Automne 69, après la Licence et la Maîtrise, je m'inscris pour une thèse à la Sorbonne (Paris V) avec Louis-Vincent Thomas qui vient de publier ses Cinq essais sur la mort africaine à Dakar.
Influences de lectures d'etnologues comme Jaulin (La mort Sara), à la poursuite du "fait social total" de Marcel Mauss, d'une "théorie de la pratique" de Bourdieu (ethnologie Kabyle), des "historiens des "mentalités" comme Philippe Aries.
Après la lectures de Différence et répétition et de La logique du sens, je modifie l'orientation de ce travail. Bien qu'il enseigne à Vincennes, j'obtiens, par dérogation, que Gilles Deleuze devienne mon directeur de thèse. Ma vie professionnelle m'impose d'obtenir rapidement ce diplôme afin de donner un semblant de légitimité à mon rôle dans la recherche. La soutenance aura lieu en 1972. Deleuze, qui publie L'Anti-Oedipe, me fait rencontrer Felix Guattari.

En fait, derrière l'étude des rituels et représentations de la mort dans les sociétés contemporaines, j'ai choisi d'analyser le "camp d'extermination" comme "fait social total", et d'explorer, à travers la notion de "sidération", l'hypothèse d' une "matrice généalogique" de la modernité : le camp comme "laboratoire" de notre monde.
Le sujet passe mal, il ne permet pas de mettre en oeuvre une méthodologie anthropologique et à l'époque on n'ose pas vraiment l'aborder de cette façon distanciée. C'est encore un tabou.
Je ne publierai qu'un article en 1978 dans la revue Traverses, repris dans La Société sans maître où je "teste" mon concept de "sidération", mais le résultat est incompréhensible. Trop tôt. Trop jeune. Je reçois quand même une gentille lettre de Maurice Blanchot. J'aurai eu un lecteur.

Précédents : (1) (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8).