Voyageur, je vois à la poussière ocre de tes sandales que tu viens de la province la plus reculée. De toute évidence, les affaires dont tu veux entretenir l'Empereur sont de première importance _ du moins à tes yeux et aux yeux de ceux qui t'ont choisi pour parler en leur nom. Tu ne dois cependant pas ignorer que l'Empereur n'est pas homme à dilapider son temps en vaines causeries : innombrables sont les provinces qui requièrent son arbitrage, douze années pleines ne suffiraient pas à énumérer les cités qui demandent audience.

Aussi l'Empereur a-t-il pris ses dispositions, afin d'écarter les harangueurs inutiles _ et tant d'hommes aujourd'hui parlent dans le vide sans vergogne ! Beaucoup se pressent chaque matin devant les murailles du palais, mendiants ou princes, et aucun ne sera entendu. Si tu veux ne pas être un de ceux là, écoute-moi attentivement, voyageur _ je ne suis qu'un petit homme errant aux abords du palais, mais ma parole est plus précieuse que sang royal : au-delà des portes que tu distingues là-bas, et que les gardes ouvriront de bonne gr?ce, comme si tu étais attendu, comme si tu étais un invité de marque que les gens du palais se préparent à fêter, au-delà de ces portes s'étendent esplanades et couloirs, galeries fleuries et escaliers _ et pas moins de cinq portes te sépareront encore de l'Empereur. Franchir une seule de ces portes est chose malaisée, extraordinaire même. Car sur chaque seuil se tient un gardien avec qui tu auras à lier langue et qui seul décidera si tu es digne ou non de cheminer vers l'Empereur.

Je vois à ta lèvre frémissante que tu es s?ur de ton fait, et tu crois sans doute, comme tant d'autres avant toi, que ta franchise tiendra lieu d'éloquence. Il te faut bien comprendre que la vérité n'a pas cours au palais, voyageur. Patience, sagacité, rouerie, déraison et témérité seront tes armes. Assieds-toi à l'ombre de ce cèdre et je t'enseignerai l'art de tromper les gardiens.

A la première porte tu verras un homme vêtu de noir. Immobile mais toujours prêt à bondir, prince de haute lignée à en juger par son regard altier, il n'en est pas moins écumant, et s'il tient dans sa main droite un épais papyrus d'écrits très anciens, sa main gauche dissimule un poignard effilé. A peine t'aura-t-il aperçu qu'il te lancera des injures scabreuses, insensées, ricanantes, il te traitera de loqueteux, d'animal sans testicules, de mangeur de figues, de bousier phraseur, d'apostat boutonneux, de sodomite hésitant, de ragondin affamé d'excréments, et il te défiera, toi qu'il n'a jamais vu et qui ne l'a jamais vu, de contester une seule de ses affirmations. Surtout ne sois pas troublé : dans la contrée dont est originaire le premier gardien, il est de coutume d'accueillir de la sorte l'inconnu. Vouloir laver l'offense dans le sang serait donc une lourde erreur, mais la supporter en silence constituerait une faute plus grave encore. Car le premier gardien n'aime rien tant que guerroyer en paroles, et malheur au visiteur qui voudrait se soustraire à sa jactance. Il te faudra gagner son estime en rendant coup pour coup, à toi de savoir être ingénieux dans l'injure, en veillant cependant à ne pas prendre l'ascendant durant la joute, ce qui ne te serait pas pardonné. Reste donc gaillardement constant, échauffé à distance honnête, et menace-le de ton b?ton quand il agitera son poignard. Il importe qu'il puisse parader à tes dépens sans que tu aies démérité, et laisse-lui le plaisir d'insulter également tous les gens du palais qui s'arrêtent devant lui, perplexes _ et surtout ne va pas invoquer le nom de l'Empereur en pensant adoucir son courroux : « l'Empereur ? te lancerait-il, riant avec fureur, que m'importe ce gras pourceau dont la parole ne porte pas plus loin qu'une demie giclure de vieille semence ! » Ce n'est qu'au terme de longues heures d'invectives grandioses et navrantes que le premier gardien, enfin rassasié, daignera considérer ta requête. Il ouvrira la première porte, non sans te rappeler qu'il a mieux à faire qu'à bavarder avec un risible homoncule tel que toi, chose que tu n'iras pas contester.

Sur le seuil de la deuxième porte, tu trouveras un homme confortablement installé sur des étoffes, plongé dans quelque lecture austère, visiblement heureux de savourer une science nouvelle, ou alors tu le verras discourir parmi des serviteurs très attentifs. Lorsque tu te seras présenté à lui, il te saluera et se montrera affable, et même tout à fait disposé à te laisser franchir le deuxième seuil. Il te demandera juste, presque distraitement, ce qui t'a conduit au palais de l'Empereur. Toi, enhardi et croyant déjà à une oreille amicale, tu lui diras, succinctement ou avec force détails, la cause de ton long voyage. Et c'est alors que ce gardien se révèlera le plus redoutable de tous : reprenant chacun de tes mots, il t'interrogera à nouveau, afin que tu précises ta pensée, et à chacune de tes réponses il te sera demandé de justifier les mots auxquels tu auras recouru pour justifier les premiers, et tu t'enfonceras, sans même t'en rendre compte, dans un labyrinthe aux bifurcations toujours plus nombreuses. Si par exemple tu affirmes : « je viens solliciter l'aide de l'Empereur, car une sécheresse terrible ruina ma province à la saison dernière », il te dira : « je comprends bien, et tu as bien fait de venir jusqu'ici » ; mais il ajoutera aussitôt : « dis-moi dans quelle mesure la perte des récoltes est imputable à la sécheresse et à quoi tu penses que cette grande sécheresse est due ». Et si tu as le malheur de répondre : « à la volonté des dieux, je suppose ! », il te dira : « quels dieux, exactement ? Les démons du désert qui se montrèrent trop zélés, ou au contraire les divinités des nuées qui furent trop négligentes ? Et crois-tu que ces puissances agissent après délibérations ou aveuglément ? Voilà un point que nous devons éclaircir avant d'aller plus loin. ». Tu seras tenté de répondre ce que tout homme sensé répondrait dans ta position : « je ne sais rien des secrets du ciel ». Mais alors il te dira : «comment donc ? Tu ignores tout de l'origine des calamités qui se sont abattues sur tes terres, et tu prétends savoir ce qu'il convient de faire pour y remédier ? Cela n'a guère de sens ». Et si, épuisé, tu dis que l'Empereur dans son impériale sagesse saura que penser et que décider, il te reprendra encore : « Sans doute as-tu raison. Mais qu'as-tu en tête lorsque tu dis l'empereur ? Veux-tu parler du vieil homme qui occupe le trône de ce palais ? Ou du maître des provinces ? Penses-tu t'adresser à ce qu'il est ou à ce qu'il représente ? Et en t'adressant à lui, à quelle parcelle de son être ton discours s'adressera-t-il ? Sa compassion ? Sa conscience ? Son calcul ? Sa faiblesse ? Sa largesse ? Ne te dérobe pas, car si tu ne sais pas qui tu prétends fléchir, mieux aurait valu ne jamais quitter ta province. » Les palabres se poursuivront au plus profond de la nuit. Sache que tu ne parviendras à passer la deuxième porte que lorsque, l'interrogeant à ton tour, tu auras réussi à l'égarer dans son propre labyrinthe ; profite de son inattention et h?te-toi, car jamais il ne reste perdu bien longtemps : il connaît toutes les issues de tous les raisonnements humains.

Bien différente sera la troisième porte, située au fond d'une vaste salle emplie de rires et de musiques. Là, autant que l'on puisse en juger, pas de gardien officiel, mais des gens de tous ?ges et de toutes conditions, tour à tour animés et prostrés : astrologues, espions, arriérés, danseuses, mercenaires, marchands, échansons, égorgeurs, les uns interpellant les autres tantôt avec jovialité, tantôt avec acrimonie, sans que l'on puisse savoir si ce sont les uns ou les autres les plus malfaisants. Te frayer un chemin parmi leurs racontars ne sera pas jeu d'enfant. Une jongleuse à l'accent étrange te criera _ sous les huées de l'assemblée _ que l'administration impériale est toute entière corrompue, qu'il faut quitter ce lieu de perdition au plus vite ; un vagabond sentencieux te dira que c'est lui le troisième gardien à qui tu dois remettre ton message, afin qu'il en informe personnellement l'Empereur. Celui-là, repousse-le doucement, et laisse le vaticiner dans ton dos : il finira par se taire, trop occupé à gratter son ventre couvert de cloques _ car une grosse araignée, fréquemment, se glisse sous sa tunique. Et bien d'autres encore insinueront qu'ils en savent plus que quiconque sur les étages supérieurs du palais ; certains ajouteront avec un sourire mauvais : « si nous qui sommes des familiers de l'Empereur demeurons ici, comment t'accorderions-nous le passage, à toi qui n'es personne ? » Et sans cesser un seul instant de sourire, ils te bousculeront et entraveront ta marche. Pour accéder à la troisième porte, il te sera donc nécessaire de fabuler mieux qu'ils ne le font : dis-leur, avec un aplomb de prince, que l'Empereur, dont tu es le neveu, vient de te nommer gardien de la troisième porte ; mens follement, lance à leur curiosité toujours plus de détails impénétrables, flatte les uns, menace sourdement les autres, et longuement, en veillant seulement à soigner la prestance de ton discours. Et les gens de la troisième porte, que le verbe impressionne plus que la force, voyant qu'ils ont trouvé plus h?bleur qu'eux, seront obligés de te laisser passer.

A la quatrième porte, il y aura un vieil homme accroupi, penché sur un tapis brodé. En t'approchant, tu te rendras compte qu'il tient dans ses mains toutes sortes de petites sculptures en ivoire, aux motifs variés : chevaux, arbustes, sauterelles, dragons, navires, soleils, tourelles, femmes grosses, poissons des hautes mers, nénuphars. Les disposant en un savant hasard sur le tapis brodé _ dont tu distingueras alors les multiples figures circulaires et heptagonales, le quatrième gardien, sans même relever la tête, t'accueillera par ses mots : « Désires-tu, noble étranger, m'affronter au jeu des Créatures ? ». Bien s?ur tu acquiesceras, car tu auras immédiatement compris qu'en cas de défaite et plus encore en cas de refus, la porte te resterait à jamais close. Et bien s?ur, après avoir touché du bout de tes doigts épais chacune des petites sculptures sans savoir quoi en faire, tu finiras par lui demander, en t'efforçant de dissimuler la détresse qui gagnera ton c?ur : « Je n'ai jamais joué à ce jeu dans ma province. Mais enseigne moi les règles, et je jouerai ». Et lui, te souriant avec bonhomie : « Que tu ignores le jeu des Créatures n'est pas pour me surprendre, voyageur. Car ce jeu est de mon invention, et moi seul connais les règles, en vérité des règles si nombreuses et subtiles qu'il me faudrait douze lunes pour les enseigner à mon disciple le plus prometteur. Du reste, il m'arrive de changer l'une ou l'autre de ces règles, selon ma fantaisie. Tu n'auras qu'à observer mes gestes, et tu sauras jouer comme il convient ». Puis il se saisira d'un des nénuphars en ivoire, ou d'une sauterelle, ou d'un navire _ comment savoir ? _ et il le déplacera d'un geste net ou tournoyant. Tu en feras autant, et ainsi durant de longues heures, sans que tu puisses discerner quelles sont les pièces majeures, pourquoi certaines virevoltent tandis que d'autres restent immobiles et comme mortes, et à quelles conditions le vainqueur sera proclamé tel. Puis, voyant le maître du jeu ajouter à sa guise de nouvelles statuettes aux quatre horizons du tapis brodé, tu comprendras que tu ne peux ni gagner ni perdre, et que la partie engagée ne connaîtra pas de fin. Absorbé par les man?uvres extravagantes des créatures d'ivoire, tu n'auras sans doute pas remarqué qu'autour de vous se sera massée une foule bigarrée _ des gens de la troisième porte et d'autres que tu n'auras jamais vus auparavant ; et du c?ur de cette foule sans cesse plus nombreuse, plus bruissante et plus passionnée, te parviendront des rumeurs, des commentaires chuchotés, des conseils plus ou moins adroits, des remarques désobligeantes. Ce sont tous d'anciens joueurs de premier rang _ ou plutôt c'est ce qu'ils voudront te faire accroire, et tu les verras tourner autour du maître du jeu, lui glissant quelque bon mot dans l'oreille, cherchant à attirer son attention par quelque plaisanterie, au point que tu seras en droit de te demander si ce maître du jeu n'est pas l'Empereur lui-même venu se délasser au seuil de la quatrième porte, aux dépens de ses courtisans.

Comment parviendras-tu à franchir la quatrième porte ? Je ne saurais te le dire, voyageur, mon savoir touche là ses limites. Mais le maître du jeu étant aussi mystérieux dans ses libéralités que dans ses loisirs, peut-être finira-t-il par rouler le tapis brodé, se relever, et d'un geste de la tête t'accorder le passage qu'il s'obstine à refuser à tous les autres ?

Toujours est-il qu'au-delà de la quatrième porte tu te glisseras le long de nouveaux couloirs déserts et, après avoir traversé la dernière grande cour de la dernière aile du palais impérial, tu découvriras la cinquième porte. Ton c?ur te fera violence, car tu sais que derrière cette cinquième porte est la salle d'audience, là où t'attend l'Empereur. Mais tu te troubleras au moment où tu constateras que nul gardien, nul serviteur, nul conseiller ne se dresse pour t'éprouver. La cinquième porte est déjà entrouverte, et rien ni personne ne semble pouvoir empêcher le premier venu de voir l'Empereur. Apprends, voyageur, que c'est là une épreuve, et non la moindre : les rares qui sont parvenus au seuil de la cinquième porte ont renoncé. Car après avoir surmonté tant d'obstacles, cette soudaine facilité leur paraissait trompeuse, inacceptable même. Les plus rusés flairaient un piège mortel, et les plus réfléchis se disaient : « tout cela est trop simple, qui suis-je donc pour me présenter à l'Empereur tout puissant sans y avoir été convié ? Moi, malheureux sujet d'une obscure province _ si obscure que l'Empereur lui-même en ignore peut-être le nom, j'aurais l'audace de pousser cette porte qu'il a eu la bonté de ne pas faire garder ? Non, cela serait pure folie. Du reste, je ne suis pas prêt à lui faire connaître mon message. J'attendrai donc ». L'esprit de l'homme est infiniment inventif dès qu'il s'agit de se résigner au silence. C'est ainsi que la cinquième porte est gardée par le plus obstiné des gardiens : la peur de celui qui est parvenu au but. Et toi, voyageur, oseras-tu passer outre les avertissements de ton esprit vacillant ? Oseras-tu, intrus du palais, te bousculer toi-même, toi l'ultime gardien ? Et ainsi oseras-tu te présenter devant l'Empereur qui n'a que faire de ta requête?

Je ne puis t'en dire davantage, voyageur : j'ai livré à ton oreille ce que j'ai caché à tout autre, parce que tu m'as semblé plus résolu que tout autre. Mesure les épreuves qui t'attendent, soupèse les forces de ton esprit, et vois si le message dont tu es porteur est digne des peines à venir. Mais quoi que tu décides, n'oublie pas que et ta résolution et mes conseils ne suffiront : il te faudra encore l'assistance du Hasard, que l'on ne commande pas, plus insaisissable que renard des sables, plus famélique et fourbe que femme.

Le petit homme s'était tu brusquement et à présent il contemplait le voyageur en clignant des yeux, comme ébloui par l'éclat d'un soleil de midi.

Celui qui avait fait route depuis la province la plus reculée demeurait assis sous le cèdre, indécis dans le vent, et il tournait la tête tantôt vers le palais, tantôt vers les terres de l'Est. Comment savoir ce que valait la parole de ce petit homme empressé ? Lui qui prétendait si bien connaître les m?urs du palais, pourquoi restait-il dehors à guetter la venue des voyageurs ? N'y avait-il pas danger à prêter attention à ce discoureur solitaire ? Et si toutes ses mises en garde n'étaient que tromperies ? Et quand bien même, méditait encore le voyageur, quand bien même il dirait vrai : comment passerai-je toutes ces portes ? Mon c?ur n'est pas assez hardi pour rivaliser avec le gardien batailleur, mon esprit n'est pas assez aiguisé pour confondre le gardien raisonneur, ma langue pas assez agile pour berner la foule des envieux, mon ?il pas assez vif pour saisir les man?uvres du joueur capricieux, et qui sait si mon bras sera assez ferme pour pousser la porte sans surveillance ? Mais sur la droite du fléau de la balance, il y avait ce message si essentiel confié par les siens, et ce voyage si périlleux à travers steppes, marécages et broussailles. Renoncer maintenant ? Et repartir sans avoir même tenté de forcer la première porte ?

Alors il s'avança vers le palais, et le petit homme, qui n'avait cessé de l'observer en clignant des yeux, le vit disparaître sous l'ombre des murailles.

Le soleil avait achevé sa course à deux reprises lorsqu'il réapparut dans la lumière du matin, la tunique fripée, le regard las. Eh bien, voyageur ? As-tu surmonté tous les obstacles qui te séparaient de l'Empereur ? Oui, petit homme. Tout était ainsi que tu me l'avais indiqué. J'ai usé de tes stratagèmes devant chaque gardien, et tous, après d'?pres et longues et venimeuses tractations, m'ont autorisé à passer. Et j'ai poussé la cinquième porte.

Et tu as pu voirâ?¦

Et j'ai pu voir, petit homme fielleux, que la salle d'audience était vide ! Toi qui te targues de ne rien ignorer du palais, dis-moi maintenant dans quelle aile l'Empereur se cache, ou tu regretteras de t'être joué de moi !

Ne frappe pas un innocent, voyageur. Est-ce ma faute si toi et tous les hommes à ta ressemblance voulez croire à l'Empereur ?

Que dis-tu, homme aux yeux déments ?

L'Empereurâ?¦ Puisqu'il faut tout te dire, voyageur, entends la vérité que tu aurais voulu ne jamais entendre : il n'y a plus d'empereur sur ces terres, depuis longtemps, et à tout jamaisâ?¦ Nulle voix toute puissante pour faire retentir ton message aux quatre coins du mondeâ?¦ Nous sommes tous seuls, voyageur, seuls perdus au fond de nos provinces, à nous étourdir de nos propres parolesâ?¦ Mais que veux-tu ? Les hommes de ce temps veulent être entendus, les gens du palais comme les humbles p?tres des montagnes, tous, ils rêvent tous d'un Empereur tout puissant qui leur dirait : « Ta parole est de haute valeur, ô toi mon sujet dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce jour ! Mais dès demain, par ma toute puissance, je ferai en sorte que ta voix soit connue de tous, et je te le dis : la douzième génération de ta descendance sera éteinte que ta parole retentira encore dans le c?ur des hommes de l'Empire ». Belle fable en vérité, douce à l'oreille du rêveur, mais cruelle à l'oreille de celui qui ose se rendre au palais et franchit les cinq portes. Je te laisse repartir, voyageur, avec cet amer savoir en guise de présent impérial : nous sommes tous seuls, seuls perdus au fond de nos provinces, à nous étourdir de nos propres paroles.

Marco. le 14. 02.09