Passionnant entretient accordé par Jean-Jacques Schuhl au magazine de mode Purple (dernier numéro, printemps/été 2008). Il évoque notamment sa manière d'écrire, de faire du montage à partir d'extraits de textes en tout genre. Dans ses sources d'inspiration, à part l'art et la nuit, il cite fréquemment la mode : "Tout est dans la musique. L'inflexion indique non seulement une esthétique mais aussi une morale, ça donne une phrase vagabonde qui évoque quelque chose d'un peu bancal et clandestin. La phrase devient un peu louche, un peu voyou mais pas trop... Le clochard n'est bien qu'un peu aristocratique : pour la phrase pareil! Elle peut choquer mais il faut qu'elle garde un peu de la Tradition. Le haillon de certains groupes pop ou le choc négligé du Duc de Windsor, il faut le balancement des deux... Les vêtements même chose! Gabrielle Chanel et Yves Saint-Laurent, à leur grande époque, ça a été à la fois la déglingue et la rigueur. Avec Saint-Laurent, c'était clair, il reliait l'allure trouvée dans la rue et la tradition qu'il a su casser. La robe qui tient à peine, etc. Dans l'écriture aussi : tout est dans la forme, dans l'allure de la phrase, dans la façon dont elle se profile. Proust utilise la métaphore d'une robe pour parler de son oeuvre, il dit : "Je suis comme un couturier qui coud une robe." Moi, ce serait une robe qui aurait une ligne assez tenue, mais aussi beaucoup de coutures, certaines apparentes, d'autres pas du tout. Mais pas une robe en patchwork : on ne verrait pas tout de suite que c'est épars et hétérogène. (...) Le montage et la composition m'intéressent sans doute plus que l'écriture." Alors, Mode et Littérature?