, fascinée par le bouchon de ce parfum, deux colombes qui s'embrassent.