Programmes de recherches en sciences humaines avec les grands corps de l'Etat de plus en plus lourds, moyens financiers croissants, nombreux colloques et séminaires, développement des aides aux maisons d'éditions pour faire connaître tout ça, multiples stages de formation des hauts fonctionnaires (Inspection des finances, préfectorale, corps des Mines et des Ponts, Conseil d'Etat.... Je démarre en même temps des cycles d'enseignements dans les Grandes Ecoles : (ENA, X, Ponts, TPE). La défaite de Mitterrand à l'élection présidentielle nous fait revoir l'orientation de IRIS, vers une conception moins "archaïque" (Rocard), en particulier de l'économie. J'entreprends plusieurs lignes de travaux de recherches personnels autour d' un réseau de chercheurs (Centre d'Etudes des Modes de Vie) sorte de rhizome, que je crée avec des amis tels que Yves Stourdzé, Michel Maffésoli, Jean Baudrillard ou Paul Virilio, qui se saisit de plusieurs objets de la vie quotidienne : Télévision (observatoire), NTIC (France Telecom), automobile (Renault), Urbanisme/Construction.
Pour nous, en particulier pour Yves Stourdzé et moi, le maître mot devient "deregulation" et commence avec la déréglementation des télécoms aux USA et le démantèlement de A.T.T. L'IRIS obtient une importante étude pour définir les conséquences de cette dérégulation sur le système français.
Ce qui se passe dans ma tête est assez paradoxal. Le recul du pouvoir d'encadrement de l'Etat m'apparaît comme une tendance plutôt sympathique, mais j'ai le sentiment que participer à sa dissolution, en particulier dans un pays comme la France, était peut-être... une bêtise : la notre, celle de notre génération. J'ai découvert dans mon travail au cours de ces années 70 à quel point la France "tenait" principalement gr?ce à ce dispositif (assez incroyable et unique) forgé au fil des siècles, qu'est l'Etat Français, (Colbert, Bonaparte, etc). Le reste, le patronat, la socialité (monde associatif, les syndicats, etc... ne me semblaient pas en mesure de prendre le relais pour les décennies de "deregulation" qui s'ouvraient devant nous. Dix ans après Mai 68, j'étais devenu un peu "Gaulliste" (l'autoritarisme militaire en moins) et je me passionnais pour les politiques de "Grands Travaux" et de stratégie industrielle géopolitique.
Il est difficile de comprendre comment un "sociologue-anarchiste-immigré" se retrouve, à l'?ge de trente ans, à la "tête" d'un Groupe aussi névralgique à l'époque que le Groupe Havas, sans évoquer le sens de cette période de transition.
Je le mesurais à l'occasion d'une Mission très "originale" que j'ai pu organiser et animer gr?ce à l'initiative de mon ami Michel Sauzay (membre de l'IRIS) qui était alors au Cabinet du Ministre de l'Industrie. Le titre de cette mission était : "Stratégie Industrielle pour la France" (ni plus, ni moins...), les travaux durèrent deux ans, je ne suis pas s?ur qu'on ait osé publier le rapport. Il conduisait, assez bizarrement, par des chemins de traverses, à une politique assez "dirigiste" et qui sera finalement celle de la gauche au pouvoir dans sa première manière. (Étrange convergence autour d'une certaine idée de la "Grandeur de la France", ici quasi surréaliste). La méthode de travail que j'avais adoptée consistait à faire se rencontrer et débattre, devant notre commission, des personnalités comme Lyotard, Baudrillard ou Serres avec les "grands patrons" et les "grands commis de l'Etat" de l'époque, et d'aborder de façon libre aussi bien le "Post-Moderne" que les nouvelles industries de communication, la dérégulation et le contrôle des banques, le nouveau rôle de l'Etat et l'industrie de l'armement....
C'est lors d'une de ces réunions que je rencontrais Yves Cannac, Président du Groupe Havas et proche de Giscard.