Le chapitre VIII du 3e livre des Essais est rigoureusement blogosphèrique. On pourrait presque croire, en lisant ce chapitre sur l'art de conférer, que Montaigne est installé devant un écran d'ordinateur en train d'analyser les commentaires sur son blog. "Comme notre esprit se fortifie par la communication des esprits vigoureux et réglés, il ne se peut dire combien il perd et s'ab?tardit par le continuel commerce et fréquentation que nous avons avec les esprits bas et maladifs."... c'est presque du Stalker. Le "sujet" de l'"esprit", selon Montaigne, est un collectif qui se dispute. Il aime une "société et familiarité forte et virile, une amitié qui se flatte en l'?preté et vigueur de son commerce : comme l'amour est morsures et égratignures sanglantes. Elle n'est pas assez vigoureuse et généreuse, si elle n'est querelleuse. Si elle est civilisée et artiste. Si elle craint le heurt et a ses allures contraintes." Bernard Sève nous dit que pour accéder à l'esprit tel que Montaigne le conçoit, il faut oublier Descartes et Voltaire. Ses opérations propres : Inventer / Formuler des problèmes / Interpréter / Croire , se rattachent à une racine commune que B.S. identifie comme "Fabuler" (Fantasier) qui serait l' "opération-source" de l'esprit humain. L'espace virtuel de l'Internet avec sa part structurante de "simulacre", crée les conditions idéales d'émergence de cette "opération-source", la possibilité de s'engager dans des joutes imaginaires à l'abri derrière des pseudos, reconstitue de façon expérimentale ce phénomène naturel.