Mon frère, Henri, est né en 1937 dans le ghetto de Cracovie en Pologne. Il était parvenu, après la guerre, a effacer toute trace apparente de ce qu'il avait vécu. Il avait repris l'atelier familial, était un des pionniers du Club Méditerranée (où, chaque été, il devenait G.O. de plongée sous-marine), passait ses journées à travailler, ses nuits en "boites" et vouait un véritable culte à son corps d'athlète.

Nous dormions dans la même chambre, il était, pour moi, comme un deuxième père. En 1965, à 28 ans, son enfance le rattrapa sous la forme d'une "rupture psychique". Il passa le reste de sa vie, jusqu'à sa mort en 1989, entre les hopitaux psychiatriques et la maison, à reconstituer un de ces corps qui avaient hanté son enfance. Une maladie que les "psys" ne parvenaient pas à cerner, même si son origine semblait évidente (ils m'avaient recommandé de lire Olivier Sacks).

Nous partage?mes cette chambre encore durant trois années. En mai 68, j'ai eu 21 ans (l'?ge de la majorité à l'époque, qui permettait, dans certaines conditions, d'obtenir la nationalité française) je me suis marié le 13 juillet 1968 (on ne marie pas en France le 14 juillet), j'ai quitté la maison, mais je l'ai accompagné jusqu'au bout de son calvaire.