Éric Naullau, qui n'est pas toujours tendre avec ses invités chez Ruquier, avait salué la grande qualité du dernier livre de Saphia Azzeddine et avait comparé son héros : Polo, à une nouvelle version du Petit Nicolas. Quand je regarde le Box Office de cette semaine, je ne peux que souhaiter à Polo un destin similaire. En attendant, il n'y a pas la place sur ce blog pour reprendre tout l'accueil réservé à ce livre. Voici un article qui vient de paraître sur le site 1001 livres par Christophe et que je trouve très bien :

"La Chronique.

Après l'excellent Confidences à Allah, Saphia Azzedine revient en cette rentrée littéraire avec son deuxième roman Mon père est femme de ménage aux éditions Léo Scheer. Un livre qui donne la parole à Paul, 14 ans, un adolescent qui à la langue bien pendue, aussi agaçant que touchant. Un roman à lire de toute urgence. Vraiment. C'est de la bombe !

Un deuxième roman tendre et joyeusement cru.

Paul a 14 ans et grandit au cœur d'une famille un peu en désordre. Selon lui, sa mère est moche et paralysée, sa sœur est une bimbo pétasse doté d'un petit vélo dans le ciboulot et son père occupe l'un des pires métiers qu'un homme peut faire : homme de ménage. De quoi avoir la honte au collège !

D'une lucidité déconcertante à travers des mots incendiaires, Paul surnommé Polo exprime sa perte de l'innocence avec une spontanéité aussi insolente que légitime. Tout simplement, parce que son armure de guerrier s'émaille de mots à la fois tendres et joyeusement crus. Ce refuge textuel met en lumière une belle tension entre le désir d'émancipation, de rêve d'accomplissement et un univers familial n'inspirant pas la réussite.

L'insolence d'un adolescent en rupture avec l'innocence.

Au cœur d'une famille qui ne fait pas rêver, Paul devient cynique, grande gueule, raleur et a toujours un avis sur tout. Peu importe que ça plaise ou non. Ce personnage devient parfois chiant, mais l'auteure arrive toujours à relever la situation par une réflexion mordante qui fait mouche. Les limites sont finalement quelque peu transgressées, mais elles ne sont jamais complètement dépassées. Ce qui fait qu'on s'attache magnétiquement à ce Polo même quand il est infect envers sa famille, certes en désordre mais intimement et profondément sincère.

Une auteure dans la peau d'un garçon de 14 ans qui a la tchatche.

Au fil de ce roman décapant et revigorant gr?ce au tonus des dialogues, Saphia Azzeddine n'hésite pas à placer ce qu'elle a à dire avec une grande franchise et une belle authenticité. Dans la peau d'un môme de 14 ans, l'auteure s'est glissée dans la peau d'un adolescent chahuté par ses espoirs et ses déboires. Saphia Azzeddine a fait le pari d'endosser le rôle d'un garçon. Changement de sexe, Saphia Azzeddine s'en sort avec talent même si le reproche lui a été fait que l'effet de style ne prenait pas par un certain grincheux comme Eric Zemmour. Eh bien, non, selon nous, la mécanique narrative fonctionne à plein régime. Quand Polo parle, on croit vraiment que c'est un gamin de cet ?ge-là qui jacte et que c'est bien un petit mec qui balance ce qu'il pense.

Attention TALENT !

Un fabuleux roman et un regard subtil sur la banlieue, Saphia Azzeddine a incontestablement le sens de la formule, la verve irrésistible, le talent de fédérer et celui d'observer. Cette plume vive vous tiendra en haleine, si bien que vous ferez qu'une bouchée de ce joyau littéraire. Vous croquerez ce deuxième roman comme on croque la vie à pleine dent !

Par Christophe, le 24 octobre 2009

PS. L'adaptation thé?trale de Confidences à Allah, poursuit sa tournée triomphale à Bruxelles en attendant de revenir à Paris en décembre 2009.