Celui-ci est un des plus bizarres personnages de ce blog où Dieu n'en a pas laissé manquer. C'est un composé de hauteur et de bassesse, de bon sens et de déraison. Il faut que les notions de l'honnête et du déshonnête soient bien étrangement brouillées dans sa tête, car il montre ce que la nature lui a donné de bonnes qualités, sans ostentation, et ce qu'il en a reçu de mauvaises, sans pudeur. Au reste il est doué d'une organisation forte, d'une chaleur d'imagination singulière, et d'une vigueur de poumons peu commune. Si vous le rencontrez jamais et que son originalité ne vous arrête pas; ou vous mettrez vos doigts dans vos oreilles, ou vous vous enfuirez. Dieux, quels terribles poumons.

Rien ne dissemble plus de lui que lui-même. Quelquefois, il est maigre et h?uve, comme un malade au dernier degré de la consomption; on compterait ses dents à travers ses joues. On dirait qu'il a passé plusieurs jours sans manger, ou qu'il sort de la Trappe. Le mois suivant, il est gras et replet, comme s'il n'avait pas quitté la table d'un financier, ou qu'il e?t été renfermé dans un couvent de Bernardins. Aujourd'hui, en linge sale, en culotte déchirée, couvert de lambeaux, presque sans souliers, il va la tête basse, il se dérobe, on serait tenté de l'appeler, pour lui donner l'aumône. Demain, poudré, chaussé, frisé, bien vêtu, il marche la tête haute, il se montre et vous le prendriez au peu prés pour un honnête homme. Il vit au jour la journée. Triste ou gai, selon les circonstances. Son premier soin, le matin, quand il est levé, est de savoir où il dînera; après dîner, il pense où il ira souper.

Je connaissais celui-ci de longue main. Il fréquentait dans une maison de Vannes dont son talent lui avait ouvert la porte. Il y avait une fille unique. Il jurait au père et à la mère qu'il épouserait leur fille. Ceux-ci haussaient les épaules, lui riaient au nez; lui disaient qu'il était fou, et je vis le moment que la chose était faite. Il m'empruntait quelques écus que je lui donnais. Il s'était introduit, je ne sais comment, dans quelques maisons honnêtes, où il avait son couvert, mais à la condition qu'il ne parlerait pas, sans en avoir obtenu la permission. Il se taisait, et mangeait de rage. Il était excellent à voir dans cette contrainte. S'il lui prenait envie de manquer au traité, et qu'il ouvrit la bouche; au premier mot, tous les convives s'écriaient, "É Pirate !" Alors la fureur étincelait dans ses yeux, et il se remettait à manger avec plus de rage.

Il m'aborde. « Ah, ah, vous voilà l'araignée cynique, et que faites-vous ici parmi ce tas de fainéants? Est-ce que vous perdez aussi votre temps à tripoter le clavier ? C'est ainsi qu'on appelle par mépris écrire des commentaires sur un blog.

MOI: Non, mais quand je n'ai rien de mieux à faire, je m'amuse à vous assassiner dès que je peux sur le blog des éditions Léo Scheer.

LUI : Ah, Léo Scheer, je ne pense qu'à lui ! De jour comme de nuit, je rêve de me faire publier dans sa nouvelle collection M@nuscrits. Vous savez que je suis l'auteur de deux ?uvres immortelles ?

MOI : Oh oui ! Nous le savons tous par ici !

LUI : Avec Les Mariés du Darfour, je peux faire les pages littéraires, culturelles, poétiques, d'actualité, de politique, de divertissement et de spiritualité. Les Mariés du Darfour peuvent être exploités par n'importe quel média, livre, télé, ciné, radio, bd. Les Mariés du Darfour incarnent toute une époque, la globalisation et la dégénérescence économique, le lissage des cultures et le dédain des minorités. Sans vouloir offusquer quiconque, il est peu probable qu'aucun autre m@nuscrit propose autant d'angles de communication, de polémique et de débat. Je suppose qu'un sociologue de l'ère de l'image comprendrait tout cela. D'autant que l'auteur n'a pas vraiment la langue dans sa poche et se fait remarquer même sans forcer. Et puis le Roman Divin, c'est un courant poétique a lui tout seul, il ouvre le champ d'exploration de la poésie comme aucun autre auteur ne l'a jamais fait, tous les thèmes civilisateurs y sont abordés, donnons lui un corps et une voix, il le mérite.

MOI : Je vois que vous ne faites gr?ce qu'aux hommes sublimes.

LUI: Oui, aux échecs, aux dames, en poésie, en éloquence, en musique, et autres fadaises comme cela. A quoi bon la médiocrité dans ces genres.

MOI: A peu de chose, j'en conviens. Mais c'est qu'il faut qu'il y ait un grand nombre d'hommes qui s'y appliquent, pour faire sortir l'homme de génie. Il est un dans la multitude. Mais laissons cela. Il y a une éternité que je ne vous ai vu. Je ne pense guère à vous, quand je ne vous vois pas. Mais vous me plaisez toujours à revoir. Qu'avez-vous fait?

LUI: Ce que vous, moi et tous les autres font; du bien, du mal et rien. Et puis j'ai eu faim, et j'ai mangé, quand l'occasion s'en est présentée; après avoir mangé, j'ai eu soif, et j'ai bu quelquefois. Cependant la barbe me venait; et quand elle a été venue, je l'ai fait raser.

MOI: Vous avez mal fait. C'est la seule chose qui vous manque, pour être un sage

LUI.-- Oui-da. J'ai le front grand et ridé; l'oeil ardent; le nez saillant; les joues larges; le sourcil noir et fourni; la bouche bien fendue; la lèvre rebordée; et la face carrée. Si ce vaste menton était couvert d'une longue barbe; savez-vous que cela figurerait très bien en bronze ou en marbre.

MOI: A côté d'un César, d'un Marc-Aurèle, d'un Socrate.

LUI: Non, je serais mieux entre Diogène et Phryné. Je suis effronté comme l'un, et je fréquente volontiers chez les autres.

MOI: Vous portez-vous toujours bien?

LUI: Oui, ordinairement; mais pas merveilleusement aujourd'hui.

MOI: Comment? Vous voilà avec un ventre de Silène; et un visage . . .

LUI.-- Un visage qu'on prendrait pour son antagonisteâ?¦ un cul !

MOI : Et que pensez-vous des premiers auteurs sélectionnés par Léo Scheer dans sa collection M@nuscrits ?

LUI : Je mentirais si je disais que je ne jalouse pas les auteurs choisis. Je pense qu'à la base mon charabia est incompréhensible. Car il repose sur des repères intellectuels peu courants, et que le style qui m'est propre demande aussi un temps d'adaptation. Cela est vérifiable par le comportement d'Alex lorsqu'elle me lit. Auparavant elle croyait avoir affaire à un véritable halluciné, et faut bien avouer que ses réserves s'effritent peu à peu. Il suffit de relire mes premiers commentaires du blog, et vous verrez alors que mes propos sont restés les mêmes. Je ne fais que me répéter et approfondir les choses pour percer le mur de le norme qui nous sépare. De la même manière, je pense que Les Mariés du Darfour, une fois le texte abouti, et que mon style "musical" sera rentré dans les moeurs, deviendra alors un bon outils pour défendre mes opinions. Et puis, il y a Le Roman Divin aussi, qui est un recueil qui mélange le meilleur comme le banal, mais le meilleur quand même, recueil que j'ai commencé à recorriger aussi, histoire que le banal prenne des airs de vrai poème. Ce blog ne suffira pas à me faire connaître, des ouvrages de fond me sont nécessaires. Tout ce que je sais, c'est que je voudrais bien être un autre, au hasard d'être un homme de génie, un grand homme. Oui, il faut que j'en convienne, il y a là quelque chose qui me le dit. Je n'en ai jamais entendu louer un seul que son éloge ne m'ait fait secrètement enrager. Je suis envieux. Lorsque j'apprends de leur vie privée quelque trait qui les dégrade, je l'écoute avec plaisir. Cela nous rapproche: j'en supporte plus aisément ma médiocrité. Je me dis: certes tu n'aurais jamais fait Mahomet; mais ni l'éloge du Maupeou. J'ai donc été; je suis donc f?ché d'être médiocre. Oui, oui, je suis médiocre et f?ché. Je n'ai jamais entendu jouer l'ouverture des Indes galantes; jamais entendu chanter, Profonds Abîmes du Ténare, Nuit, éternelle Nuit, sans me dire avec douleur; voilà ce que tu ne feras jamais. Je suis donc jaloux de Barberine, de Stéphane Darnat et de Jean-Clet Martin !

MOI: S'il n'y a que cela qui vous chagrine, cela n'en vaut pas trop la peine.

LUI: Ce n'est rien. Ce sont des moments qui passent. Puis il se remettait à chanter l'ouverture de Rater mieux, et quelques passages de La chambre; et il ajoutait: Le quelque chose qui est là et qui me parle, me dit: Pirate, tu voudrais bien avoir fait ces deux morceaux-là; si tu avais fait ces deux morceaux-là, tu en ferais bien deux autres; et quand tu en aurais fait un certain nombre, on te jouerait, on te chanterait partout; quand tu marcherais, tu aurais la tête droite; la conscience te rendrait témoignage à toi-même de ton propre mérite; les autres, te désigneraient du doigt. On dirait, c'est lui qui a fait les jolies histoires; puis il continuait: et c'est ainsi que l'on te dirait le matin que tu es un grand homme; tu lirais dans l'histoire du vingt-et-unième siècle que tu es un grand homme; tu serais convaincu le soir que tu es un grand homme; et le grand homme, Pirate, s'endormirait au doux murmure de l'éloge qui retentirait dans son oreille; même en dormant, il aurait l'air satisfait; sa poitrine se dilaterait, s'élèverait, s'abaisserait avec aisance; il ronflerait, comme un grand homme; et en parlant ainsi; il se laissait aller mollement sur une banquette; il fermait les yeux, et il imitait le sommeil heureux qu'il imaginait. Après avoir go?té quelques instants la douceur de ce repos, il se réveillait, étendait ses bras, b?illait, se frottait les yeux, et cherchait encore autour de lui ses adulateurs insipides.

LUI : Babouk, n'est-ce pas malheureux que des grands poètes comme nous soyons obligés de faire les guignols pour attirer l'attention, et qu'en prime ça marche même pas ? Où va le monde ! Faut-il se résoudre à faire "silence" pour être "compris" et "accepté" ?

MOI (soudain furieuse): Tête molle, je ne suis pas dans TA galère. Je n'ai pas de manuscrits à vendre, et encore moins de calamiteux manuscrits. Ah la la ! Que de choses cruelles tu me forces à te dire !

LUI : Il me semblerait bon de prendre des vacances. Les choses commencent à s'éclaircir. Et si je n'avais rien à faire ici ! Oui, peut-être est-ce ça. Léo, pourriez-vous chinter mon IP ? Je suis accro, je n'arrive plus à m'en sortir, libérez-moi, pitié, renvoyez-moi au néant. Etre ou ne pas être, j'ai choisi de ne pas être, voici ma réponse.

UN SCOOP !

Suite à des supputations sur le blog des ELS, Babouk dévoile les prochains auteurs publiés dans la nouvelle collection M@nuscrits

Vous n'y êtes pas du tout, les zombies de la blogosphère. Moi qui suis jour et nuit aux côtés de Léo (vous voyez qui je suis ? Indice: velue et acrobate), je peux vous donner les 4 prochains titres qui paraîtront dans la collection M@nuscrits (pour les 3 suivants il hésite encore).

Ce sont (je déchire l'enveloppe):

1) Erwan Legoff, Le roman divin.

2) Babouk, Pirate en perdition.

3) Aubin Téo, Les mariés du Darfour.

4) Babouk, I love Babouk.

Léo a décidé de saborder sa maison d'édition. Il m'a confié qu'il se sentait l'?me pirate depuis quelques temps, à force de lire son blog sans doute, car il y est harcelé depuis des semaines par un mercenaire sans foi ni loi.

Il compte renflouer le magazine Pif-Gadget bien mal en point, dans lequel il publiera régulièrement des extraits de m@nuscrits.

Angie, Florent et toute l'équipe des ELS sont très inquiets, ils essayent de le ramener à la raison et me donnent des coups de balai pour que je déguerpisse, mais ils me connaissent mal, Léo m'a promis le poste de rédacteur en chef du magazine rebaptisé "Léo-Gadget", je suis déjà en train de dessiner la maquette de mes 8 pattes véloces !

Mon nom est Babouk et j'approuve ce message.

INTERVIEW DE REINE BABOUK

(Journal Littérature animale, 30 janvier 2009)

Un bar près de la rue de l'Arcade à Paris. Babouk est assise dans un divan, un boa noir en plume autour du cou. Elle fume une cigarette d'une patte et un cigarillo d'une autre, tandis qu'elle tient un verre de rhum dans une troisième patte couverte d'un gant en velours violet.

Peter B : Permettez-moi, juste une idée, comme ça, Reine Babouk. Et si vous choisissiez un thème, que vous alliez chercher au fond de vous, une idée qui vous tient à coeur, un truc que vous auriez vraiment envie de dire, et que vous utilisiez toute cette énergie dont vous faites preuve dans l'écriture d'un texte. Je veux dire un texte qui ne soit pas en rapport avec Leo Scheer, ce blog, enfin vous voyez quoi, un texte.

Reine Babouk : Vous ne savez pas à quel point votre question me toucheâ?¦ Je débute dans le métier, savez-vous. Ma grand-mère babouk écrit elle plusieurs romans en même temps de ses huit pattes (elle en a publié plusieurs centaines), quand moi je ne sais écrire qu'avec trois pattes. J'ai de nombreux projets de roman, et ce que vous avez lu n'est que la partie émergée de mon ?me d'araignée (elle crache un nuage de fumée avec désinvolture). J'ai ainsi écrit une fresque familiale qui couvre plus de huit siècles, de la naissance de ma grand-mère babouk à Madagascar jusqu'à ma jeunesse passée auprès d'elle, à écouter ses nombreuses aventuresâ?¦

Peter B : Pouvez-vous nous en dire plus ?

Reine Babouk : Pas pour le moment, car il s'agit d'autofiction et je ne suis pas tout à fait au clair avec ce conceptâ?¦ Laissez-moi encore deux ou trois siècles de travail pour peaufiner cette ?uvre.

Peter B : Deux ou trois siècles ? Mais ne craignez pas que votre éditeur perde patience ?

Reine Babouk : Mon éditeur est un homme très patient et qui compte d'ailleurs se faire cloner prochainement. Nous les babouks vivons très vieille (ma grand-mère est ?gée de 807 ans), ce qui nous permet de vivre confortablement de nos droits d'auteurâ?¦

Peter B : Vous parlez de votre grand-mère, qui semble avoir eu une influence considérable sur votre démarche littéraireâ?¦

Reine Babouk : Oui, c'est évident. Savez-vous qu'elle a été le nègre de nombreux écrivains français du vingtième siècle publiés à la NRF ? Elle est en train d'écrire ses mémoires, je ne peux pas vous en dire plusâ?¦

Peter B : Revenons à ma première question concernant vos écrits mis en ligne dans la collection M@nuscrits chez Léo Scheer. Un de vos personnages principaux s'appelle Pirate (vous écrivez curieusement Pir?te d'ailleurs), et vous ne cessez de le martyriser, de manière obsessionnelle. Ne craignez-vous pas de lasser le lecteur ?

Reine Babouk : Ecoutez, il s'agit d'un poète illuminé du Morbihan, qui cherche à faire publier ses ragotons prétendument littéraires (écrits sous la tente en quelques heures) chez Léo Scheer. Il tient des propos consternants de bêtise à longueur de journée sur le blog de celui-ci, cherchant à se faire un maximum de pub. La crise financière et morale n'excuse pas tous les délires narcissiques. De plus, c'est un inf?me délateur de type sarkozyste, jeâ?¦ (elle crache un venin rouge), mais soit, il a quand même le droit d'exister, ne serait-ce que pour que je puisse le démolir, une ?uvre de salubrité publique à laquelle je me consacre de toutes mes forces. Je reçois d'ailleurs des mails où il s'avère que ce malheureux poéticule est très connu dans sa ville natale, Vannes (avec une origine pareille, il devait fatalement souffrir).

Mais je suis lasse (elle étend ses pattes vers le sol), je dois vous quitter. La Littérature m'attend. (Elle sort du salon par une porte camouflée, laissant un gant sur la table).