S'il fait toujours autant parler de lui, le livre numérique suscite encore peu d'initiatives commerciales concrètes de la part des éditeurs.
Hormis publie.net et son modèle entièrement numérique, quelques projets d'extension à partir d'un catalogue papier ont vu le jour, de façon très mesurée. Parmi ces projets, on peut noter celui d'ePagine. É la fois fabricant de fichiers, distributeur et catalogue en ligne, ce modèle est construit comme un portail entre les éditeurs (Gallimard, Actes Sud, etc.) et les libraires. Certes le projet est encore neuf, mais ce souci de travailler directement avec les libraires et de maintenir ces derniers au centre de l'acte d'achat - ce sont eux qui réalisent finalement la vente des livres numériques - montre que la prise de risque est déplacée et que l'impulsion ne vient pas forcément de là où on pourrait l'attendre.

Autre preuve et pas des moindres : le projet "Palabras mayores" mis en oeuvre par Carmen Balcells, agent littéraire incontournable dans le monde des lettres hispaniques. "Palabras mayores" attire d'autant plus l'attention que Carmen Balcells incarne une tradition et un univers littéraires à elle seule (voir aussi l'article de Pierre Assouline à ce sujet) et se substitue ici aux éditeurs : reconnue et implantée, symboliquement rattachée à une "famille d'auteurs", elle jouit d'un pouvoir suffisant pour proposer une offre réellement nouvelle, au moins en termes de prix. On trouve ainsi sur l'interface Leer-e des textes à moins de cinq euros (pour l'instant Garcia Marquez, Miguel Delibes et Camilo José Cela).
Faisant le pari de la démocratisation prochaine des e-books, Carmen Balcells souhaite enrichir son offre en mettant à disposition des internautes des textes classiques en langue espagnole : García Márquez, Vargas Llosa, Cortázar, Marsé, Goytisolo et Vázquez Montalbán, pour ne citer que les plus connus.



''De gauche à droite : Gabriel García Márquez, Jorge Edwards, Mario Vargas Llosa, José Donoso y Muñoz Suaz, chez Carmen Balcells, Barcelone (1974).
Fotografía de Diálogo con Vargas Llosa, por Ricardo A. Setti (Editorial Kosmos, 1988).''