1) BLOG

Le Web est souvent associé, dans notre imaginaire, à deux métaphores principales : d'une part "La Toile" qui s'exprime dans des notions comme "Le Net" et, d'autre part, dans une métaphore plus maritime, donnant lieu à des notions devenues courantes, comme la "navigation". Les maîtres du Web sont devenus ceux qui savent fabriquer les meilleurs "Navigateurs".
Le terme Blog est né de la rencontre de deux mots : du Web, vu sous l'angle de la deuxième métaphore et de ce que les marins utilisaient pour s'y retrouver sur l'océan dans leur navigation : le "Log", c'est à dire le journal de bord.
A l'origine, le log désigne un rondin de bois que l'on accrochait à une corde qu'on jetait par dessus bord, les noeuds de la corde permettant de mesurer la vitesse du navire. Donc le Web-Log est devenu le Blog par ablation du -We-, ce qui mériterait à soi seul une analyse.

Le blog est un site où un auteur, individuel ou collectif, met en ligne régulièrement des billets, qui sont, la plupart du temps, mis à jour selon une thématique définie de manière subjective par le ou les auteurs.
Le billet peut être un simple article textuel. Il peut aussi être agrémenté d'éléments audio-visuels, photos, enregistrements sonores, vidéos etc. Mais ce qui le qualifie et le spécifie comme appartenant à l'univers du Web, c'est la possibilité d'y inclure des "liens hypertextes" renvoyant à d'autres sites, à des fichiers multimédias, et à tout ce qu'on peut trouver sur le Web. C'est l'aspect qui fait du blog un micro-navigateur. L'internaute, au lieu de chercher sur un navigateur global en fonction de ses besoins d'informations ou de sa curiosité, va "embarquer" sur ce frêle esquif et suivre, de liens en liens, l'itinéraire où l'invite et le guide l'auteur du blog.

Individuel, le blog emprunte souvent sa forme au journal intime, et se présente comme une navigation intérieure dont les liens sont des fractures, des brèches à travers lesquels on aperçoit le monde extérieur. Collectif, il s'organise souvent autour d'une ligne éditoriale commune à un ensemble de personnes qui partagent des opinions similaires. Il rejoint, sous cet angle, la dynamique des sites communautaires, sociaux ou de rencontre.

Mais il s'agit, le plus souvent, de créations personnelles où un auteur se met en scène à partir d'anecdotes personnelles qui lui permettent de multiplier les références culturelles, cinématographiques, littéraires ou musicales qui font l'objet des liens et, à travers eux, de la logique de navigation à travers laquelle se manifeste le pouvoir de séduction ou d'attraction qui va faire que l'internaute se laissera guider.

Le second élément qui structure un blog est l'espace des commentaires, c'est à dire l'espace aménagé pour les visiteurs du micro-navigateur. Les lecteurs, qui sont eux-même souvent des blogueurs, ont la possibilité d'intervenir et d'entrer en contact avec l'auteur par l'intermédiaire de commentaires qui sont visibles par les autres lecteurs. Si l'auteur souhaite rompre avec ce principe, dans la mesure où il dispose dans son back-office de l'adresse mail du commentateur, il peut établir un lien "fermé" avec lui par mail.

Souvent, le principal but recherché par l'auteur se traduit par la création d'un personnage plus ou moins fictionnel, qui sait qu'il sera lu d'une façon ou d'une autre et peut-être même suivi dans sa navigation par des groupes plus ou moins structurés, ce qui peut en faire progressivement un "prescripteur" et parfois même un "leader d'opinions". La part d'authenticité dans ses billets est donc relative et dépend entièrement de sa volonté, mais surtout ceci indique que le blog est traversé par des enjeux de pouvoirs d'un type nouveau que ce Traité devra analyser s'il veut y défendre certaines règles.
En constant développement, faisant de plus en plus l'objet d'affaires judiciaires et prônant une indépendance et une liberté de ton qu'une majorité d'internautes juge ne pouvoir être assumée par les médias traditionnels, les blogs revêtent aujourd'hui un aspect social non négligeable, qui a poussé bon nombre d'entreprises à s'y intéresser en tant qu'outils de communication, de buzz, par leur influence sur les sites sociaux, et les medias à s'en servir pour tenter de se régénérer.
Il jouent un rôle social, culturel et politique croissant, en particulier lors des campagnes électorales. De nombreux artistes émergeants ont recours au blog pour générer un buzz autour de leurs créations artistiques. Certains tiennent ainsi des journaux de bords de leurs tournées et mettent en ligne leurs titres musicaux, extraits de romans ou encore vidéos, contournant ainsi le filtre médiatique.
On a vu, dans l'histoire du Net, que l'interdiction de diffusion, par exemple de l'un de ses vidéo-clips par les labels britanniques, l'artiste américaine Amanda Palmer a vu augmenter de manière exponentielle le nombre de visiteurs sur son blog, qui ont ainsi trouvé un moyen d'accéder facilement et librement au fichier censuré.

Le blog est donc un journal de bord destiné à rendre compte d'une navigation personnelle sur le Net et à fédérer autour de ce journal intime et de la navigation dont il rend compte, une communauté virtuelle. Cette communauté servira de socle à la définition choisie par le Traité pour qualifier le mot-clef : "blogosphère".
Le blog est un site web comme les autres, mais il se caractérise par l'agglomération, au fil du temps, de billets classés par ordre chronologique, des plus récents aux plus anciens. Chaque billet représente un ajout au blog, à l'image d'une page de journal de bord ou de journal intime qui permet de suivre le blogueur dans sa dans sa vie et dans son rapport aux autres, au monde et au Net.
Du point de vue du Traité, un blog uniquement constitué des billets du blogueur qui aurait fermé les commentaires, n'est pas un "véritable" blog mais une version numérique de ce qui s'écrit sur le papier (journal, critique, magazine etc). Un "vrai blog" se caractérise par l'alchimie qui se tisse entre les billets du blogueur et le fil des commentaires sur son billet.

Il s'agit d'une véritable dialectique, dont l'articulation entre billets et commentaires n'est qu'un symptôme ou une manifestation. Dans le rapport de force qui s'établit naturellement sur un blog, la tendance spontanée des commentateurs est de tenter de prendre le pouvoir et d'imposer leurs propres règles du jeu et leurs propres thème et pôles d'intérêts. La pratique de base consiste, pour eux, à détourner le fil des commentaires par rapport au thème proposé par le blogueur. (Trollisme)
Plusieurs éléments renforcent cette relation sur le Net. D'une part l'usage du "Pseudo" ou la création d'un "Fake" qui permettent de libérer l'expression et de multiplier les techniques de déstabilisation et de prise de pouvoir. L'anonymat est indissociable de la sociologie du Net tout comme la capacité de création fictive et imaginaire qui débouche sur l' "existence" de personnages hauts en couleurs qui contrastent souvent avec la grisaille de ceux qui les ont créés. Sous cet angle, les diverses activités liées au blog sont très proches de la création littéraire, thé?trale ou cinématographique.
Sauf si l'objectif de l'internaute est la rencontre avec des personnes réelles, ce qui n'est jamais totalement étranger aux motivations des internautes, il vaut mieux ne pas chercher à les rencontrer dans la réalité et prendre le risque de devoir faire la comparaison avec le sentiment laissé par le pseudo.
Face à cet univers souvent violent, insaisissable, frôlant parfois certaines formes de démence, la question qui se pose au blogueur est avant tout celle de l'usage qu'il peut faire de la modération sur son site, ce qui suppose d'avoir élaboré une véritable stratégie.