Évoquant, il y a quelque temps, le dernier livre de Gabriel Matzneff, j'annonçais une surprise, dont je précisais qu'elle serait belle. Eh bien, nous y sommes. J'ai sous les yeux un fort volume de 520 pages qui, je dois l'avouer, a fière allure, et qui est dans l'?uvre de Matzneff mais aussi, si l'on considère la réalité des choses, dans la vie littéraire française, un événement : ses Carnets noirs 2007-2008, c'est-à-dire son journal intime le plus récent, le douzième tome publié en trente ans, premier à l'être dans un délai aussi court. Ses lecteurs se sont arrêtés à l'année 1988 (Les Demoiselles du Taranne). Ils s'apprêtent à faire un bond en avant de vingt ans. Vingt ans après : ce titre à la Alexandre Dumas aurait pu convenir à Gabriel Matzneff, qui en est un aficionado depuis son ?ge tendre.
Peu d'écrivains se sont livrés avec autant de franchise et de précision que lui, à qui cette sincérité a joué des tours. La vérité est un luxe exorbitant, et comme l'enfant du conte, on est toujours puni de remarquer que le roi est nu. Mais quand on a commencé, quand, avec l'art le plus abouti, le mieux fait pour accomplir cette t?che, porté par une langue tout ensemble riche, chatoyante et lumineuse, la plus éloquente qu'il soit donné de lire aujourd'hui, on a consacré sa vie à décrire ce qu'est une vie d'homme, rien ne peut vous arrêter. Beaucoup ont tenté de réduire Matzneff au silence, et se taisent résolument sur son travail, sauf à l'insulter, mais leurs efforts sont vains, et en voici la preuve la plus éclatante. Désormais, nous qui de Cette camisole de flammes à La Prunelle de mes yeux ou à Calamity Gab, avions appris à le connaître mieux que nous-mêmes, à ceci près que nous le connaissions tel qu'il vivait en un passé souvent lointain, nous le rejoignons, nous rallions son présent. Notez au passage cette recette pour vaincre l'adversité. Il peut suffire de n'en tenir aucun compte, de persister dans ce que l'on est, dans ce que l'on aime, et, à mesure que l'adversité s'accroît, d'y persister plus radicalement encore.
Les Carnets noirs 2007-2008 l'illustrent avec une force dont, étant leur premier lecteur, je peux témoigner qu'elle ne laisse pas indemne. É moins d'être aveugle ou sot, ce qui est toujours possible. Mais je veux croire que pour une fois l'aveuglement et la sottise ne l'emporteront pas, qu'à lire ces pages, parmi les plus belles de Matzneff, la vérité (encore elle !) s'imposera. La vérité ? Elle est simple. Gabriel Matzneff est un des écrivains les plus importants de notre époque, le plus singulier sans aucun doute, et il est temps que cette évidence cesse d'être masquée. Nous sommes heureux et fiers de vous aider à vous en rendre compte. Le livre sera en librairie le 11 mars. É vous de jouer.