Plantons le décor de l'anecdote.

Donc, le dimanche 9 mars, pour sacrifier à la coutume de l'office du Grand Pardon orthodoxe, me voilà quittant mes pénates par un vrai temps de câ?¦ Bien que nourrie d'un tas de bonnes intentions, je suis en retard. Premier agacement. Heureusement, l'église est bondée, je parviens à me faufiler discrètement. Petit à petit, le recueillement des fidèles, les effluves de l'encens et la chaleur des bougies me réchauffent. Me voilà calmée et prête pour un bon grand coup d'aspi. A mon ?me.

Quelques instants après, un super bébé cadum aux yeux ravageurs se met à hurler quand le prêtre s'approche avec l'encensoir. Un autre bébé qui dormait dans son moïse s'empresse alors d'imiter le premier bébé. Un troisième bébé, à quatre pattes cette fois, se faufile entre les nôtres, de pattes, et trouve son nouveau jeu amusant. Il n'est pas le seulâ?¦ Pas grave. On a l'habitude. Mais ce n'est que lorsque le ch?ur a entonné un tropaire avec des voix de chèvres corses* que je me suis dit que le diable avait décidé de venir faire un petit tour à la fête. (Plus tard, j'ai appris que la basse et le baryton étaient grippés. Or, je préfère les ch?urs orthodoxes m?les).

Des fourmis dans les mollets, les genoux souffrant le calvaire à chaque génuflexion, très nombreuses en cette Fête, j'étais en pleine crise d'acédie* telle que la définit Matzneff dans le Taureau de Phalaris. Pour une préparation au Grand Carême, c'était loin d'être gagné. Ainsi, pendant l'homélie, ne tenant plus, je suis allée m'asseoir sachant que ce père là affectionne des prêches interminables.

C'est au même moment - ô Lucifer ? - que j'ai soudain été prise d'une envie de fou rire en repensant aux irrésistibles et fameuses grognes de @Stalker ainsi que de son digne bretteur @Ferraille ! J'ai d? me cacher sous mon ch?le mohair couleur rouille, ce qui m'a chatouillé le nez. Mais, bizarrement, après cet interlude insensé toute ma lassitude s'était envolée.

Moralité : moi qui détestais les blogs et autre fourbi du genre, ce matin, après avoir lu l'extrait sur l'anathème lancé par J-M. R. repris dans le présent billet, je me suis demandée si l'attrait du blog ELS ne serait pas d? à la liberté de ton que l'on y rencontre, que ce soit dans les sujets sérieux ou les billets plus «doux », mais surtout parce que l'humour y est fort présent ? Une démarche qui n'est pas sans me rappeler ce qui se fait en Belgique à la Ligue d'Impro - elle fêtera son 25 e anniversaire en 2009 - qui sont des joutes entre comédiens confirmés ou amateurs et dont @Léo serait l'arbitre.