Maurice Rheims, le père de Nathalie, n'était pas, comme le dit Hélène Carrère d'Encausse, et comme il le pensait lui même : "une exception à la règle" mais "un homme exceptionnel". Se retrouvaient chez lui des aspects qui ne se rencontrent que très rarement chez une même personne : séduction et malice, mais aussi gentillesse et bonté profonde; légèreté, curiosité, élégance absolue mêlés à une distance sans illusions dans la quête tragique de la beauté, celle des objets, des êtres, des femmes. C'est la personne la plus extraordinaire que j'ai rencontré et il fut, pour moi, un deuxième père. Il est présent dans chacun des livres de Nathalie, en particulier dans Les Fleurs du silence et Le Rêve de Balthus.

Nathalie ne voulait pas une rencontre conventionnelle. Connaissant son go?t pour l'image et ses dons de conteur, elle lui proposa de faire, ensemble, une émission de télévision consacrée à l'art qui reprendrait le titre de son célèbre livre : Haute Curiosité. Nous avons réalisé la maquette d'un magazine mensuel d'investigation sur les dessous du monde et du marché de l'art. (Une autre façon d'aborder ce sujet si difficile à traiter à la télévision). Le fait d'être le producteur de cet homme qui m'impressionnait et de sentir qu'il dépendait un peu de moi pour sa présence à l'antenne, (ce qui lui importait au plus haut point), fut une bonne entrée en matière.

L'émission, proposée à Antenne 2 fut immédiatement acceptée par Sylvie Genevoix qui dirigeait alors les programmes culturels de la chaîne, puis diffusée pendant trois ans (87-90) tous les mois et co-présentée par Claude Sérillon, qui venait d'être renvoyé du 20h pour des raisons politiques et qu'une telle proximité avec un ami intime de Jacques Chirac ne pouvait qu'aider à "sortir du placard". Bizarrement, il n'en reste aucune trace sur le site de l'INA. (Les enquêtes menées avec une grande liberté n'étaient peut-être pas du go?t de tout le monde, peut-être même au sein du Conseil d'Administration de la chaîne.)

Maurice Rheims, né en 1910, avait, lorsqu'il présentait son émission, entre 77 et 80 ans et il s'amusait comme un jeune homme; il ressemblait au personnage de L'Homme pressé de son ami Paul Morand.

En travaillant avec lui pour cette émission, en vivant avec lui, j'ai découvert son rapport magique, quasi chamanique avec les oeuvres et les objets. Ainsi, ce fameux Fauteuil N?32 (Celui de l'Académie) qu'il occupait depuis 1976 et qu'il aimait tant. J'ai cru apercevoir son sourire et un clin d'oeil malicieux à l'idée qu'il n'y était toujours pas remplacé et que son éloge sous la coupole n'avait toujours pas été prononcé.

Préviously on Bio/Blog : Episode N? (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7), (8), (9), (10), (11), (12), (13), (14), (15), (16), (17)