Saphia Azzeddine, Mon père est femme de ménage, Editions Léo Scheer, 2009, 176 p., 17â?¬.

Après Confidences à Allah, Saphia Azzeddine nous propose pour son deuxième livre, un roman semblable au premier dans sa forme et pourtant à l'opposé dans le ton. C'est tout de même la certitude d'un véritable plaisir de lecture. Si ce n'était pas aussi commercial, mais aussi, pourquoi pas, pop, je dirais : « Vous avez aimé Confidences, vous adorerez Mon père est femme de ménage. » Jbara est très éloignée de Polo, leur récit et leur point de vue à des années lumière l'un de l'autre, et pourtant ils s'expriment, se racontent de la même manière, à la première personne, moins un monologue qu'une interpellation. Je suis là, et je vous parle, à vous qui me lisez. Ecoutez mon histoire. Polo n'est pas une pute berbère qui devient la femme d'un Imam respectueux, seule sa foi en Allah lui ayant permis de surmonter la dureté de sa vie. Mon père est femme de ménage est moins brutal et plus tendre que Confidences à Allah. Polo lit de la littérature pour apprendre chaque fois un nouveau mot, et devenir meilleur, plus beau, s'évader de son destin, dans les bibliothèques, le soir, quand son père fait le ménage. Du coup, il découvre les grands auteurs.

Avec une énergie identique, Polo avance d'une façon droite et directe dans la vie, comme Jbara qui n'a honte de rien de ce que le monde lui inflige. Polo veut aimer une fille qui serait une fée pour lui. Polo adore son papa mais ne se fait aucune illusion sur ce qu'il est, et donc sur qui il est lui-même. C'est vraiment drôle, les réflexions de Polo, les dialogues avec son père, avec sa copine Priscilla, super jolie et qui l'aime beaucoup, mais pas pour sortir avec lui, quoique. Polo a beaucoup de charme, il est adorable et sans détours non plus. Il balance les choses comme elles viennent, son honnêteté morale et sa force de caractère, malgré la gentillesse, sont à recevoir tel quel. Polo est un garçon ordinaire qui voudrait bien, à sa mesure, transcender son milieu, sa filiation, et devenir un homme bien, comme son père, quelqu'un sur qui on peut compter. Changer dans le prolongement, la continuation comme meilleure façon de rompre avec les siens, tout en douceur, mais mine de rien. Et si Polo était très précoce pour un garçon de 13 ans, et était déjà un préado ? Ces garçons qu'on a tous connus, timides et en même temps pleins de ressources.

Mon père est femme de ménage est une sorte de roman sur l'adolescence. La quête identitaire est comme pour Jbara, le moteur principal qui anime les personnages.

« La prof m'a choisi un autre compagnon de travail. Cosmin. J'étais maudit. Autant Tamimount pue le henné, autant Cosmin pue la merde. Toujours. Tout le temps. Après quelques heures, l'odeur devient insoutenable. A la fin du cours j'ai craqué : ' Putain mec, tu chlingues ! Il m'a accusé d'avoir dit « un ketru cistra sur l'odeur des Roms ». Moi, je n'avais fait que lui dire qu'il puait. Lui. Pas tous les Roms. Cosmin ne se lave pas souvent. Et il fait beaucoup de sport. Et il pisse encore au lit sans se changer le matin. Donc, il pue. En cours de mathématiques, on appellerait ça une équation à zéro inconnue. Mais dans ma bouche de Blanc, ça s'appelle du racisme. »

Des teen-story, il n'y en a pas qu'au cinéma, autant que les teen-movie, j'adore les teen-novel, souvent écrits par des femmes, Laura Kasischke, Carson McCullers, Sylvia Plath. Et Colette aussi, pour les Françaises. Ah, les Claudineâ?¦ Quel souvenir de jeune fille ! Ici, Saphia Azzeddine parle à la place d'un garçon, et il nous plaît. Polo est un garçon de rêve.