Barberine et les m@nuscrits.

"Fallait bien que j'évoque le sujet ici, (hey ho) let's go !

Pour faire bref et précis, m@nuscrits, c'est la nouvelle collection des éditions Léo Scheer.

Le principe est novateur et s'intéresse de près à l'apparition et au développement de l'Internet en tant que nouvelle forme d'expression. Autour du Blog des Editions Léo Scheer (que je vais finir par mettre dans mes "liens" un jour ou l'autre quand j'y penserai), s'est déjà constituée une véritable petite communauté littéraire, qui regroupe aussi bien des auteurs de de "simples" lecteurs passionnés, et qui se révèle être, au travers de l'expérience m@nuscrits, une nouvelle forme de de comité littéraire.

Concrètement, chaque personne ayant un tant soit peu d'ambitions écrivaillonnesques peut donc mettre en ligne son texte, qui se verra donc soumis au jugement des Internautes.

L'avantage est clair ; cela permet d'avoir un retour direct sur sa prose, de la part de personnes complètement extérieures à son petit monde, et qui auront un jugement éclairé sinon professionnel.

Plus que ça, cela peut aussi permettre à quelqu'un qui n'a aucun contact dans le milieu de l'édition de se faire remarquer et de voir son m@nuscrit devenir un vrai roman, présent en librairies.

Le premier roman de la collection m@nuscrits est sorti en librairies le 15 Octobre.

Curieuse, j'ai investi, n'ayant pas pris la peine de lire la version online au préalable.

J'aurais mieux fait de.

Géraldine Barbe s'est inscrite sur le site des éditions Léo Scheer sous le pseudonyme de Barberine, et a donc envoyé son manuscrit, "Rater Mieux", qui a visiblement tellement séduit le lectorat d'Internautes qu'il a pris une dimension plus réelle, concrète et palpable.

Ou pas.

En fait j'en sais foutrement rien de comment Barberine a réussi à tirer son épingle du jeu.

Après avoir achevé son petit roman, je suis d'autant plus perplexe.

Quoique je comprends l'aspect marketing.

Je m'embrouille.

J'explique.

Rater mieux, moi j'ai trouvé ça long bien que court, répétitif, et-j'écris-que-j'écris-que-j'écris-j'ai-dit-que-j'écrivais-que-j'écrivais-déjà-?, et pour être méchante et franche, la petite tourmente personnelle sauce "bou-hou je sais pas quoi faire de ma vie", moi ça commence à me fatiguer sérieusement.

Que tout le monde puisse passer par des phases de déprime cyclique sans cause, j'admets, je suis la première à tomber dedans, à pas comprendre pourquoi je me noircis moi même l'existence alors que, non, concrètement, il n'y a aucune raison.

Sauf que moi, oui parce qu'au final tout se ramène à moi, évidemment, quand je morfle, j'enrage.

Je n'ai jamais éprouvé aucune satisfaction dans le fait de me laisser aller, et je trouve ce genre de situation insupportable, intolérable. Je me pourris la vie violemment quand j'ai l'impression de ne pas être en accord avec moi même.

Me balancer la tête dans les murs me calme presque. J'ai le sang qui me monte aux tempes et qui tourbillonne dans ma cervelle.

Et nom de Dieu, c'est douloureux.

Je ne spleene pas comme le vent d'Automne fait tourbillonner les feuilles, je ne pleure pas avec générosité, je ne fais pas don de mon chagrin à la postérité, et, surtout, comme je n'ai plus quinze ans, j'ai arrêté de me raconter comme ça.

Je suis en train de me rendre compte que le sujet m'énerve davantage que je l'ai cru au départ.

Bref.

Rater mieux n'aurait jamais été publié si son auteur avait choisi le circuit normal de l'édition.

Elle aurait fait comme moi, elle aurait commencé à collectionner ses lettres de refus, à en faire une petite pile, et le sacro saint sens de sa vie aurait continué de lui échapper.

Même si parfois je sombre dans les mêmes travers, j'ai toujours tendance à conseiller aux gens qui cherchent le sens de leur vie de se vider une bouteille en s'en foutant plein le pif et d'aller se faire tirer un bon coup.

Arrête de chercher ; agis !

Bref. Me perds, encore.

Donc, je maintiens ; Rater Mieux n'aurait pas été publié autrement que gr?ce à m@nuscrits.

Et j'ai l'impression que c'est précisément pour ça qu'il s'agit du premier roman à sortir en librairies.

C'est touchant vite fait, quand on a de la sensibilité, j'imagine que ça fonctionne : la nana qui a tout perdu dans un incendie, qui cherche le sens de sa vie, et qui se rend compte qu'écrire (qu'elle écrit) serait une solution.

Je ne vais pas pousser la méchanceté jusqu'à retirer à Barberine ses qualités ; son texte n'est pas mauvais, elle a quelques tournures de phrase assez bien placées, et son personnage est suffisamment construit pour s'attirer un nombre de visiteurs conséquent sur un blog... Le problème, c'est que passer du blog au roman, ça ne se fait pas en un claquement de doigts.

A piori, Barberine n'avait pas de blog d'ailleurs, mais elle rentre tout de même pile poil dans la ligne éditoriale de m@nuscrits dans le sens où ce qu'elle écrit ressemble à un blog.

Ce n'est pas tant une fiction que la retranscription au jour le jour de ses états d'?me.

C'est en cela que m@nuscrits devient novateur : il n'y a pas de barrières à l'entrée, sinon celles que se fixent eux mêmes les intervenants, et une révolution au niveau de la forme d'écriture.

Je comprends le challenge que s'est fixé Léo Scheer, et il est de taille.

J'ai tendance à penser qu'il faille désormais composer avec le Net au niveau des nouvelles créations, mais alors, et même si cette idée me semble tout à fait détestable, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et créer carrément une nouvelle forme ?

Concrètement, j'ignore ce que ça pourrait donner.

La seule chose qui me gêne, c'est que l'utilisation du support papier traditionnel ne me semble pas un débo?ché logique à la création sur le web.

Je dois être quelqu'un de très conservateur au fond.

J'apprécie de plus en plus le fait de lire un roman, avec pas forcément une intrigue mais au moins des personnages.

Pas un "je" qui se ramène à l'auteur, ou pas, ou si, ou bien.

L'auto fiction, moi, ça commence à m'emmerder.

Si c'est ça la nouvelle forme d'expression, des fois je me dis que ce serait presque aussi bien qu'ils la ferment tous.

A commencer par moi, sans doute, mais si moi je me tais, mon monde s'effondre, et alors là, je deviens dépressive, je deviens errante, je cherche le sens de ma vie, et je ne veux surtout pas devenir comme ça.

Je crois que je vais relire mes vieux Stephen King, au moins il se passait des trucs dedans.