The Wire (Sur écoute) Série sociale, noire et black, réaliste, radicale. Barack Obama en est fan (paraît-il).

La scène inaugurale de The Wire montre deux types assis sur un perron, un noir, un blanc, discutant dans la lumière de gyrophares. Le noir raconte : un homme est mort qui, chaque fois qu'il perdait aux dés, filait avec les mises. Le flic blanc s'étonne : pourquoi le laisser rejouer ? Le noir, interloqué : « Obligé, c'est l'Amérique ici ! »
L'Amérique, Baltimore précisément, cité black, sinistrée par la migration des capitaux vers des terres de meilleur rendement. La première saison décrit l'économie de la drogue dans les projects (cités). La deuxième ajoute une plongée dans l'agonie des docks et ses trafics : misère économique, morale et sexuelle. (« Que fait un docker après avoir tiré son coup ? Il essuie le lacrymogène sur son visage. ») La troisième saison décortique les manipulations politiques du travail policier (ça n'arrive qu'aux USA !). La quatrième épingle le système éducatif. La presse américaine a été dithyrambique, jusqu'à la cinquième saison, qui complète le panorama parâ?¦ une critique du travail et de la financiarisation des médias.
Dans les cités de Baltimore, personne n'est obligé d'être dealer et tous ne le sont pas. Certains sont pauvres, dignes, témoignentâ?¦ et meurent. On peut être flic aussi, et se cuiter le soir avec les blancs aux comptoirs de bars glauques. Pas de prêchi-prêcha. Les personnages agissent en fonction du contexte, des opportunités qu'offre leur environnement. Les boss de la dope sont des entrepreneurs rigoureux, intelligents, appliquant avec circonspection l'extrême violence requise par leur commerce. « Quelles sont les options d'un produit médiocre dans un marché très concurrentiel ? » s'enquiert un caïd en cours d'économie.
Face aux dealers ' ou plutôt à côté ' seul l'amour du métier, le go?t du travail bien fait, différencie les bons flics des lèche-bottes et des peigne-culs. Entre le Baltimore respectable et son arrière-cour criminelle, l'argent circule, unissant les deux mondes dans un réseau d'intérêts communs. C'est l'objet des enquêtes (dont les mises sur écoute) et la raison de leurs échecs : cartographier les structures d'une réalité que personne ne gagne à dévoiler.