(Bré.VI-2) Rien d'étonnant alors à ce que l'éternité Spinoziste passe tellement par le corps et qu'il a besoin du peintre dont la « mesure » vraie nous ouvrira à une vision renouvelée de toute notre existence. « Et ceci est mon Corps » pourra dire Spinoza à Vermeerâ?¦ « et ceci est mon ?me » répondrait Vermeer, feuilletant l'Ethique entre deux coups de pinceauâ?¦ Là, il lira qu'en effet, « il existe nécessairement en Dieu une idée qui exprime l'essence de tel ou tel corps humain sous l'espèce de l'éternité » (V. 22). Et, sous ce rapport, « l'Esprit peut faire en sorte que toutes les affections du corps, c'est-à-dire toutes les images d'objets se rapportent à l'idée de Dieu » (V.14) ou encore aux idées vraies, qui se signent d'elles-mêmes, telles que la nature les déploie en son infinie et universelle géométrie. Des images d'objets, cher Vermeer, donnez-moi des imagesâ?¦ Cette idée vraie, cette formule ou ce chiffre axiomatique qui me caractérisent étaient formulés dans l'ordre entier de la nature comme une signature indéfectible, voire inimitable. Un signe qui évidemment « supplémente» mon existence actuelle même si c'est en elle seulement que je peux prendre connaissance de l'éternité et m'en réjouir. En ce sens, on pourra conclure de là que seul « l'esprit humain ne peut être absolument détruit avec le corps mais <qu>'il en subsiste quelque chose qui est éternel » (V.23). Empreintes, traces qui me précèdent à rebours de mon corps.

(Bré.VI-3) Ce qui ne peut être détruit, c'est cette idée/image vraie de mon corps ainsi que l'idée de cette idée en laquelle elle devient consciente de sa brillance si unique et singulière, au point d'ailleurs que le cosmos l'avait toujours enveloppée dans l'affirmation de sa force d'expansion. Alors sans doute pouvons nous mieux saisir que « Tout ce que l'Esprit comprend sous l'espèce de l'éternité est ainsi compris non pas parce que l'Esprit conçoit l'existence actuelle et présente du Corps, mais parce qu'il conçoit l'essence du Corps sous l'espèce de l'éternité ». Il nous faut, sous une intuition de ce genre, apprendre désormais à voir nos viscères et l'ordre des neurones qui se constellent en nous « par les yeux de l'esprit » qui « sont les démonstrations elles-mêmes » (Eth. V. 23. Scolie).

(Bré.VI-4) Voir un fleuve fixé dans la glue du peintre en ses tourbillons, toujours aux mêmes endroits, des goulots ou des galaxies dans le ciel immobile de leur géométral éternelâ?¦ â?¦ Chaque étoile est à sa place ! Sans l'une d'entre elles l'équilibre du tout, le mien, le vôtre ne serait pas le même. Il y faut la cohorte des êtres au point précis que prescrit l'universelle nécessité, jusqu'au lieu où s'actualise cette infinité complexe en laquelle s'ajointe mon corps. Ce dernier était, du point de vue des yeux de l'esprit, inévitable de toute éternité. Ainsi soit-il !