Jean, qui ne rit, Jean, qui ne pleure

...Mais j'avais une excuse car je n'étais pas seul,...

... Qui atteint la bonne mesure fait entrer l'éternité. Si vous me posez la question de savoir si j'ai parlé au Président de tous les Français, je vous réponds non, mais j'ai parlé avec mon père, comme un fils demande à son père de le conseiller et comme naturellement un père parle à son fils parce qu'il l'aime. Est-ce un bien, est-ce un mal d'avoir un père et de lui demander de l'aide, quand demain, non par la seule maîtrise d'une bonne gestion sociale, mais par l'efficacité des biotechnologies, les nouveaux enfants n'auront aucun père à qui se confier, aucune mère à qui donner leurs sourires, si tant est qu'ils aient seulement la capacité à sourire. Je n'ai pas volé ma vie, et je pense, et je crois, par moi même, et souvent, que rien n'est neutre, pour ne réserver qu'à son application le jugement de valeur sur l'effet constructif ou destructif.

Je pense, et je crois, je veux croire que la vie de toutes et de tous, la mienne, est à la fois bonne et mauvaise, ouverte et fermée, bienheureuse de santé ou malheureuse de maladie, chargée de vérités et lourdes d'illusions. Je pense et je crois, je veux croire que la vie n'est pas toujours là, douce et tranquille, et que sa rumeur, joyeuse et funeste, naît de beaucoup plus loin que de la seule ville. Je pense et je crois, je veux croire que les vérités et les illusions de la vie n'existent que par les millions de disparus (es) qui permettent son renouvellement. Je ne suis pas l'enfant de Prométhée, celui qui veut savoir autant que son père, plus que son père, autant que ses maîtres, plus que ses maîtres; je ne suis pas l'enfant enserré entre un bonheur naturel et un progrès technique; je n'ai rien volé. Je ne suis pas un voleur.

Je n'ai pas volé ma vie. Je n'ai rien volé. Mon père m'a donné la vie, ma vie, ma mère, m'a donné la vie, ma vie; tous les deux, ils m'ont donné la vie, ma vie, dans une union légitime, et d'amour, surtout d'amour, et sans honte, et sans culpabilité, et sans trahison, d'aucune loi. Je suis enfant de l'amour. Intégralement venu de l'amour, et je fais lien unique avec le Don, et de l'Amour, et de la Vie. Me voici. Pourquoi alors devrais-je, en mon ?me et conscience, mettre en mouvement un moindre, un quelconque désir de réparation, quand je ne participe pas de cette étincelle dispersée par la folie d'un vent qui engendra au hasard le vivant pour d'autres vivants sans père, ni mère, qui engendra au hasard des fripons de haut vol qui toujours perceront les yeux des enfants innocents.

Je suis un être venu de l'amour qui ne marche pas au hasard avec la vie, car je sais que si je marche au hasard avec la vie, je sais que la vie marchera, elle aussi, au hasard avec moi. Je pense et je crois, je veux croire que chaque personne qui essaye, qui approche, qui atteint, qui touche la gr?ce, fait advenir l'éternel.

Alain Baudemont, le 23 octobre 2009