Après avoir quitté les Vosges, où elle est née en 1960, pour suivre des études d'histoire de l'art, elle devient assistante d'attachée de presse pour six mois chez Larousse. Confortée par cette expérience, elle rejoint Balland avant d'obtenir, en 1988, son premier poste d'attachée de presse au Chêne.

Dès lors, portée par une insatiable curiosité, Anne Procureur enrichit son expérience (et son carnet d'adresses) en passant d'un secteur à l'autre (livre d'art, sciences humaines, documents, romans), mais aussi d'une maison à l'autre : Flammarion, Plon, Flammarion à nouveau - pour y diriger le service de presse - et Robert Laffont. Quand on évoque ce "nomadisme" éditorial, elle explique : "J'ai toujours été très heureuse dans ces maisons. Je ne suis jamais partie contre, mais pour quelque chose de plus."

STRATÉGIES DE LANCEMENT

Un "plus" qu'elle a trouvé en 2007 chez Léo Scheer, en s'impliquant dans le commercial et l'éditorial. De "petites t?ches" qui viennent s'ajouter à celles qui incombent à toute attachée de presse : lire la production "maison", mais pas seulement ; b?tir avec l'éditeur les stratégies de lancement ; rédiger les communiqués de presse ; rencontrer les journalistes, adapter son discours à leur sensibilité, puis les relancer avec doigté...

Si les nouvelles technologies (Internet, portable...) ont facilité son travail, rien pourtant ne remplace le contact direct. Mais, précise Anne Procureur, le go?t des rencontres n'est pas tout. "Il est essentiel d'avoir une solide culture générale, de la disponibilité, une belle écoute, de la patience, de l'humilité et un grand sens de l'adaptation pour passer d'un essai à un roman, d'un auteur à un autre", insiste-t-elle.

En ce domaine, un romancier requiert plus d'attention. "Les rapports sont plus complexes car il y a beaucoup d'affect, confie-t-elle. Plus que l'essayiste, l'écrivain s'expose... au silence, et c'est douloureux. Il peut reporter la faute sur nous, dernier maillon de la chaîne. C'est un peu injuste. D'ailleurs, je ne peux admettre qu'un jour on vous célèbre et que, six mois plus tard, vous soyez bonne à jeter, alors que vous êtes toujours la même, non ?"

Quand on l'interroge sur la nécessité de défendre des ouvrages qui peuvent lui déplaire, Anne Procureur répond sans détour : "Ce n'est pas parce je n'aime pas un livre qu'il n'aura pas de succès et inversement. Il faut savoir se remettre en cause. A moi de discuter avec l'éditeur pour comprendre pourquoi il publie ce texte. Ensuite, j'ajuste mon discours. Et puis il y a suffisamment de médias pour qu'un livre trouve sa place." Même si en vingt-cinq ans, comme elle le souligne, l'espace s'est considérablement réduit dans les journaux, tout comme la durée de vie d'un livre.

Malgré tout, à la veille du grand rush de la rentrée littéraire, Anne Procureur est prête à relever le défi propre à toute petite maison d'édition : "Si nous avons des articles, nous serons ravis. Quant à un prix... il ne faut pas rêver. La bataille sera rude car les places sont chères. Le problème n'est pas tant qu'on parle de Frédéric Beigbeder ou de Marie NDiaye, mais aussi d'Eric Vuillard ou de Saphia Azzeddine." Et voilà déjà un pari presque réussi.

Christine Rousseau