Ce qui ne signifie pas que l'expression graphique soit, pour Apollinaire, un genre secondaire, mineur : non seulement, il s'est essayé à son tour à l'aquarelle, au pastel, mais il trempait dans le milieu flamboyant du début du XXe siècle, prenant part avec force aux débats passionnés de l'époque. L'exposition au Centre Pompidou inaugurée la semaine dernière, Le futurisme à Paris, une avant-garde explosive, en est notamment témoin. N'est-ce pas Apollinaire qui baptisa du nom d'« orphisme » le mouvement futuriste français revu et alimenté par Delaunay dans des formes circulaires et colorées ?
« Les dessins d'Apollinaire servent à mieux pénétrer dans son œuvre. Plus immédiats que les mots, on constate qu'ils ne sont guère raturés, alors que les avant-textes sont toujours biffés, surchargés de corrections, de repentirs », insiste Claude Debon. On peut regretter parfois, en feuilletant cet album, de ne pas pouvoir mieux laisser résonner les croquis et le texte, la reproduction étant de temps à autre trop rétrécieâ?¦ Cependant, on suit avec plaisir, au fil des croquis, le fol imaginaire d'Apollinaire : « Chacune de ces pages offre le grimoire sur lequel on aimerait pouvoir déchiffrer les méandres et les profondeurs obscures de la rêverie du poète », écrit Debon. Apollinaire. Un génie, trop tôt disparu, à 38 ans, et qui laisse à travers son œuvre la marque de son credo : « La grande force est le désir. »

Christophe Henning

Photos : Apollinaire peu après sa trépanation ; Épithalame.