Dans le N? 362 de novembre de artpress, un court mais remarquable article de Céline Gailleurd.

Conquistadors naît dans le feu, l'or, la poudre et le sang. Le récit s'ouvre en 1532 sur la conquête du Pérou. Il retrace la destruction de l'empire Inca par Francesco Pizarre accompagné d'une poignée de guerriers espagnols. Ce roman d'Éric Vuillard s'inscrit dans la continuité du Chasseur (Michalon, 1999) de Bois vert (Léo Scheer, 2002) et de Tohu (Léo Scheer, 2005), jusqu'à son premier long-métrage Mateo Falcone'' (2008, d'après la nouvelle de Prosper Mérimée), tous traversés par une même tension nerveuse qui naît de l'attente.

Traquer l'inconnu, se sentir face à face avec l'étranger, freiner la montée du carnage et voir comment le corps réagit dans l'épaisseur du silence, se laisser bruler parl'attente d'un événement inouï, d'une présence invisible, voilà ce que recherchent ces personnages.

L'écriture d'Éric Vuillard, comme lorsqu'il filme, est un coup de couteau qui ouvre l'intérieur pour mettre la matière à nu. Le récit de la conquète n'a rien d'un témoignage historique, il est bien plus que cela. Il renouvelle les voies habituelle qu'emprunte l'épopée.

D'une densité rare, le texte va à l'essentiel. Il relie, sans cesse l'Histoire à l'intime. Il tresse le destin d'un homme, Pizarre, avide, féroce, mais aussi vulnérable, au devenir du peuple indien. Il dit la soif de conquête mais aussi la peur, l'attente, la solitude du corps, donnant aux gestes de ces mercenaires espagnols une beauté envo?tante et religieuse. Il raconte ce qui en eux frémit ou se brise. Alors même que ces guerriers analphabètes, "pour la grande chasse à Dieu", ravagent la terre, fouillent le ventre des hommes et portent le feu, il rend sensible ce qui sans cesse leur échappe. Il donne à leur errance, au fracas de la destruction, une portée métaphysique. Un livre d'une vitalité unique.

Céline Gailleurd. 1 novembre 2009.