(Bré.III-2) Il serait vain d'imaginer que nous puissions contourner la mort et les éléments de la nature, de nous en extraire impétueusement ou à l'occasion d'une grâce particulière, d'une élection susceptible de nous arracher à l'ordre des choses en direction de la transcendance présumée d'une vie surnaturelle. « Il est impossible que l'homme ne soit pas une partie de la Nature » (Eth. 4, IV). Difficile d'écarter de mon être toutes les causes qui le font agir et l'enchaînent à une infinité de déterminations générant une résistance à laquelle on ne pourra pas se soustraire indéfiniment sans se laisser abattre et perforer. Il nous est impossible d'échapper aux mauvaises rencontres, aux toux et aux coups qui auront raison de notre puissance. Il faudrait pour cela détruire l'ensemble de l'ordre de la nature, les mauvaises herbes devenues transgéniques, les parasites succombant aux pesticides, exterminer les herbes vénéneuses, les limaces et les sauterelles et la masse infinie de tous les individus qui nous contrarient. Un Dieu qui nous sortirait de là, au détriment de tous les autres, devrait être un Dieu qui détruisît toute la nature, avec nos semblables (les damnés), et qui par conséquent se détruirait lui-même avec elle. Il nous faut donc bien expérimenter une autre voie et retrouver notre salut en rétablissant la bonne connexion entre l'ordre de nos désirs producteurs et celui de l'idée vraie, de sa vérité éternelle. Comment réussir ce couple, ce parallèle du bien et du vrai en se plaçant au point de vue le plus extra-moral qui soit et, partant, le moins destructeur, voici ce qu'il nous faudra examiner maintenant.