Le personnage que vous pensez suivre est une sorte d'espion, d'agent, de mercenaire, au service des uns, mais des autres aussi. Son but et ses motivations n'importent pas tant que le fait qu'il agisse, radicalement, constamment, qu'il se propulse dans l'action pour ne se laisser, ni à lui ni aux autres, aucune piste de réflexion. Ou alors beaucoup trop.
On a tendance à penser, et souvent à raison, qu'il est périlleux de maintenir un juste équilibre entre le trop et le pas assez.
Karl Mengel ne s'en embarrasse pas et les englobe tous les deux, avec une audace ingénieuse, dans ses Séditions.

Le personnage aux multiples identités voyage à travers le monde, imperturbable, mène à bien ses missions, se laisse parfois hanter par quelques souvenirs et/ou convictions récurrentes mais ne nous laisse jamais le temps de nous faire une idée bien précise de qui il peut être et ce à quoi il peut bien aspirer.
Il est un masque, dissimulé sous un masque, dissimulé sous un autre masque, avec une limite en plus l'infini en abscisses et en ordonnées et un sourire narquois et magnanime au croisement des deux axes.

Lorsqu'on en vient à le penser irritant de perfection, autant dans sa maîtrise de l'écriture que dans son cynisme complaisant, il nous surprend aussitôt en nous dévoilant une nouvelle facette, peut-être un peu plus enfouie, s?urement beaucoup plus touchante et achève de neutraliser nos velléités de décryptage en nous rappelant bien qu'il est avant tout lucide, sur lui même et aussi sur nous, qui le lisons, parce qu'il a parfaitement anticipé notre cheminement intellectuel dans la chronologie de ses fragments.

Il y a du Sean Bateman chez Aloïs Hiller, avec la froide lucidité du grand frère en plus et, malgré cette cruelle conscience de sa propre vacuité, on devine une féroce volonté de s'accrocher au soi et à ses convictions.

Il paraît qu'il faut se perdre pour mieux se retrouver ; finalement, c'est peut-être en acceptant de se trouver qu'on comprend qu'il n'y a pas d'autre choix que celui de se perdre.

Si vous faisiez part à Karl Mengel de votre envie de le connaître un peu mieux, il est fort probable qu'il vous fasse la même réponse que celle de Lauren Hynde à Sean Bateman : "Tu ne peux pas. Tu ne me connaîtras jamais, personne ne connaît personne."

Alexandra Varrin. Alex in wonderland (bipolaireadonf) Le 25 ao?t 2009.